Les espoirs déçus d’une révolution

Le nombre d’internautes est passé de 1 milliard en 2005 à 3,2 milliards à la fin de 2015.
Photo: Issouf Sanogo Agence France-Presse Le nombre d’internautes est passé de 1 milliard en 2005 à 3,2 milliards à la fin de 2015.

La diffusion fulgurante des technologies numériques à travers le monde au cours des dernières années n’a pas rempli ses promesses en matière de croissance économique et de création d’emplois, conclut un rapport dévoilé mercredi par la Banque mondiale (BM). L’institution internationale constate que « la révolution de l’information et de la communication la plus importante de l’histoire de l’humanité » ne profite pas à tous.

« Alors que les technologies numériques connaissent une expansion rapide, leurs dividendes ne suivent pas le même rythme », souligne à grands traits le Rapport sur le développement dans le monde 2016 de la BM, consacré cette année aux « dividendes du numérique ».

À preuve, la croissance de la productivité mondiale a ralenti, les inégalités de revenus se sont accrues et la proportion d’élections « libres et régulières » a reculé, observent les auteurs.

« Il existe de nombreux cas de succès individuels, mais jusqu’ici, l’effet des technologies sur la productivité globale, l’accroissement des opportunités pour les pauvres et la classe moyenne, et la généralisation de la gouvernance responsable n’ont pas été à la hauteur des attentes », résume la Banque mondiale dans un communiqué.

Le bond est pourtant spectaculaire : le nombre d’internautes est passé de 1 milliard en 2005 à 3,2 milliards à la fin de 2015. La téléphonie mobile s’est elle aussi répandue très rapidement, autant chez les plus riches que les plus pauvres. Parmi les 20 % de la population la moins fortunée de la planète, plus de gens ont accès à un téléphone cellulaire qu’à de l’eau salubre, de l’électricité et des installations d’hygiène, comme des toilettes.

Revers de la médaille

L’expansion de ces technologies comporte bien sûr son lot d’avantages : une communication plus efficace, des services financiers faciles d’accès, des activités commerciales moins coûteuses et un grand potentiel d’innovation, entre autres.

Mais il y a un revers à la médaille. Le « fossé numérique » se creuse entre ceux qui sont connectés à Internet et les 4,2 milliards de personnes (environ 60 % de la population mondiale) qui ne le sont pas. C’est le cas de 1,1 milliard d’Indiens, de 755 millions de Chinois et de 213 millions d’Indonésiens.

Dans les pays avancés tout comme dans plusieurs pays en développement, les technologies numériques ont pour effet de remplacer des travailleurs qui effectuent des tâches routinières, ce qui accentue les inégalités entre les employés très qualifiés et ceux qui le sont moins.

D’un point de vue social, lorsque les pouvoirs publics ne sont pas tenus de rendre des comptes, Internet donne aux élites en place les moyens de « monopoliser l’action publique » et « d’exercer un contrôle accru sur l’État ». Dans ce genre de situation, « les technologies numériques aident souvent à contrôler les citoyens au lieu de les émanciper », ajoutent les auteurs du rapport.

Conditions gagnantes

« Les technologies numériques peuvent transformer nos économies, nos sociétés et nos institutions publiques, mais ces changements ne sont ni acquis ni automatiques », soutient la Banque mondiale.

En bref, la démocratisation d’une technologie ou d’un moyen de communication n’est avantageuse que si les conditions nécessaires pour que la population en tire profit sont réunies.

« Les avancées dans le domaine de l’information et de la communication ne seront pleinement profitables que si les pays continuent à améliorer leur climat d’affaires, investissent dans l’éducation et la santé de leurs populations et s’emploient à promouvoir la bonne gouvernance », fait valoir le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, dans les premières pages du volumineux document.

Pour que tous bénéficient de la révolution numérique en cours, l’organisation internationale recommande de rendre l’Internet « universel, abordable, ouvert et sûr », tout en créant un environnement propice aux technologies. Selon la BM, cela passe notamment par des réglementations qui facilitent la concurrence, des travailleurs mieux outillés et des institutions plus transparentes. Exposer les enfants à la technologie pourrait par exemple développer leurs compétences et influencer leur choix de carrière, note-t-on.

Ces changements doivent opérer rapidement et à grande échelle, insiste le grand patron de la Banque mondiale, puisque « la plus grande avancée dans l’histoire de l’information et des communications ne sera véritablement révolutionnaire que si elle profite à tous et partout ».


 
4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 14 janvier 2016 01 h 22

    C'est pas l'habit qui fait le moine

    je ne crois pas qu'un outils puisse changer la nature humaine, la preuve les gens les plus riches sont tous ou presque des gens issus de ce monde , ne dit-on pas que l'habit ne fait que camoufler le larron qui se cache dessous, si vous ne me croyez pas, liser la biographie du fondateur de face de bouc, on dit qu'il veut tout vendre tellement que ca l'ennuie

  • Guy Lafond - Inscrit 14 janvier 2016 06 h 27

    Informer et éduquer


    Réflexion intéressante.

    Pour ma part, je retiens surtout que les technologies numériques aident à informer et à éduquer plus rapidement la population mondiale sur des enjeux pressants. Elles contribuent ainsi à construire la paix, la sécurité et un confort minimum pour l'ensemble des êtres vivants sur Terre.

    Les technologies numériques sont des outils extraordinaires et inespérés pour changer de cap et s'éloigner des économies sales qui détruisent le climat et la planète.

    "La Banque" est peut-être décue. Mais pendant ce temps, la planète se connecte!

    (Un Québécois à pied et à pied d'oeuvre à Ottawa) ;-)

    • David Létourneau - Inscrit 14 janvier 2016 22 h 54

      Sauf votre respect, j'aimerais partager votre enthousiasme, par contre je suis obligé de dire que tout ce que vous mentionnez peut être contredit, chiffres et statistiques à l'appui. Je me contenterai d'un seul point, celui que je juge crucial : construire tous ces gadgets informatiques a un coût environnemental colossal (obsolescence excessive desdits produits, entre autres choses), et maintenir le réseau (serveurs, satellites, filage en tout genre, etc.) demande une quantité d'énergie, d'argent et de ressources humaines qui, je le crains, ne rejouit personne qui s'informe sur le sujet. Je vous épargne les chiffres et les statistiques, vous trouverez tout ça à l'aide de Google, j'en ai bien peur. Amicalement.

    • Guy Lafond - Inscrit 15 janvier 2016 12 h 45

      @ David Létourneau: merci. Je comprends vos explications et nous pouvons bien sûr légiférer pour réduire toute excessivité de comportement. Je continue de croire que connecter tous les endroits de la planète à Internet est rendre service aussi aux pays les plus pauvres. L'accès à l'information et à l'éducation est de plus en plus un droit et non seulement un privilège. Remettons les choses en perspective: la course aux armements mérite bien plus qu'on s'y penche pour éliminer les excès et les dommages à l'environnement. N'est-il pas exact qu'il serait plus facile de réduire le coût environnemental des équipements informatiques?