Pas question de refaire le débat

Photo: David Boily Agence France-Presse

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, estime que le Québec perçoit actuellement « le maximum » de redevances minières qu’il peut espérer obtenir, compte tenu du contexte québécois et de la morosité actuelle dans le secteur de l’extraction.

La semaine dernière, le gouvernement a rendu publique pour la première fois la valeur des redevances versées au cours d’une année par chacune des mines en activité au Québec. En 2014, l’État a perçu entre 120 et 135 millions de dollars en redevances (selon le taux de change utilisé pour effectuer les calculs), alors que la valeur de la production sur le marché s’élevait à près de 7,4 milliards de dollars, selon l’Institut de la statistique du Québec.

« Nous croyons que nous allons chercher le maximum, parce qu’il faut quand même demeurer compétitifs avec le reste du monde », a déclaré lundi matin le ministre Arcand, en marge d’un discours prononcé lors du forum sur les ressources naturelles présenté par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).

« Je peux bien augmenter les redevances, mais si je n’ai pas d’investissements, je ne serai pas plus avancé », a-t-il ajouté.

Selon le ministre, le régime de redevances minières actuellement en vigueur est adapté à la réalité québécoise. « Le Québec a, à mon avis, un grand avantage et un inconvénient. Le grand avantage du Québec, c’est que nous avons des ressources extraordinaires de qualité. Le grand inconvénient, c’est que la demande vient beaucoup des pays asiatiques », a-t-il noté. Cette réalité explique à son avis pourquoi le Québec peut difficilement se comparer à l’Australie, qui est située près de la Chine et de l’Inde.

M. Arcand a rappelé que les redevances minières ont fait l’objet de quatre ans de discussions à l’Assemblée nationale et que le débat est clos, du moins pour l’instant. « Tout peut être amélioré », a-t-il néanmoins admis.

Lors de son allocution prononcée lundi en ouverture du forum de la CCMM, le ministre Arcand a reconnu que le contexte économique mondial est difficile pour l’industrie minière. Il a malgré tout pris soin de vanter les mérites du Plan Nord relancé par le gouvernement Couillard plus tôt cette année.

« La mise en valeur responsable de nos ressources est indispensable pour dynamiser l’économie du Québec et diminuer notre empreinte carbone, a-t-il soutenu. Pour les investisseurs du Québec et de l’étranger, le Plan Nord, ça représente un territoire nouveau des plus intéressants. » Selon lui, les investisseurs n’attendent plus que de se faire présenter des projets à financer.

Plusieurs acteurs du secteur minier qui lui ont succédé au micro ont pourtant répété à quel point il est difficile d’obtenir du financement pour mettre en branle des projets, alors que le prix de la plupart des métaux est à son plus bas niveau.

« Il faut être débrouillard pour obtenir du financement », a observé Martin Granger, associé et leader du secteur énergie et ressources de Deloitte au Québec. Celui-ci est persuadé que les prix remonteront, mais il n’ose pas prédire à quel moment.

Le directeur général de Ressources Québec (une filiale d’Investissement Québec), Denis Williams, estime pour sa part que la baisse des prix observée en 2015 va se poursuivre l’an prochain. Il est vrai que les investisseurs sont frileux et que plusieurs d’entre eux cherchent des partenaires pour partager les risques, mais il s’agit malgré tout d’un bon moment pour investir, a-t-il fait valoir.

« Pour l’instant, les temps sont durs, mais il faut trouver le moyen d’être plus compétitifs à l’avenir », a résumé le président et chef de la direction de Tata Steel Minerals Canada, Rajesh Sharma. Son entreprise développe notamment le projet DSO, situé près de Schefferville, en collaboration avec New Millennium Iron.

Anticosti : des questions « légitimes »

En affichant ses réticences au cours de la fin de semaine au sujet de l’exploitation éventuelle de gisements de pétrole ou de gaz naturel sur l’île d’Anticosti, le premier ministre Couillard a soulevé des questions « légitimes » que tout le monde se pose actuellement, a dit lundi le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand. « Il est clair qu’on aime mieux travailler sur des projets qui sont plus verts », a-t-il précisé. Comme le révélait Le Devoir lundi, les sites où seront menés en 2016 les forages sur l’île d’Anticosti ont été choisis. Ces forages seront effectués par une coentreprise dans laquelle le gouvernement est le principal bailleur de fonds. « Le gouvernement est très au fait de ce qui se passe actuellement, a affirmé M. Arcand. On n’a pas terminé les études sur l’aspect économique des choses. […] Il est clair que c’est un projet qui va faire l’objet de beaucoup de discussions au cours des prochaines semaines. »
4 commentaires
  • André Nadon - Inscrit 8 décembre 2015 03 h 30

    Comparaison boiteuse!

    Pourquoi se comparer à L'Australie plutôt qu'aux autres provinces du Canada?
    Qu'on nous explique pourquoi les autres provinces obtiennent une redevance 3 fois plus grande qu'au Québec depuis des décennies?
    Si le minerai est de qualité extraordinaire, pourquoi moins de redevances, sinon la peur de ne pas être réélu?
    On essaye de nous convaincre que nous sommes une province comme les autres.
    Il serait temps qu'on le prouve par des gestes concrets et non pas seulement des paroles. On en a marre des " on vous aime" qui ne rime à rien.

  • François Dugal - Inscrit 8 décembre 2015 08 h 11

    Question de privilège

    Quand les minières seront parties pour cause d'effondrement des marchés, monsieur le ministre, qui paiera pour le "nettoyage"?

  • Louise Gagnon - Inscrite 8 décembre 2015 10 h 06

    À voleurs, voleurs et demi...

    « Nous croyons que nous allons chercher le maximum, parce qu’il faut quand même demeurer compétitifs avec le reste du monde »

    N'importe quoi ! Et ils n'ont pas honte.

  • Bernard Terreault - Abonné 8 décembre 2015 10 h 40

    Dans 10, 25 ou 50 ans

    Le minerai qu'on laisse partir aujoud'hui à vil prix on serait mieux de le laisser dans le sol jusqu'à ce qu'il vale plus à mesure qu'il deviendra plus rare dans 10, 25 ou 50 ans. Ça s'appelle penser à nos enfants plutôt que gaspiller ou, pour faire prétentieux, pratiquer la justice intergénérationnelle.