Au Brésil, un juge gèle les avoirs des minières impliquées

Rio de Janeiro — Un juge brésilien a gelé les avoirs des compagnies minières Vale et BHP Billiton dans la foulée de ce qui pourrait être la pire catastrophe environnementale de l’histoire du pays.

L’effondrement d’un barrage a relâché un torrent de boue toxique qui a tué au moins neuf tonnes de poissons et pollué 850 kilomètres de cours d’eau. Un tribunal fédéral a annoncé vendredi que le juge Marcelo Aguiar Machado a déterminé que les minières Vale et Billiton devaient être punies puisqu’elles sont copropriétaires de l’entreprise d’extraction de minerai de fer Samarco qui, elle, était responsable du barrage, et que le partenaire brésilien ne disposait pas de fonds suffisants pour payer des indemnisations après la rupture d’un barrage.

La catastrophe s’est produite le 5 novembre. Le jugement a été rendu après que le gouvernement fédéral et les dirigeants des États de Minas Gerais et Espirito Santo aient déposé une poursuite en lien avec des dommages estimés à 5 milliards $US. Vale a indiqué dimanche par voie de communiqué avoir l’intention de porter la décision en appel.

Le jugement ne précise pas la valeur des avoirs gelés, mais souligne que les procureurs considèrent que Samarco ne pourrait pas acquitter la somme de 20 milliards de réals (5 milliards $US) réclamée par le gouvernement. Les groupes miniers faisaient valoir que Samarco est une entité indépendante et devrait à ce titre assumer seule le coût de la catastrophe.

Le juge a également demandé à Samarco de procéder à un dépôt initial de deux milliards de réals (500 millions $US) dans un délai de 30 jours pour couvrir le coût du nettoyage. Si ce délai n’est pas respecté, les groupes miniers devront payer 1,5 million de réals (375 000 $US) d’amende par jour de dépassement.

Poursuite

Les eaux du fleuve brésilien Doce, polluées par une coulée de boue contenant des déchets miniers début novembre, contiennent notamment du plomb et de l’arsenic déjà présents et qui sont remontés lors de l’accident dans le Minas Gérais, avait reconnu à la fin de novembre le groupe minier Vale.

L’entreprise, qui détient à parts égales avec l’anglo-australien BHP Billiton la compagnie Samarco à qui appartenait le barrage qui a cédé le 5 novembre, a promis d’effectuer les travaux de nettoyage nécessaires. Elle a en revanche nié que la coulée de boue et déchets miniers, qui a submergé un village dans le sud-est du Brésil, faisant 13 morts, était elle-même toxique, comme l’ont affirmé cette semaine des experts de l’ONU.

Le président de Vale, Murilo Ferreira, avait alors annoncé la création d’un fonds entre les trois groupes miniers (Vale, BHP Billiton et Samarco) pour assurer le nettoyage du fleuve. « Ce sera un fonds sur la base du volontariat, à long terme […] et audité par des entreprises internationales », auquel participeront des entités gouvernementales et non-gouvernementales, a-t-il expliqué, précisant que le montant total de ce fonds n’a pas encore été fixé.

Il s’agit de la « plus grande catastrophe environnementale de l’histoire du Brésil », qui a tué des milliers d’animaux et laissé 280 000 personnes sans eau, affirmait il y a quelques jours Izabella Teixeira, ministre de l’Environnement du Brésil. Le gouvernement brésilien entend ainsi réclamer en justice au moins 5,2 milliards de dollars dans le cadre d’une action devant la justice civile contre la compagnie Samarco et ses deux actionnaires.