Le dollar s’enfonce avec le pétrole

Photo: Archives La Presse canadienne

Les Expos en étaient à leur avant-dernière saison à Montréal, le gouvernement Charest venait d’annoncer que les garderies ne seraient plus à 5 $ et l’aéroport de Dorval allait changer de nom pour prendre celui de Pierre-Elliott-Trudeau : il faut remonter au mois d’août 2003 pour trouver un dollar canadien aussi faible.

Fortement influencé par le cours du pétrole, le dollar est brièvement tombé sous la barre des 71 cents avant de remonter à 71,02, en recul de près d’un demi-cent. Le Brent, référence mondiale du brut, a touché un creux de 11 ans à 34,23 $, en recul de 6 %, alors que le WTI, brut nord-américain, a glissé sous la barre des 34 $ pour la première fois depuis la fin 2008. Sa chute s’est arrêtée à 33,97 $, après un repli de 5,6 %.

Au fil d’arrivée, les grandes places boursières, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, ont toutes terminé en baisse.

La nouvelle descente du cours du brut est survenue à la suite de données montrant une bais-se des stocks de pétrole brut, ce qui normalement aurait dû faire augmenter les prix, mais une forte augmentation des réserves d’essence.

« C’était largement prévisible parce que, traditionnellement, les raffineries essaient de ralentir leurs approvisionnements en brut en fin d’année au Texas, a dit à l’Agence France-Presse le président de Lipow Oil Associates, Andy Lipow. Ce qui était inattendu, c’était l’énorme augmentation des réserves d’essence et de diesel. »

La journée a également été marquée, encore une fois, par la Chine. Un nouvel indicateur décevant, cette fois sur l’activité du secteur des services, s’est arrêté tout juste au-dessus du seuil séparant la contraction et la croissance. De plus, les marchés ont appris que la banque centrale chinoise continue, en douce, de dévaluer le yuan face au dollar américain.

Pénible pour les touristes canadiens qui voyagent à l’étranger et les entreprises qui doivent importer des biens, la baisse du dollar sourit aux exportateurs, qui ont encore le malheureux souvenir de l’incroyable ascension du dollar de 2002 à 2007. En cinq ans, il était passé de 62 cents US à la parité face au dollar américain, une situation ayant causé un dommage irréparable à bon nombre de sociétés incapables de subir une pression aussi forte — et rapide — sur leur structure de coûts.

Le dollar canadien est en repli constant depuis des semaines, tiré vers le bas par le fait que les taux d’intérêt canadiens et américains n’évoluent pas dans le même sens. Alors que la Réserve fédérale américaine a haussé son taux directeur, pour la première fois depuis des années, juste avant Noël, certains analystes croient que la Banque du Canada va abaisser le sien dans les premiers mois de 2016.

Hausse des exportations

La faiblesse du dollar semble avoir eu un impact sur les exportations. En novembre, les exportations ont augmenté pour la première fois en quatre mois, avec une hausse de 0,4 %, selon les données publiées mercredi par Statistique Canada. La valeur des produits expédiés vers les États-Unis a crû de 1,3 %, à 32,5 milliards.

« Il ne faut pas se laisser griser par l’essor des exportations, a écrit la Financière Banque Nationale dans une note de recherche. Malgré l’embellie de novembre, celles-ci sont encore en baisse de 1,6 % d’une année à l’autre. »

« Le plus gros contributeur aux exportations en novembre a été le secteur automobile, avec une hausse de 5,9 %, a mentionné la Banque CIBC dans une note d’analyse aux clients. C’est encourageant pour les perspectives du PIB mensuel, mais la tendance générale des livraisons de produits manufacturiers est essentiellement stable depuis un an, et il y a du chemin à faire avant que le secteur de la fabrication devienne le catalyseur de croissance pour l’économie canadienne. »

Quand même, le paradigme a changé. Dans un courriel envoyé aux médias pour faire mousser la présentation prochaine d’un webinaire portant sur l’avenir des exportations, le Conference Board of Canada a évoqué la « fin du supercycle des matières premières » et la glissade interminable du dollar, pour dire que « la dynamique du commerce ressemblera plus aux années 1990 qu’aux années 2000 ».

71,02 ¢
Le huard a poursuivi sa chute par rapport au dollar américain, tandis que le baril de pétrole WTI glissait sous la barre des 34 $

 
2 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 7 janvier 2016 08 h 21

    Texte de réflexions stimulantes

    Votre analyse est transparente. La conclusion, inquiétante. La dynamique, qui ressemble à celle de 1900, ne pourra pas réactiver celle de 2000, le pétrole qui l'a fait, ne sera pas de la partie à court et moyen terme selon les analystes.

    Pour que le dollar se renforce, il faudra une relance de la production-exportation de biens dont la productivité dépasse celle des concurrents sur le marché international pour une valorisation du dollar canadien. Sans elle, l'exportation ne sera d'aucun secours.

    Le Canada, sous Harper, et le Québec sous le PLQ (Charest et Couillard) n'ont pas miser sur ces activités, que Jacques Parizeau a toujours considéré le nerf de la relance de l'économie du Québec.

    Au Canada, l'annonce d'investissements dans les infrastructures n'est pas de cet ordre. Aussi, est-il plus probable que le dollar plonge plus bas à la suite d'emprunts pour relancer des investissements dont on ne sait pas ce qu'ils seront alors que les entrées de fonds du pétrole ne seront pas présents.

    Si le Québec ne cherche qu'à titrer avantage de la bourse du carbone, son économie stagnera alors qu'elle pourrait se dynamiser par un programme visant le recours aux énergies renouvelables et une hausse de productivité dans des secteurs de pointe susceptibles d'un intérêt sur le marché international.

    Là est le défi de l'avenir de l'économie du Québec. Or, il s'avère que le PLQ, après une année d'austérité, cherche ailleurs la prospérité : au nord pour les multinationales, au sud en transformant le Québec en territoire transitoire pour le pétrole sale de l'Ontario dans le but de hausser ses revenus de la bourse du carbone mais aussi en tremplin d'exportation pour les entreprises des Grands-Lacs qui tireront profit de l'appui de l'Ontario à la hausse de leur compétitivité.

    Il faudra plus et ce plus n'est pas dans la mire de ce PLQ, plutôt dans celle du PQ, de QS et, peut-être de la CAQ.

  • Donald Bordeleau - Abonné 7 janvier 2016 23 h 58

    Et bien on y est.! Jamais le dollar canadien n'aura été si bas dans toute l'histoire du Canada : 69 cents!

    Jean Chrétien était au pouvoir en janvier 1998 alors que le huard valait 69 cents. Cela rappel la piastre à rené Lévesque

    La bourse du carbone va réduire le PIB du Québec. Les mesures d'austérité enlèveront pour près de 4 milliards dans l'économie du Québec.