Quand la Chine se met au repos

Photo: Léon Brocard / CC

Les villages de vacances dans les Caraïbes ou les Alpes sont une chose acquise, mais tout indique que l’avenir du Club Med se trouve en Chine. Avec une croissance annuelle de la clientèle chinoise dans les deux chiffres, ce marché représente une « opportunité majeure » pour la marque au trident, affirme son président-directeur général, Henri Giscard d’Estaing, en entrevue au Devoir.

L’acquisition du Club Méditerranée par le conglomérat chinois Fosun, annoncée en février dernier au terme d’une bataille qui aura duré près de deux ans, renforcera sans doute la tendance : l’entreprise française se lance à la conquête de la Chine pour tirer son épingle du jeu.

« Le potentiel du marché chinois est considérable et la formule du Club Med est parfaitement adaptée à cette clientèle », explique M. Giscard d’Estaing, qui était de passage à Montréal cette semaine pour assister à la première du nouveau spectacle du Cirque du Soleil, dont Fosun est l’un des propriétaires. « L’objectif n’est pas de délaisser d’autres parties du monde. C’est simplement de viser les marchés dans lesquels il y a le plus d’occasions de croissance et une position stratégique favorable. »

Selon les chiffres de la compagnie, la croissance annuelle moyenne du nombre de clients chinois a été de 20 % en dix ans, ce qui fait aujourd’hui de la Chine le deuxième marché du Club Med, derrière la France.

En 2015, près de 500 000 clients français ont visité les quelque 65 villages de vacances de la compagnie, comparativement à 160 000 Chinois. Mais pendant que le marché européen stagne, l’Asie offre des perspectives de croissance inégalées, constate le grand patron de la compagnie.

Un quatrième village de vacances chinois sera inauguré dans quelques semaines à Sanya, dans le sud de la Chine, et plus de 30 projets sont actuellement à l’étude à travers le pays. Le Club Med veut miser sur des stations balnéaires qui permettent de fuir la pollution des grandes villes, mais également sur des lieux moins éloignés des centres urbains.

Et même si le nouveau propriétaire chinois accorde une importance stratégique à son pays d’origine, le Club Med ne deviendra pas une compagnie exclusivement dédiée à la Chine, assure M. Giscard d’Estaing. « Ce n’est ni la volonté de Fosun, ni la nôtre. »

Virage haut de gamme

La lutte ayant précédé l’acquisition du Club Med a opposé deux grands joueurs aux visions opposées. Fosun, qui a remporté la mise, appuyait le virage vers le haut de gamme amorcé par l’entreprise il y a quelques années, tandis que l’Italien Andrea Bonomi voulait privilégier le moyen de gamme.

Fort de l’appui de Fosun, le grand patron de la compagnie a donc les coudées franches pour poursuivre le travail qu’il a entamé lors de son entrée en poste, en 2005. « Aujourd’hui, vous devez être soit le meilleur, soit le moins cher. Mais vous ne devez pas être au milieu, résume M. Giscard d’Estaing. Si je prends nos 20 villages les plus rentables, ils sont tous haut de gamme. Et si je regarde les 20 villages qui restent les moins rentables, ils sont tous milieu de gamme. »

À son avis, les difficultés rencontrées par l’entreprise au début des années 2000 sont dues à une image de marque « brouillée » : la clientèle était constituée en parts égales de familles, de couples et de célibataires, tandis que l’offre de service variait de l’entrée de gamme aux forfaits de luxe.

Aujourd’hui, la mission se précise. Le Club Med veut devenir le leader mondial des vacances tout compris haut de gamme offertes aux familles, qui composent désormais la majorité de sa clientèle.

La concurrence est particulièrement féroce dans ce secteur du haut de gamme, avec la présence des géants Melia, RIU ou Barcelo, mais Henri Giscard d’Estaing est persuadé que le Club Med a ce qu’il faut pour se distinguer. « Nous sommes différents. Il y a de grands acteurs hôteliers, très compétents, mais aucun d’entre eux ne s’est donné comme seule mission de faire réussir les vacances de ses clients. Nous sommes un spécialiste des vacances », explique-t-il.

L’offre d’activités, qui a fait la renommée de l’entreprise, a d’ailleurs été récemment bonifiée grâce à une collaboration avec le Cirque du Soleil. L’expérience CREACTIVE, ouverte au public l’été dernier à Punta Cana, en République dominicaine, offre une immersion complète dans le monde des arts du cirque.

Si tout se déroule comme prévu, ce concept sera reproduit d’ici un an et demi dans deux villages de vacances situés en Europe… et en Chine.

Le Club Med renonce au Massif

La direction du Club Med a annoncé mardi qu’elle ferme la porte au développement d’un nouveau village de vacances au Massif de la Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix. Les discussions entamées il y a trois ans entre les deux parties ont pris fin, a fait savoir le Club Med dans un communiqué. « Aucun accord n’a été trouvé concernant le financement du projet qui permette de mettre en place une collaboration dans un format qui prend en compte le risque associé de s’installer dans une destination non encore connue à l’international », y écrit l’entreprise. Elle laisse entendre qu’elle a toujours l’intention de développer un projet au Québec dans le futur, tout en précisant que pour l’instant, elle préfère se concentrer sur d’autres projets en Amérique du Nord.
«Aujourd’hui, vous devez être soit le meilleur, soit le moins cher. Mais vous ne devez pas être au milieu. Si je prends nos 20 villages les plus rentables, ils sont tous haut de gamme. Et si je regarde les 20 villages qui restent les moins rentables, ils sont tous milieu de gamme.»

Henri Giscard d’Estaing, p.-d.g. du Club Med

Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir