Les Canadiens doivent prendre leur mal en patience

Stephen Poloz a évoqué le recours à des outils «traditionnels et non traditionnels» pour placer l’économie sur la bonne voie.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Stephen Poloz a évoqué le recours à des outils «traditionnels et non traditionnels» pour placer l’économie sur la bonne voie.

La dépréciation de sa devise et le temps devraient permettre au Canada de passer au travers des difficiles ajustements économiques imposés par l’effondrement des prix du pétrole, estime le gouverneur de sa banque centrale, Stephen Poloz. Un coup de pouce des gouvernements sera toutefois aussi le bienvenu, comme peut-être une nouvelle baisse des taux d’intérêt.

La dégringolade du dollar canadien à un niveau où on ne l’avait pas vu depuis 13 ans est à la fois une conséquence de la chute des cours des matières premières et son meilleur remède, a-t-il expliqué jeudi, lors d’un discours prononcé à Ottawa. Bien qu’elle fasse aussi augmenter le prix des biens importés, la dévaluation du huard aide les autres exportateurs canadiens à prendre la relève sur les marchés étrangers. On observe d’ailleurs déjà une augmentation des exportations de machines, de produits pharmaceutiques et de matériel aérospatial, a noté le banquier central.

« Cependant, il faudra du temps avant que ce processus naturel ne se traduise par un accroissement des dépenses d’investissement et la création d’emplois », le tout pouvant prendre de trois à cinq ans.

Et puis, l’effet de richesse des matières premières était tel qu’on n’empêchera pas que l’économie tout entière y perdra malgré tout au change un peu plus de 50 milliards par année ou l’équivalent de 1500 $ par Canadien, a-t-il averti. « Il n’existe pas de mesure de politique simple dans cette situation, a prévenu Stephen Poloz. Le processus d’ajustement économique peut être difficile et pénible pour les gens, et il existe des politiques pouvant aider à amortir ces effets, mais les ajustements devront être opérés tôt ou tard. »

Coup de pouce des gouvernements

Néanmoins, le jeu du taux de change flexible du dollar canadien n’est pas une panacée, a-t-il fait savoir. D’autres mesures pourraient être déployées, « y compris l’adoption de politiques budgétaires et des mesures destinées à rendre les marchés du travail plus souples ».

Stephen Poloz a expliqué, en conférence de presse, qu’il allait attendre les détails des dépenses d’infrastructures et des baisses d’impôt promises par le nouveau gouvernement Trudeau avant d’essayer d’en estimer les possibles effets sur la croissance. Mais une amélioration des infrastructures est généralement une bonne nouvelle, a-t-il dit.

La Banque du Canada a tâché de faire sa part aussi en abaissant à deux reprises son taux directeur l’an dernier, de 1 % à 0,50 %. Exposée à une économie en meilleure santé, la Réserve fédérale américaine a fait, quant à elle, le mouvement inverse en entreprenant, le mois dernier, le relèvement de son propre taux.

Nouvelle baisse de taux ?

Cette divergence de politique pourrait poser un problème au Canada, puisque ses taux d’intérêt à long terme ont eu tendance dans le passé à emboîter le pas à ceux aux États-Unis, a noté Stephen Poloz. « La Banque du Canada n’a pas beaucoup d’influence directe sur les taux d’intérêt à long terme, a-t-il admis. Cependant, elle exerce un contrôle serré sur son taux directeur » et dispose aussi « d’un certain nombre [d’autres] outils, traditionnels et non traditionnels », a-t-il précisé.

Le gouverneur s’est bien gardé d’en dire plus. Le mois dernier, il avait expliqué que, à l’instar d’autres banques centrales, il pourrait au besoin faire passer son taux directeur dans la zone négative jusqu’à environ -0,50 %.

« Cela semble clairement un avertissement que, si les taux des obligations canadiennes suivent ceux aux États-Unis, la Banque est prête à assouplir sa politique de nouveau », a estimé l’économiste de la Banque de Montréal, Benjamin Reitzes. Son confrère de la Banque TD, Brian DePratto, prévoit malgré tout que les taux de la banque centrale canadienne resteront inchangés « jusque tard en 2017 ».

Stephen Poloz a promis une analyse plus complète des perspectives économiques et financières canadiennes dans le prochain Rapport sur la politique monétaire, prévu dans deux semaines.


 
1 commentaire
  • Clermont Domingue - Abonné 8 janvier 2016 09 h 35

    Dépendance

    Les propos de m.Poloz nous en disent long sur la dépendance du Canada face à son voisin américain.