Le pétrole et le dollar américain brouillent les cartes

L’évolution des prix du pétrole, notamment influencée par la production américaine (comme ici au Texas) sera encore une fois déterminante en 2016.
Photo: Spencer Platt Agence France-Presse L’évolution des prix du pétrole, notamment influencée par la production américaine (comme ici au Texas) sera encore une fois déterminante en 2016.

L’année 2016 doit permettre au PIB mondial de s’éloigner quelque peu de son niveau appelant une récession, soutenu par la vigueur renouvelée de l’économie américaine. Tout n’est cependant pas limpide, l’effet pétrolier et la force du billet vert embrouillant la boule de cristal.

Le scénario consensuel demeure. L’économie mondiale devrait croître de 3,4 % l’an prochain, s’éloignant ainsi de la barre des 3 % associée à une récession à cette échelle. La principale locomotive reste l’économie américaine, qui répéterait sa progression du PIB de 2,5 % en 2016, comme cette année.

Au Canada, la croissance demeurera anémique, sous les 2 %, l’activité étant plombée par la morosité pétrolière. « Avec l’effondrement des prix du pétrole, il est difficile d’être optimiste pour le Canada », retient la Financière Banque Nationale (FBN), dans ses perspectives 2016. S’il est attendu que le salut viendra du secteur extérieur, « les parts de marché perdues rendront la bataille difficile pour les exportateurs, même avec l’aide d’un dollar canadien très déprécié ».

Cette lecture canadienne vient résumer l’incertitude derrière les projections mondiales pour 2016. À la Banque Scotia, on veut miser sur cinq points.

Les coûts d’emprunt à court et à long termes resteront sans doute proches des niveaux favorables à la croissance ;

les prix très faibles de l’énergie et d’autres produits de base donnent un sérieux coup de pouce au pouvoir d’achat des ménages et des entreprises ;

les réalignements monétaires massifs contribuent à doper la compétitivité et les recettes d’exportation de nombreux pays ;

les consommateurs américains ont repris confiance ;

l’augmentation des dépenses publiques donnera une impulsion supplémentaire à la croissance de la production.

Mais la liste des risques de dérapage est encore plutôt garnie. On pense aux obstacles potentiels habituels, tels « les ajustements structurels continus, les déséquilibres persistants entre l’offre et la demande, la volatilité récurrente des marchés financiers et l’intensification des problèmes géopolitiques ». La Scotia a ajouté à son énumération la montée du terrorisme, venant éroder davantage la confiance, et la hausse des coûts financiers, notamment ceux associés « à la mise en oeuvre des mesures de lutte contre le réchauffement climatique à l’échelle internationale ».

Des bémols

La FBN met aussi ses bémols. « Aux quatre coins du monde, les effets du rééquilibrage de la Chine continueront de se faire sentir. » Mince consolation, « l’économie de la planète devrait bénéficier d’un certain soutien de la faiblesse des prix du pétrole. Celle-ci non seulement donne un coup de pouce aux consommateurs, mais aide aussi à freiner l’inflation, ce qui permet aux banques centrales de maintenir une politique monétaire stimulante. » Cette influence sur l’inflation est toutefois appelée à s’estomper si les cours pétroliers se maintiennent.

Outre l’incertitude chinoise, « tout n’est pas rose dans l’économie américaine. Handicapé par la vigueur du dollar, le commerce extérieur continuera de brider la croissance en 2016. La demande intérieure devrait aussi décélérer puisqu’une moins bonne tenue du marché du travail limitera un peu la consommation et l’immobilier résidentiel. Les avantages de la baisse des prix à la pompe commenceront aussi à se dissiper pour les consommateurs. » Ainsi, les prochaines hausses du taux directeur de la Réserve fédérale, après celle décrétée à la mi-décembre, sont susceptibles d’être plutôt timides et espacées.

N’empêche, la fin du crédit facile et des taux à zéro n’est pas sans modifier le paysage d’emprunt des entreprises. Aussi, l’impact de la normalisation de la politique monétaire de la Réserve fédérale sur le dollar américain se fait déjà sentir, après les chocs venant du découplage des économies et de l’arrêt de l’assouplissement monétaire non orthodoxe aux États-Unis. La contagion aux pays émergents a déjà eu lieu. « La dégradation possible des dettes des entreprises pourrait représenter un risque. Le service d’une dette énorme en dollars américains émise à l’extérieur des États-Unis devient de plus en plus difficile après la hausse historique du billet vert », met en exergue l’institution québécoise. S’ajoutent les équilibres financiers toujours plus précaires des entreprises du secteur énergétique, aux prises avec la faiblesse persistante des cours pétroliers.

En résumé, les prévisionnistes se demandent encore si, au global, la persistance de faibles prix du pétrole, libellés en dollars américains, ne constitue pas un risque baissier non négligeable.