La frilosité des entreprises inquiète

Les exportations québécoises vers les États-Unis restent encore franchement en deçà de leur niveau de 2006.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les exportations québécoises vers les États-Unis restent encore franchement en deçà de leur niveau de 2006.

Les incertitudes des entreprises québécoises quant à l’avenir les empêchent d’augmenter leurs investissements dans l’amélioration de leur productivité en dépit de l’assainissement de leurs assises financières, des faibles taux d’intérêt et de la remontée de leurs exportations, se désolent les économistes du Mouvement Desjardins.

Tout indique que l’investissement des entreprises privées a encore reculé d’environ 2 % l’année dernière, après une baisse de 10 % en 2014 et une autre de 8 % l’année d’avant, constate une brève analyse du Mouvement Desjardins sur le sujet dévoilée mercredi. Le recul s’observe partout, aussi bien pour les ouvrages et bâtiments non résidentiels que dans les machines et matériels de production, et que les produits de propriété intellectuelle, tels que les logiciels et la recherche et développement.

Cela tombe mal pour l’économie dans son ensemble, note Desjardins. « Au moment où les consommateurs et les gouvernements tiennent les cordons de leurs bourses serrés, la relance des investissements serait particulièrement bienvenue. »

Cette faiblesse des investissements est aussi difficile à comprendre. Les exportations canadiennes hors énergie sont pourtant en hausse notamment à la faveur de l’accélération de croissance économique chez le puissant voisin américain et de la dépréciation du dollar canadien. On ne manque pas non plus de ressources financières alors que les taux d’intérêt demeurent à « des creux historiques », que les marges bénéficiaires des entreprises se maintiennent à un niveau plus élevé depuis 2010 (7,2 %) qu’il ne l’était dans les années 1990 (4,8 %) ou 2000 (6,2 %), et qu’elles en ont profité pour réduire leur endettement et augmenter le niveau de leurs liquidités.

Manque de confiance

Il est vrai que les exportations québécoises vers les États-Unis restent encore franchement en deçà de leur niveau de 2006 et que les entreprises sont encore loin d’avoir atteint la limite de leurs capacités de production, avec 82 % de taux d’utilisation. Il est vrai aussi que la dépréciation du dollar canadien rend l’achat de nouvelles technologies étrangères plus cher.

Mais le problème est ailleurs, estime l’étude de Desjardins. Il semble venir d’un manque de confiance en l’avenir qui laisse « les entreprises dans un état permanent de prudence [qui a] des conséquences directes sur leur propension à investir ».

« Nous vivons dans un monde beaucoup plus ouvert qu’auparavant où l’on est de plus en plus soumis à l’influence de phénomènes qui échappent à notre contrôle », a noté en entretien téléphonique au Devoir l’économiste Joëlle Noreau, coauteure de l’analyse avec son collègue François Dupuis. Et puis, les exportateurs canadiens ont gardé douloureusement en mémoire la dernière fois qu’ils ont cru que les portes des marchés étrangers leur étaient grand ouvertes grâce à la faiblesse du huard et qu’elles se sont brutalement refermées devant eux aussitôt que le huard a pris son envol.

Pas le choix

Les entreprises n’auront toutefois pas le choix d’investir dans l’amélioration de leur productivité si elles veulent avoir des chances par rapport à la concurrence grandissante de la Chine et d’une multitude d’autres économies, rappelle Desjardins.

Pour se trouver une place dans la nouvelle économie, il ne suffira pas de seulement acheter plus de machines. Il faudra aussi investir dans l’intégration continue de la recherche et développement, les innovations organisationnelles et commerciales, ainsi que dans la formation et la polyvalence des employés.

« Des indices laissent croire que cette transition pourrait être en cours au Québec, mais les statistiques officielles ne permettent pas de bien le mesurer », rapporte Joëlle Noreau. Mais même si c’était le cas, ces mêmes statistiques « démontrent que l’impulsion nécessaire à un renforcement de la compétitivité n’est pas manifeste ».