La grogne des actionnaires gonfle

San Francisco — Le revirement de Yahoo ! sur la scission de sa participation dans le géant chinois du commerce en ligne Alibaba n’a pas suffi à calmer les investisseurs activistes du groupe Internet américain, qui continuent d’exiger des actions rapides.

Dans une présentation largement distribuée, le fonds d’investissement SpringOwl, qui dit faire partie des investisseurs de Yahoo ! sans dévoiler l’importance de sa participation, appelle ainsi à remplacer la patronne Marissa Mayer et à sabrer dans les coûts en supprimant notamment 9000 postes. À la fin septembre, le groupe Internet comptait 10 700 salariés à temps plein et presque 800 contractuels.

La présentation de 99 pages a été envoyée au conseil d’administration de Yahoo ! avant d’être rendue publique, a précisé un porte-parole du fonds à l’AFP. SpringOwl juge possible de dégager au moins 2 milliards de dollars par an d’excédent brut d’exploitation grâce à un strict plan d’économies, sabrant dans les effectifs, mais aussi d’actuelles dépenses jugées trop coûteuses, comme la nourriture gratuite pour les salariés, des fêtes et des commandites.

Il dénonce aussi 10 milliards de dollars de dépenses mal fondées sous l’ère Mayer, dont 3 milliards dans des acquisitions et 4 milliards dans le développement de produits n’ayant conduit selon lui à aucun succès notable. Le fonds réclame plutôt à Yahoo ! de puiser dans ses liquidités, de s’endetter et de vendre des actifs immobiliers, comme son siège de Sunnyvale en Californie, pour faire des rachats d’actions et faire remonter le cours de Bourse.

Outre Marissa Mayer, le fonds SpringOwl réclame le remplacement de plusieurs membres du conseil d’administration par des personnes plus expérimentées dans le domaine des médias, de la technologie, du numérique, du mobile ou des services en ligne.

SpringOwl s’ajoute à la liste des actionnaires de Yahoo ! affichant publiquement leur mécontentement face au manque de résultats de la stratégie menée depuis trois ans par Marissa Mayer pour relancer la croissance du groupe. Un autre fonds, Starboard Value, fait déjà pression sur le groupe depuis un an : il a d’abord réclamé la scission d’Alibaba, avant d’appeler plus récemment à y renoncer, ce que Yahoo ! a fait la semaine dernière en révisant son plan de scission. Ce changement de cap devrait toutefois prolonger d’un an le délai d’ici la séparation entre le coeur de métier du groupe et sa participation dans Alibaba.

Un autre actionnaire de Yahoo !, le fonds Canyon Capital, aurait également écrit en fin de semaine dernière au conseil d’administration pour réclamer la mise en vente immédiate du coeur de métier, selon le Wall Street Journal.