Gérer les actifs mondiaux

Pierre Vallée Collaboration spéciale
À la demande de Fondaction, Hexavest développe un portefeuille d’actions mondiales ne comprenant aucun titre d’entreprises de production et de distribution de combustibles fossiles.
Photo: Marie-Pier Frappier Le Devoir À la demande de Fondaction, Hexavest développe un portefeuille d’actions mondiales ne comprenant aucun titre d’entreprises de production et de distribution de combustibles fossiles.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Fondé en 2004, Hexavest est une firme de gestion de portefeuilles d’actions mondiales pour des investisseurs institutionnels. Fondaction lui a confié la gestion de son portefeuille d’actions internationales. Mais la relation entre les deux remonte à la création de Fondaction.

« En 1995, raconte Vital Proulx, président d’Hexavest, je travaillais pour les Conseillers financiers du Saint-Laurent où l’on m’avait confié la gestion du secteur des actions mondiales. À sa création, Fondaction a approché les Conseillers du Saint-Laurent afin de leur confier la gestion de leur portefeuille d’actions internationales et j’ai donc hérité du dossier. Lorsque j’ai fondé en 2004 Hexavest, Fondaction m’a fait confiance et j’ai pu conserver la gestion de leur portefeuille d’actions mondiales. Pour une nouvelle entreprise qui démarrait comme la nôtre, c’était un bel encouragement. On peut dire que ma relation avec Fondaction a maintenant vingt ans et ce n’est pas seulement une relation d’affaires puisqu’il y a aussi une dimension personnelle. »

Quelle est la nature du portefeuille d’actions mondiales de Fondaction ? « C’est un portefeuille extrêmement diversifié. Il contient des titres en provenance du Canada, des États-Unis, mais aussi de plusieurs pays européens et même de pays émergents. »

À propos d’Hexavest

Les actifs gérés par Hexavest totalisent 18 milliards de dollars, dont 11 milliards sont des actifs hors Canada. « Notre approche est très diversifiée sur les marchés étrangers. Nous sommes présents aux États-Unis, en Europe, en Asie et dans quelques pays aux économies émergentes. Au fond, nous sommes présents un peu partout sur la planète dans la mesure où nous considérons qu’il s’agit d’un bon endroit où investir. Notre défi, c’est de gérer à l’interne, ici au Québec, des actifs mondiaux. » Ces actifs sont essentiellement des actions d’entreprises inscrites en Bourse, Hexavest ne s’intéressant pas aux titres à revenu fixe, tels les titres obligataires.

La clientèle d’Hexavest est presque exclusivement celle des investisseurs institutionnels. « On peut dire que 99 % de nos clients sont des investisseurs institutionnels, par exemple, des fonds de retraite ou des institutions comme Fondaction. Par contre, nous n’offrons aucun fonds commun de placement aux investisseurs individuels. »

Un processus de sélection différent

Une des responsabilités d’un gestionnaire de portefeuille est de sélectionner les titres qui composeront ledit portefeuille. Chez Hexavest, on a développé à l’interne un mode de sélection propre à l’entreprise et qui se différencie du mode de sélection classique. « Je ne dis pas que notre mode de sélection est supérieur au mode de sélection traditionnel. On peut obtenir d’excellents rendements avec le mode ordinaire. Mais notre mode de sélection fonctionne bien pour nous et, jusqu’à présent, nous avons toujours obtenu les rendements escomptés. »

Règle générale, un gestionnaire de portefeuille choisit d’abord des titres, c’est-à-dire les actions des entreprises qui, selon lui, donneront le rendement escompté. Chez Hexavest, on fonctionne plutôt à l’envers et l’on nomme ce mode de sélection « approche top-down », ou du haut vers le bas.

« Chez Hexavest, on commence par choisir la région. Quel endroit sur la planète, croyons-nous, offre un potentiel d’investissement ? Une fois la région choisie, on regarde quels sont les secteurs économiques forts de cette région et lesquels d’entre eux présentent un meilleur potentiel d’investissement. » Par exemple, si la région choisie est l’Allemagne, on examinera les différents secteurs économiques qui y sont présents, automobile, secteur manufacturier, services, etc.

« Une fois que l’on a ciblé les secteurs et fait nos choix, on regarde ensuite quelles sont les entreprises qui composent ce secteur. C’est à ce moment-là que l’on commence à choisir les titres des entreprises. Par exemple, si je choisis le secteur pharmaceutique, et qu’on y trouve huit entreprises que l’on juge performantes, on investira alors dans cinq de ces huit titres, de manière à nous diversifier même à l’intérieur du secteur économique. »

Investissement responsable

En 2012, Hexavest est devenu signataire des Principes pour l’investissement responsable (PRI), ce qui implique que les considérations environnementales, sociales et de gouvernance sont prises en compte lorsqu’on décide de choisir un titre. « C’est une tendance actuelle du marché, mais quand vous avez un partenaire comme Fondaction qui vous pousse toujours à hausser vos exigences, ça vous oblige à faire mieux. On aurait sans doute adhéré aux PRI, mais la présence de Fondaction nous a forcés à augmenter la vitesse à laquelle on est devenus signataires. »

Cette exigence de Fondaction a même amené Hexavest à développer un nouveau produit financier. « À la demande de Fondaction, nous sommes en train de développer un portefeuille d’actions mondiales ne comprenant aucun titre d’entreprises de production et de distribution de combustibles fossiles. C’est la première fois que nous montons un portefeuille où nous pratiquons l’exclusion. Et, dans le secteur de l’énergie, l’exclusion des combustibles fossiles élimine près de 90 % des entreprises énergétiques. Il ne reste donc que les entreprises oeuvrant dans le domaine des énergies renouvelables. »

Ce nouveau produit financier, développé à l’interne grâce à la demande de Fondaction, présente, selon Vital Proulx, un bon potentiel d’exportation. « Le portefeuille que nous préparons pour Fondaction n’est pas encore complété, mais nous sentons un intérêt grandissant pour ce genre de produit d’investissement. Je pense notamment aux fondations universitaires et aux fonds de retraite universitaires, ou tout autre investisseur institutionnel qui veut, progressivement mais assurément, se retirer de tout investissement lié de près ou de loin à toute forme d’énergie fossile. » Comme quoi, Fondaction n’est pas seulement un client, mais bien un partenaire.