La campagne sur le désinvestissement prend de l’ampleur

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La campagne de désinvestissement des énergies fossiles prend de l’ampleur et regroupe désormais plus de 500 investisseurs institutionnels, soutiennent les deux organisations qui la fédèrent, 350.org et Divest-Invest.

Ces investisseurs gèrent des actifs totaux de 3400 milliards, ont affirmé les deux groupes en marge de la conférence climatique de Paris. L’an dernier, la campagne évoquait 400 investisseurs dont l’actif se chiffrait alors autour de 2600 milliards.

« Les investisseurs ont très bien compris ce qui s’en vient et ont commencé à retirer leurs capitaux des énergies fossiles pour plutôt se concentrer sur les énergies renouvelables », ont indiqué 350.org et Divest-Invest. Ils signalent toutefois que « certains engagements sont des désinvestissements partiels » et qu’il est difficile de déterminer la part des 3400 milliards qui sera désinvestie, car les degrés de divulgation varient d’un cas à l’autre.

Le nombre d’investisseurs a augmenté rapidement depuis l’an dernier. À l’été 2014, ont rappelé les deux groupes, ils étaient 181 et leurs actifs sous gestion se situaient autour de 50 milliards. Depuis, la campagne qui se déroulait souvent dans les campus universitaires s’est donné une structure un peu plus formelle et attire l’attention.

L’idée de se désinvestir des énergies fossiles alimente les discussions, mais certains investisseurs institutionnels, comme la Caisse de dépôt et placement du Québec, pour ne nommer que celui-là, n’hésitent pas à dire qu’il ne s’agit pas d’une priorité, car ils préfèrent garder leurs actions pour maintenir un dialogue avec les entreprises.

La famille Rockefeller

Un des cas les plus célèbres de désinvestissement est celui du Fonds des frères Rockefeller. Le conseil des fiduciaires a décidé l’an dernier de liquider la totalité de ses placements dans les énergies fossiles, lesquels représentaient alors environ 8 % du portefeuille. Aujourd’hui, ce chiffre est d’environ 3,5 %. Le Fonds, qui verse des dons à des projets sociaux et de développement durable un peu partout dans le monde, est de 811 millions de dollars américains.

« Ne plus investir dans les énergies fossiles n’est pas seulement une obligation morale par rapport au réchauffement climatique, mais c’est aussi plein de sens sur le plan économique », a dit lors d’une conférence de presse à Paris le président du Fonds Rockefeller, Stephen Heintz, dont les propos ont été rapportés par l’Agence France-Presse.

En entrevue au Devoir la semaine dernière, M. Heintz a dit que le désinvestissement intégral n’est pas la seule option. Un investisseur pourrait très bien, par exemple, demeurer actionnaire d’une entreprise pour l’inciter à changer ses pratiques, mais en plus amorcer un processus de désinvestissement pour démontrer le sérieux de sa démarche.

La conférence de presse organisée mercredi réunissait notamment l’écologiste américain connu Bill McKibben, cofondateur de 350.org, Pascal Canfin, ex-ministre français aujourd’hui avec le World Resources Institute, et Kevin De Léon, président du Sénat californien. Ce dernier a ardemment milité, avec succès, pour que les élus légifèrent afin de forcer les deux gros investisseurs institutionnels de l’État — CalPERS et CalSTRS, qui gèrent 500 milliards — à sortir des énergies fossiles.

Un des événements marquants des dernières semaines est survenu chez l’assureur allemand Allianz, qui souhaite sortir des entreprises s’appuyant à plus de 30 % sur la production de charbon ou sur la consommation d’électricité provenant du charbon. Cette décision, a-t-il indiqué la semaine dernière, affectera des placements d’environ 4 milliards dans son portefeuille.

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