Parmalat: la police perquisitionne les bureaux de la Deutsche Bank

Milan — Les autorités italiennes ont poursuivi hier leur enquête sur l'affaire Parmalat en effectuant une perquisition dans les locaux milanais de la Deutsche Bank, tandis que l'ex-patron du groupe agroalimentaire, Calisto Tanzi, était entendu à l'hôpital où il a été admis pour problèmes cardiaques.

Deutsche Bank, première banque d'Allemagne, est l'un des établissements ayant vendu pour plusieurs milliards d'euros d'obligations pour le compte de Parmalat, qui a déposé son bilan le mois dernier. «Nous continuerons à coopérer pleinement avec les autorités italiennes», a déclaré un porte-parole.

Cette perquisition, exécutée hier par la police financière, succède à celles qui ont été menées ces derniers jours dans les bureaux milanais de la banque américaine Morgan Stanley, d'une filiale de l'italien Banca Intesa et de l'agence de notation Standard & Poor's. Au début du mois, une opération identique avait eu lieu chez Bank of America et des documents avaient été saisis chez Citigroup. L'un des magistrats instructeurs, Francesco Greco, a déclaré hier à la presse qu'aucune de ces banques ne faisait l'objet d'une enquête officielle.

Des victimes

Un assistant des anciens directeurs financiers, Fausto Tonna et Luciano Del Soldato actuellement sous les verrous, s'est tué en tombant d'un pont hier à Rubbiano di Solignano, une petite ville au nord de Parme. Selon les premières constatations de la police, il s'agirait d'un suicide. L'homme a été identifié comme étant Alessandro Bassi.

Parallèlement, Calisto Tanzi, fondateur et ancien président du groupe, a été transféré jeudi soir de sa prison à un hôpital milanais, à la suite de symptômes susceptibles d'indiquer des problèmes cardiaques, a déclaré à la presse son avocat Fabio Belloni. Il a été arrêté le 27 décembre dans une rue de Milan et est accusé d'avoir orchestré tout un réseau de fraudes, de trucages de marchés et de fausse comptabilité.

Trois magistrats instructeurs sont arrivés hier après-midi à l'hôpital pour l'interroger, ont indiqué des témoins. Les parquets de Milan et de Parme tentent de déterminer comment Tanzi et d'autres cadres de Parmalat ont pu dissimuler pendant plus d'une décennie un «trou» qui, d'après les enquêteurs, pourrait maintenant dépasser 10 milliards d'euros. Des enquêtes ont aussi été lancées aux États-Unis, au Luxembourg, au Brésil et dans les îles Caïmans.

Vente d'obligations

Les enquêteurs avaient déjà interrogé courant janvier des représentants de la Deutsche Bank sur le rôle joué par la grande banque allemande dans une vente d'obligations effectuée par Parmalat en septembre, trois mois avant sa mise en cessation de paiements. Deutsche Bank a par ailleurs détenu 5 % du capital de Parmalat jusqu'au jour où la crise a éclaté, à la mi-décembre. Mais d'après des sources financières, il s'agissait d'une position à court terme et purement technique.

La semaine dernière, on avait déclaré de source bancaire que Parmalat avait utilisé sans autorisation le logo de la Deutsche Bank sur une lettre assurant Standard & Poor's de sa liquidité financière. D'après les enquêteurs, l'utilisation de faux en écritures a constitué un élément majeur dans la fraude dont est soupçonnée l'ancienne direction de Parmalat.

Tanzi fait partie des onze personnes arrêtées dans le cadre de ce scandale financier. Il a été incarcéré le 27 décembre à la prison milanaise de San Vittore, puis transféré courant janvier à la clinique pénitentiaire qui y est installée. Âgé de 65 ans, il a déjà subi un pontage coronarien, ont indiqué ses avocats.

Selon Fabio Belloni, qui se trouvait hier au service neurochirurgique où à été admis son client, celui-ci «alterne entre des moments de calme et d'anxiété profonde», mais souhaite toujours être interrogé.

Soucieuse d'éviter un risque de fuite ou de falsification de preuves, la justice a déjà rejeté à plusieurs reprises ses demandes de placement en résidence surveillée et a fait valoir qu'il pouvait recevoir pendant son incarcération les éventuels soins médicaux exigés par son état.

Tanzi a déjà reconnu le détournement d'environ 500 millions d'euros et a concédé que le trou dans la comptabilité de Parmalat puisse être de quelque huit milliards d'euros.