La Chine met en garde tous les Soros de ce monde

Pékin met en garde George Soros et tous les autres spéculateurs contre l’envie de profiter des malheurs de sa devise.

Les médias officiels chinois multiplient les avertissements et les menaces à l’endroit du célèbre milliardaire américain depuis qu’il a laissé entendre qu’il pariait sur la chute du yuan (aussi appelé renminbi) en dépit des efforts des autorités chinoises pour le garder à flot. « La guerre de Soros contre le renminbi et le dollar de Hong-Kong ne peut pas être gagnée, cela ne fait aucun doute », pouvait-on lire mardi dans un texte d’opinion en première page de l’édition étrangère du Quotidien du peuple, un média généralement considéré comme un porte-parole du gouvernement.

La nouvelle rapportée par le Financial Times fait suite à un autre article du même genre, paru samedi, de l’agence de nouvelles Xinhua, elle aussi réputée rapporter la ligne du parti communiste chinois, qui visait clairement George Soros et ses congénères sans toutefois les nommer. On y rappelait entre autres « à ceux qui voudraient parier sur la faillite ultime de l’économie chinoise » son spectaculaire succès depuis 40 ans avant de souligner que le gouvernement chinois dispose de tous les moyens nécessaires pour garder la situation sous contrôle, y compris en matière d’encadrement des marchés financiers. « Par conséquent, les dangereuses spéculations et les vicieuses ventes à découvert s’exposeront à des frais de transaction plus élevés et possiblement à de sévères conséquences légales. »

Ces menaces faisaient suite à une entrevue accordée par George Soros en marge du Forum économique mondial à Davos dans laquelle il disait avoir parié sur la chute de la Bourse américaine, des devises asiatiques et des économies liées aux ressources naturelles en même temps que sur la remontée des bons du Trésor américain. Il n’avait pas parlé de la devise chinoise proprement dite, mais avait déclaré que l’atterrissage brutal de l’économie chinoise que tout le monde dit craindre « est arrivé. Je ne l’attends pas, je l’observe ». Il avait toutefois aussi dit que « la Chine a les ressources pour le gérer et a plus de marge de manoeuvre que beaucoup d’autres pays ».

Le tombeur de la Banque d’Angleterre

Ces déclarations ne sont pas passées inaperçues venant d’un homme qui s’est valu sa notoriété en attaquant de front en 1992 la livre sterling, qu’il estimait surévaluée, et en remportant son pari — et un milliard de dollars au passage — en dépit des sommes considérables investies par la Banque d’Angleterre dans ses efforts pour défendre la devise britannique. Le spéculateur d’origine hongroise, aujourd’hui octogénaire, avait refait le coup cinq ans plus tard lors de la crise financière asiatique.

Ces histoires d’attaques spéculatives contre la devise chinoise arrivent alors que la Chine est aux prises avec un ralentissement économique qui se traduit par une grande instabilité financière et la vente de yuans pour des devises étrangères par les entreprises et les particuliers. On estime que Pékin a pigé depuis 18 mois l’équivalent de 700 milliards $US dans ses réserves de devises étrangères pour faire contrepoids à l’impact de cette fuite de capitaux sur les cours du yuan. Le gouvernement chinois disposerait encore d’un coussin de 3300 milliards.

Cherchant à tirer profit de la situation, des fonds spéculatifs, principalement américains, parieraient actuellement sur une dévaluation de 20 % à 50 % du yuan, qui a perdu près de 6 % depuis l’été, rapportait mardi l’agence Reuters. On jouerait le même jeu avec les devises des économies voisines comme la Corée, la Malaisie et Taiwan.

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