L’inespéré rééquilibrage des forces au sein du FMI

La Chine disposera désormais d’un peu plus de 6 % des droits de vote au FMI.
Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse La Chine disposera désormais d’un peu plus de 6 % des droits de vote au FMI.

Chine, Inde ou Russie parleront bientôt d’une voix plus forte au FMI : après des années de blocage, le Congrès américain a levé vendredi le dernier obstacle à une réforme de l’institution financière internationale qui renforce le poids des grands pays émergents.

Cette refonte adoptée par la communauté internationale en 2010 n’attendait que la ratification des États-Unis, actée vendredi dans une loi de compromis budgétaire, pour voir le jour et s’imposer aux 188 États membres du Fonds monétaire international. Mais elle était devenue un point de blocage entre l’administration Obama et les républicains qui dominent le Congrès et rechignaient au moindre geste en faveur d’une organisation multilatérale, parfois critiquée à Washington pour les largesses accordées à la Grèce.

Au cours des récentes années, pas un sommet international ne s’était conclu sans qu’une piqûre de rappel ne soit administrée aux États-Unis, accusés de faire barrage à une réforme dont ils avaient été les premiers promoteurs en 2010 au moment de la récession planétaire. À l’issue de leur dernière réunion mi-novembre à Antalya (Turquie), les pays du G20 s’étaient ainsi de nouveau dits profondément déçus par ce blocage et avaient exhorté les États-Unis à ratifier le texte aussi vite que possible.

Ces innombrables contretemps avaient également conduit les pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) à ébaucher une architecture économique alternative en créant en juillet 2014 leurs propres fonds monétaire et banque de développement. Le compromis arraché vendredi devrait alléger leur frustration tout en enlevant une épine majeure du pied de l’administration Obama.

Enjeu crucial

L’enjeu était également crucial pour le FMI lui-même. Déjà parce que cette réforme double ses ressources permanentes, appelées quotes-parts, en les portant à quelque 660 milliards de dollars. Le feu vert du Congrès offrira ainsi au Fonds la possibilité d’abandonner les mécanismes précaires adoptés pour maintenir ses finances à flot et être en mesure de renflouer des pays en crise.

Mais il permettra surtout à l’institution créée en 1944 de renforcer sa légitimité en reflétant davantage le rapport de forces économique mondial, chamboulé par la crise mondiale de 2008-2009. La réforme rebat ainsi légèrement les cartes au sein du conseil d’administration du FMI — l’instance de direction qui se prononce notamment sur les plans d’aide — en réduisant l’influence des États Occidentaux au profit des grands émergents.

À l’heure actuelle, la Chine, deuxième puissance économique mondiale, dispose de moins de 4 % des droits de vote au FMI, à peine plus que l’Italie dont l’économie est pourtant cinq fois plus petite. Après la réforme, Pékin verra son poids quasiment doubler à plus de 6 % et sera le grand vainqueur d’un texte qui renforce également, dans une moindre mesure, les droits de vote de l’Inde (2,3 % à 2,6 %), du Brésil (1,7 % à 2,2 %) ou de la Russie (2,3 % à 2,6 %).

Le feu vert du Congrès américain scelle également une victoire personnelle quasi inespérée pour la patronne du FMI, Christine Lagarde, qui craignait pour la représentativité et la crédibilité de son institution. La dirigeante n’a pas ménagé ses efforts pour tenter de convaincre les élus américains, se disant même prête à exécuter une « danse du ventre » pour y parvenir. « Le feu vert du Congrès des États-Unis […] est un pas en avant majeur et bienvenu qui va renforcer le FMI dans son rôle de garant de la stabilité financière mondiale », a réagi Mme Lagarde, se réjouissant que le dynamisme des pays émergents soit désormais « mieux reflété ».

La réforme ne réglera par ailleurs pas complètement les problèmes de représentativité du FMI. Avec 16,5 % des droits de vote, les États-Unis en resteront le premier actionnaire et continueront d’avoir un droit de veto. « Ces réformes enlèvent une tache qui ternissait la légitimité de l’institution […] mais les cicatrices laissées par le retard dans leur mise en oeuvre mettront du temps à disparaître », affirme à l’AFP Eswar Prasad, un ancien responsable du FMI, selon qui le rééquilibrage au profit des émergents reste par ailleurs « partiel ».