Le gouvernement en fait-il trop?

Qu’on parle d’austérité ou de rigueur, les choix du gouvernement Couillard pour assainir les finances publiques ont soulevé la grogne des citoyens.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Qu’on parle d’austérité ou de rigueur, les choix du gouvernement Couillard pour assainir les finances publiques ont soulevé la grogne des citoyens.

Québec en fait-il trop dans ses efforts de réduction de sa dette ? Une nouvelle étude le laisse penser.

Dans son dernier plan budgétaire, le gouvernement Couillard projetait que ses politiques de rigueur lui permettraient de réduire la dette du gouvernement du Québec de l’équivalent de 54,9 % du produit intérieur brut (PIB) à 49,4 % à l’horizon de 2019-2020. Or, si la tendance se maintient, il arrivera à une réduction presque trois fois plus importante, à 39,2 % du PIB, estime une étude de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke dévoilée mardi.

« On peut y voir une bonne et une mauvaise nouvelle, a résumé en entretien téléphonique au Devoir son auteur, François Delorme. La bonne nouvelle est que les finances publiques sont encore en meilleure santé qu’on le disait. La mauvaise est qu’on peut se demander si l’on n’est pas allé trop vite trop loin, surtout en cette période où l’on est aux prises avec une faible croissance économique. »

Pour arriver à ces projections, l’économiste a construit un outil de simulation calculant les interactions entre la croissance économique, le solde budgétaire, l’inflation, le taux de change et autres grandes variables pertinentes. La plupart de ces chiffres étaient les mêmes que ceux du plan budgétaire du gouvernement et conformes au consensus des analystes du secteur privé. La principale différence entre les données gouvernementales et celles de l’étude semble être l’estimation du solde budgétaire structurel, c’est-à-dire la part des surplus et des déficits du gouvernement qui ne dépend pas du seul contexte économique. On ne peut toutefois pas l’affirmer, parce que le gouvernement ne dévoile pas ce genre d’estimation.

« Ce que nos résultats indiquent, c’est que la rigueur du plan budgétaire du gouvernement est beaucoup plus importante qu’on ne le pense »,dit l’expert.

Beaucoup de marge quant aux agences de notation

On a beau noircir les projections de surplus budgétaires, de croissance économique, de taux d’intérêt ou de taux de change, on arrive toujours sensiblement à la même conclusion, soit que le gouvernement dispose d’une marge de manoeuvre importante par rapport à ses projections actuelles, rapporte François Delorme. Rien pour alarmer les agences de notation, bien au contraire.

L’économiste québécois en sait quelque chose, lui qui a beaucoup eu affaire à ces agences à l’époque où il travaillait comme haut fonctionnaire au gouvernement fédéral. « On utilise à tort et à travers cet épouvantail de la décote du Québec par les agences de notation. Le fait que vous parveniez ou pas à un déficit zéro ne les intéresse pas tant que cela. Ce qu’une agence comme Standard Poor’s veut savoir, c’est si vous avez un plan crédible de contrôle à long terme de la dette. »

L’expert a bien trouvé un scénario où la dette québécoise pourrait repartir à la hausse de 51,5 % du PIB à 55,8 % en l’espace de cinq ans, mais il faudrait pour cela que le Québec plonge immédiatement dans une récession marquée par une croissance nulle, puis légèrement négative jusqu’en 2020. « Ce serait du jamais vu »,note-t-il.

Avoir l’heure juste

D’aucuns diront que le gouvernement préfère peut-être jouer de prudence dans ses prévisions ou qu’il applique ce bon vieux principe politique voulant qu’on commence son mandat avec les mesures budgétaires les plus impopulaires de manière à pouvoir faire preuve de générosité à l’approche des prochaines élections. Très critique quant aux politiques budgétaires du gouvernement Couillard, l’économiste émérite Pierre Fortin a estimé qu’elles allaient enlever 3,5 milliards à l’économie québécoise, soit l’équivalent de 1 % du PIB ou les deux tiers de la croissance normale d’une année entière. Le moment ne pourrait pas être plus mal choisi, selon lui, en cette période de morosité économique.

Le chercheur de la Chaire en fiscalité ne veut pas entrer dans le débat sur les raisons de l’écart entre ses projections et celles du gouvernement. Il confirme cependant que ses propres calculs tendent à aller dans le même sens que les estimations de Pierre Fortin sur l’impact des politiques d’austérité.

Le plus loin que François Delorme est prêt à aller, c’est de voir dans cet épisode une nouvelle illustration de l’urgent besoin au Québec d’un observateur économique crédible et indépendant qui ressemblerait au directeur parlementaire du budget à Ottawa. « Il serait extrêmement important que le Québec se dote d’un contre-pouvoir comme celui-là. Si on en avait déjà un, il nous aurait donné depuis longtemps, par exemple, un outil comme celui que j’ai essayé de développer. »

2 commentaires
  • Jean-Yves Arès - Abonné 6 janvier 2016 13 h 11

    ''Avoir l’heure juste'' existe t'elle cette heure juste?

    La très vaste majorité des projections sur le futur de l'économie, pour reprendre le qualificatif réservé dans l'étude a l'objectif du déficite zéro, baignent dans le ''credo'' toujours optimiste de la croissance. Le hic de cette futurologie économique, qui sert de tremplein à des dépenses bien actuelles, avec de grosses extensions dans le futur sur le très longterme, n'est capable d'aucune précission et est toujours peu fiable. Mais les contrats et les engagements, de toutes nature, eux restent, et leurs termes sont précis, et seront de la responsabilité de ceux qui suivent.

    Perso je trouve le ''credo'' suédois plus inspirant, le surplus budgétaire est loi.

    Extraits:

    « -La réforme du cadre de décision budgétaire»

    « Ce cadre budgétaire comprend un processus budgétaire « top down », le plafond budgétaire triennal, un objectif de surplus budgétaire, une obligation du budget équilibré au niveau des collectivités locales et un conseil budgétaire. Son application explique une bonne partie de la forte baisse de la dette publique suédoise depuis 1998 et est capitale dans le rétablissement des comptes publics.»

    «Le plafond budgétaire évite les externalités résultant du fait que les groupes d’intérêt profitent des dépenses supplémentaires dont le financement est supporté par l’ensemble des contribuables (actuels ou/et futurs). Le plafond oblige les responsables à faire un arbitrage entre les différents groupes d’intérêt et évite ainsi la tentation de toujours jouer le bienfaiteur, qui induit inévitablement un biais déficitaire dans l’ancien processus budgétaire.»

    À vous d'identifier les groupes d'intérêts qui s'activent présentements a promouvoir l'endettement... (comme dans leurs pub, pour le bien commun, bien sûr...)

    http://opee.unistra.fr/spip.php?article279

  • François Dugal - Inscrit 6 janvier 2016 20 h 39

    La mission

    La mission du gouvernement libéral est la suivante :
    1- se débarrasser des vieux, ils coûtent trop cher
    2- sabrer dans l'éducation, il ne faut pas que les jeunes pensent trop.
    Ils maintiennent le cap.