L’union fait la force

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Vue aérienne du Technopôle Angus
Photo: Source SDA Vue aérienne du Technopôle Angus

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis leur création à tous les deux, les destinées de Fondaction et de la Société de développement Angus (SDA) ont été intimement liées. « C’est bien simple, résume Christian Yaccarini, fondateur et président-directeur général de la SDA, sans lui, nous n’aurions pas survécu. Nous n’aurions pas réussi notre pari. »

Un pari, ou plutôt un rêve en 1995, celui d’acquérir le terrain des anciennes usines Angus, de le développer de manière socialement responsable et de générer des retombées significatives pour la communauté locale. Ce qui allait devenir, des années plus tard, le Technopôle Angus.

« On n’avait pas un sou à l’époque, se souvient-il. On venait de créer un organisme à but non lucratif. J’étais le seul employé, payé par une autre organisation, et on avait un conseil d’administration formé de bénévoles. On est partis comme ça, on s’est mis à tous travailler et, tranquillement, les choses ont évolué. »

Un CA auquel Fondaction adhère dès le début

« Dès que Fondaction a démarré, j’ai rencontré son P.-D.G., Léopold Beaulieu, raconte M. Yaccarini. Je lui ai présenté notre projet. J’avais vu que nous avions des valeurs et des orientations communes et je souhaitais qu’il se joigne au conseil d’administration que nous mettions sur pied. Il m’a répondu qu’il n’avait pas un sou, qu’il n’avait pas commencé à lever les fonds. Mais ce n’était pas de sous que j’avais besoin à ce stade-là. Je cherchais des gens qui croiraient au projet et qui auraient à coeur de s’impliquer. C’est comme ça que Fondaction est devenu notre partenaire dès le départ. Ils ont accompagné le projet. »

Au tournant de l’an 2000, le fonds fait un premier investissement au profit de la SDA en lui prêtant 400 000 dollars. Pas grand-chose, vu l’ampleur du projet, mais une somme stratégique, car pour la première fois, celui-ci reçoit de l’argent de la part d’une institution privée. En 2004, l’idée d’un partenariat financier à 50-50 germe alors, afin de développer le terrain.

« On avait déjà commencé des collaborations avec la Caisse d’économie solidaire, rappelle le P.-D.G. de la SDA. Mais voir qu’une institution financière parlait d’environnement et de développement durable, de gestion participative, toutes ces valeurs qui nous animaient, nous, ça nous a ravis. Il restait encore à voir si nous allions réussir notre pari. Si, nous, nous allions parvenir à acquérir le terrain et Fondaction, à collecter de l’argent. La réponse a été oui pour les deux et c’est ainsi qu’ils ont pu faire ce premier investissement chez nous. »

Un partenariat qui va encore plus loin aujourd’hui. À la faveur du développement du Technopôle, de plus en plus de gens sollicitaient la SDA pour mettre en oeuvre ailleurs des projets immobiliers basés sur le développement durable. En 2009, le conseil d’administration de la SDA et Fondaction décident de répondre favorablement à ces sollicitations en créant ensemble un fonds d’investissement immobilier distinct d’Angus, la SDA en étant le bras gestionnaire et Fondaction, le bras financier. Un premier projet voit le jour à Montréal, le 2-22 au croisement de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent, et deux autres sont en cours à Montréal et à Québec. Fondaction sort l’argent, la SDA achète les propriétés et les développe.

« Sur le Technopôle, Fondaction a donc aujourd’hui investi près de 25 millions de dollars et 27 millions sur le fonds d’investissement immobilier, révèle Christian Yaccarini. Notre grande fierté, c’est que c’est très profitable pour Fondaction. La rentabilité financière avoisine les 10 %, ce qui est très bon. Et évidemment, la rentabilité sociale et environnementale est excellente aussi. On se faisait conjointement un devoir de démontrer qu’on pouvait faire du développement autrement tout en étant très rentables. »

Au départ, la Société de développement Angus avait été créée à la suite de la fermeture des usines Angus dans le quartier Rosemont à Montréal, alors que les quartiers adjacents étaient aux prises avec un taux de chômage très élevé.

Pour renverser la vapeur et ramener l’emploi et la richesse sur ce vaste site, la SDA, en étroite collaboration avec la communauté locale, voulait développer un projet mobilisateur. Avec près de la moitié du site développé à ce jour, le Technopôle accueille une cinquantaine d’entreprises, institutions et organismes employant plus de 2000 travailleurs dans divers pôles d’activité porteurs.

Pas de doute, donc, pour M. Yaccarini, Fondaction est un partenaire de rêve. Dans une industrie bancaire encore très traditionnelle, avoir un outil financier comme cette institution a été une grande chance.

« Nous avions besoin de capitaux qui nous permettent de continuer dans notre mission, explique le P.-D.G. On aurait pu aller en chercher ailleurs, de l’argent, mais les institutions bancaires auraient tenté de nous détourner de notre mission de développement durable et social. Fondaction partageait cette vision. C’est la grande différence. Aujourd’hui, on a une crédibilité, ça va mieux pour aller chercher de l’argent. Mais en 2000, on ne l’avait pas. On n’est pas vraiment allés voir ailleurs, mais on sait que personne n’aurait misé sur nous. Il n’y avait que Fondaction pour y croire et nous soutenir. »

Deux autres fonds sont sur le point de voir le jour entre les deux partenaires. L’un sur le développement de l’emploi, l’autre, résidentiel, pour favoriser l’accès à la propriété de la classe moyenne. À chaque fois, le leadership est détenu par les deux organismes, mais d’autres partenaires s’ajouteront à l’équipe.

« La SDA et Fondaction sont capables de développer ensemble un projet, et après ça seulement, nous allons chercher d’autres partenaires, conclut M. Yaccarini. C’est notre force d’arriver à travailler de manière si efficace main dans la main. »