Le Québec est bon dernier au Canada

Le Québec remporte pour une deuxième année consécutive le titre peu enviable de province canadienne dont les citoyens ont le plus faible revenu disponible.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le Québec remporte pour une deuxième année consécutive le titre peu enviable de province canadienne dont les citoyens ont le plus faible revenu disponible.

Le Québec est la province canadienne où le revenu disponible par habitant a été le moins élevé en 2014, et ce, pour la deuxième année consécutive, indiquent les plus récentes données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) dévoilées lundi. Après avoir connu en 2013 une première baisse en 17 ans, le pouvoir d’achat des Québécois a connu en 2014 sa plus faible croissance en près d’une décennie.

En 2014, après avoir payé leurs impôts et reçu les transferts gouvernementaux auxquels ils ont droit, les Québécois avaient en moyenne 26 046 $ en poche pour consommer et épargner. C’est 14 % en deçà de la moyenne canadienne (30 270 $) et moins que dans toutes les autres provinces pour une deuxième année de suite.

Les données de 2013, publiées l’an dernier, classaient le Québec à l’avant-dernier rang à ce chapitre, devant l’Île-du-Prince-Édouard, mais l’ISQ a depuis révisé sa méthode de calcul. C’est ce qui explique que l’Institut affirme aujourd’hui que le Québec a terminé bon dernier en 2013 et en 2014.

L’écart entre le revenu disponible par habitant au Québec et dans le reste du Canada s’est par ailleurs accentué au cours des dix dernières années. « En 2004, le revenu disponible du Québec correspondait à 88,4 % de celui du reste du Canada, alors qu’en 2014, il ne représente que 82,6 % », note l’ISQ.

Pouvoir d’achat presque inchangé

Dans les faits, le revenu disponible par habitant a progressé de 1,5 % en 2014 au Québec, en dollars courants. Mais puisque l’indice des prix à la consommation a crû de 1,4 %, le pouvoir d’achat des Québec n’a pratiquement pas augmenté (+0,1 %). Il s’agit de la plus faible croissance des neuf dernières années. En 2013, le pouvoir d’achat des Québécois avait diminué de 0,3 %, une première depuis 1996.

Les raisons qui expliquent le retard du Québec demeurent sensiblement les mêmes d’année en année. Pour 2014, l’Institut montre du doigt la faible progression de la rémunération des salariés et des transferts gouvernementaux, ainsi que la « hausse marquée » des cotisations payées par des employés à un régime de retraite à prestations déterminées.

« La principale composante du revenu disponible, c’est la rémunération des salariés. Et historiquement, le Québec a toujours accusé un retard », affirme Stéphane Ladouceur, qui est spécialiste en aménagement du territoire et en développement régional à l’ISQ.

En 2014, les Québécois ont reçu en moyenne 1147 $ de plus que les autres Canadiens en transferts gouvernementaux, ce qui n’a pas été suffisant pour améliorer leur classement à l’échelle du pays.

Si la situation du Québec n’est guère reluisante, l’ensemble du Canada ne s’en tire pas beaucoup mieux : la croissance du revenu disponible réel par habitant a été nulle en 2014, ce qui constitue la pire performance du pays depuis la baisse de 0,7 % enregistrée en 1996.

« On constate qu’il y a un ralentissement du pouvoir d’achat au Québec, mais aussi dans le reste du Canada, au cours des dernières années, explique M. Ladouceur. Au tournant des années 2010, on avait des croissances de 2,3 ou 4 %, mais on a désormais des croissances de moins de 1 %. La croissance du revenu suit pratiquement l’inflation. »

Pire en 2015 ?

Il y a un an, en apprenant que le pouvoir d’achat des Québécois avait reculé en 2013, l’économiste François Delorme s’était méfié des données d’une seule année, tout en entrevoyant la suite. « Si les chiffres de l’ISQ de 2013 se concrétisaient et se répétaient, ce serait très inquiétant », avait-il dit au Devoir.

Lundi, les données de l’ISQ pointant vers une croissance quasi nulle du pouvoir d’achat des Québécois en 2014 ne l’ont pas rassuré. « Ce que ça me dit, c’est qu’il n’y a pas eu d’amélioration et qu’on garde les acquis de peine et de misère. Et si on se fie à ce qui s’est passé en 2015, ce n’est pas trop difficile de conclure que les chiffres seront sans doute plus décourageants [dans le prochain bilan de l’ISQ] », se désole ce chargé de cours à l’Université de Sherbrooke, qui s’intéresse notamment à la classe moyenne québécoise.

À son avis, les plus récentes données de l’ISQ démontrent que le filet social québécois, dont les mailles sont toujours plus serrées qu’ailleurs au pays, s’effrite graduellement.

Il faut toutefois être prudent dans les comparaisons entre le Québec et le reste du Canada, dit-il, puisque deux systèmes économiques distincts s’opposent : celui des provinces qui s’appuient sur les ressources naturelles, l’Alberta en tête, et celui des provinces plus traditionnelles, comme le Québec.

14 commentaires
  • Luc Normandin - Abonné 19 janvier 2016 06 h 04

    Les vraies affaires!

    Et si on enlève les médecins et les banquiers de l'équation, on se retrouve avec combien en moyenne?

    • François Dugal - Inscrit 19 janvier 2016 08 h 16

      40% des citoyens québécois ont voté pour "les vraies affaires" et ils sont probablement contents. Quant à la "minorité" restante de 60%, elle "mange ses bas" : quelle joie de vivre dans le "plusse meilleur" pays du monde.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 19 janvier 2016 11 h 57

      «Et si on enlève les médecins et les banquiers de l'équation, on se retrouve avec combien en moyenne?»

      Les revenus des banquiers sont sur une autre échelle que ceux des médecins, et se mesure en millions (présidence de Desjardins = salaire dans les 3 milions$). Mais ils ne sont vraiment pas nombreux ces banquiers, alors que les médecins eux le sont.

      Une réponse à votre question peut se trouvé dans un article de Francis Vailles qui date de fin 2013. La barre des 1% des plus haut revenus était a 178,000$.

      http://affaires.lapresse.ca/economie/quebec/201312

  • Gérard Raymond - Abonné 19 janvier 2016 06 h 56

    Le coût de la vie est passé sous silence dans cet article

    Pourtant, il est de quelque 13 % inférieur à Montréal de ce qu'il est à Toronto et davantage en Alberta, auriez-vous dû mentionner dans à votre texte, pour ne pas déformer la réalité M. Rettino-Parazelli. Et si les Québécois ont un revenu moindre qu'ailleurs au Canada, c'est simplement qu'ils ont choisi de consacrer plus de temps à d'autres activités : famille, sport, culture, voyage, etc.

  • Alain Larouche - Abonné 19 janvier 2016 08 h 37

    Le Quėbec dans la dèche.

    Les libéraux, systématiquement, détruisent tout ce qui faisait la beauté du Quēbec, soit un ėtat qui s'occupait de son monde. Aujourd'hui le Quēbec, de plus en plus pauvres, sans projet de sociėté, n'est plus que l'ombre de lui-même avec un ētat qui ne va nul part sinon que d'accentuer l'écart entre les riches et les pauvres. Après deux siècles dans un état fédéré, voilà où nous en sommes. Beau bilan pour les tenants du statu quo!

  • Christine Rychlik - Inscrite 19 janvier 2016 08 h 53

    Faites attention, la statistique est toujours la troisième forme du mensonge. • Jacques Chirac

    J'ai voyagée dans tout le Canada et je vous assure que 26,000$ au Quebec va plus loin que 30,000$ à Vancouver ou à Toronto anisi que dans des millers de villes Canadiennes. Parler du revenu sans le comparer ce qu'il en coute pour vivre est un mensonge statistique.

    • Jean Richard - Abonné 19 janvier 2016 09 h 37

      Très juste ! Vous dénoncez la première forme du mensonge, soit l'oubli (volontaire) de considérer le coût de la vie dans l'équation. Une famille typique à Toronto déboursera beaucoup plus pour ses besoins essentiels que sa vis-à-vis montréalaise. Par exemple, les frais de scolarité à l'université y sont nettement plus élevés, de même que les abonnements aux transports en commun. Les aliments coûtent sensiblement plus cher et ne parlons pas des loyers et de l'électricité, deux à trois fois plus chers.

      S'ajoute une vision distordue qui consiste à écarter de cette même équation les services reçus en échange des impôts (on suppose qu'y sont inclus les impôts fonciers). Si, par exemple, l'état me donne un canal de télé en échange de mes impôts, c'est un service rendu, ce dont on ne tient pas compte dans ces calculs distordus livrés comme une vérité – mais en réalité un mensonge.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 19 janvier 2016 12 h 24

      La variante qu'implique un coût de vie moindre au Québec est illustrée dans l'étude qui suit, une étude de.... Martin Coiteux !

      À la pages 11 et 12 on retrouve les coûts pour un panier de consommation identique a six autres provinces (référence a 1pour le Québec).
      http://cpp.hec.ca/cms/assets/documents/recherches_

      À ce coût de panier plus bas on peut ajouter la valeur des services étatiques reçus. Mais là j'ai pas d'études comparatives solides sur le sujet (étude pan canadienne).

  • Bernard McCann - Abonné 19 janvier 2016 09 h 06

    Et les régions ?

    Le bulletin de l'Institut de la Statistique du Québec est non seulement pertinent, crédible et bien fait, mais il contient de l'information encore plus détaillée. À cet effet, il serait intéressant de faire une analyse selon les régions du Québec. De cette manière le lecteur pourrait non seulement voir quelles sont celles qui contribuent le plus à l'augmentation de la richesse collective, mais aussi celles qui bénéficient le plus des retombées de cette richesse. Excellent ce bulletin.