La course aux applications en médecine

Photo: Giorgio Gruizza/Getty Images

L’entreprise montréalaise Hexoskin, qui conçoit et fabrique les vêtements intelligents du même nom, a obtenu mardi 1,3 million de la part d’Anges Québec et d’Anges Québec Capital. Un investissement qui permet à la compagnie en croissance de prendre d’assaut le marché des produits médicaux et qui relance la bataille qui l’oppose à sa rivale québécoise, OMsignal.

Cette deuxième ronde de financement porte à 2,2 millions le montant investi jusqu’à maintenant dans Hexoskin par le réseau Anges Québec et le fonds d’investissement mis à sa disposition. Depuis ses débuts en 2006, l’entreprise basée dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie a mis la main sur un total de 3,2 millions grâce à l’appui de différents investisseurs.

Hexoskin fabrique des vêtements intelligents qui détectent les signes vitaux, comme la respiration et les battements cardiaques, grâce à des capteurs intégrés au tissu. Ceux-ci transmettent des données par technologie Bluetooth à une application mobile.

Pour l’instant, la compagnie a surtout misé sur les sportifs, de l’amateur au professionnel, et sur la recherche dans le domaine de la santé. Elle espère maintenant que les nouveaux fonds mis à sa disposition lui permettront de faire un pas de plus vers la commercialisation de ses produits dans le domaine médical.

« On veut traduire les résultats obtenus avec nos partenaires et nos clients dans la recherche en santé en applications médicales concrètes, que les médecins et les hôpitaux peuvent utiliser dans le cadre de leur pratique, explique le président-directeur général et cofondateur d’Hexoskin, Pierre-Alexandre Fournier. On aimerait avoir des Hexoskin approuvés par Santé Canada, approuvés par la FDA [Food and Drug Administration, l’agence américaine], pour que les gens dans le système de santé puissent les utiliser. »

Des médecins pourraient par exemple mettre à profit les vêtements intelligents pour suivre à distance un patient aux prises avec des problèmes cardiaques ou des troubles respiratoires, précise le dirigeant.

Les vêtements Hexoskin ont « le potentiel de changer le visage de la médecine moderne », souligne-t-on dans le communiqué diffusé mardi pour annoncer l’octroi du financement.

Armes inégales

Hexoskin s’est forgé une réputation en s’associant à de gros joueurs comme l’Agence spatiale canadienne, la NASA, ainsi que des équipes de la Ligue nationale de hockey (LNH) et de la National Basketball Association (NBA). Elle collabore également à un projet-pilote, annoncé au début du mois de décembre, visant à évaluer en temps réel l’état de santé des policiers de Dubaï.

« Ce qui nous distingue de la concurrence actuellement, c’est notre expérience, fait valoir M. Fournier. En général, les futurs clients veulent voir quelqu’un qui a fait ses preuves, qui a un produit qui fonctionne bien et qui est utilisé par des clients rigoureux. »

Certains verront dans cette remarque une flèche décochée à l’endroit d’OMsignal, sa concurrente directe, qui est également établie à Montréal. Cette entreprise en démarrage était « partenaire » d’Hexoskin, jusqu’à ce qu’elle développe son propre vêtement intelligent muni d’une technologie semblable. Hexoskin juge qu’on a illégalement utilisé sa propriété intellectuelle et poursuit sa rivale pour près de 1 million de dollars.

Peu importe quelle sera l’issue de ce litige, les deux compagnies se battent pour l’instant à armes inégales : Hexoskin a accumulé quelque 3,2 millions en financement, comparativement à 14 millions $US (19,2 millions en dollars canadiens) pour OMsignal. Les 10 millions $US investis en juin 2014 par Bessemer Venture Partners y sont pour beaucoup.

OMsignal s’est surtout fait connaître grâce à son association avec Ralph Lauren, qui a équipé les chasseurs de balles du US Open de tennis 2014 et qui commercialise maintenant un vêtement intelligent plus abordable que l’Hexoskin.

Pierre-Alexandre Fournier insiste pour sa part sur la précision des données recueillies par ses produits, et une fois de plus sur l’expérience cumulée au fil des ans. « On a de grandes ambitions, lance-t-il. On pense qu’il y a un marché pour des millions de vêtements comme ceux qu’on vend chaque année à travers le monde. »

Il aspire à diriger une « très grande compagnie », mais il sait que s’il veut voir sa vision de l’avenir se concrétiser, il aura besoin d’encore plus de financement.

«On a de grandes ambitions, lance-t-il. On pense qu’il y a un marché pour des millions de vêtements comme ceux qu’on vend chaque année à travers le monde.»

Le président-directeur général et cofondateur d’Hexoskin, Pierre-Alexandre Fournier

Photo: Giorgio Gruizza/Getty Images