Un apport économique réel mais difficile à chiffrer

Martine Letarte Collaboration spéciale
Catherine-A. Lalonde, fondatrice d’Atelier 4920, tricote avec des aiguilles de 48 pouces de long.
Photo: Source Catherine-A. Lalonde Catherine-A. Lalonde, fondatrice d’Atelier 4920, tricote avec des aiguilles de 48 pouces de long.

Ce texte fait partie du cahier spécial Métiers d'art

Le Conseil des métiers d’art du Québec (CMAQ) évalue qu’on trouve entre 3000 et 3500 artisans professionnels dans la province. Ils habitent dans toutes les régions, où ils participent à l’économie locale et attirent des touristes. Plusieurs sont aussi présents dans des salons locaux, ou prennent la direction de Québec chaque année pour Plein Art, ou de Montréal pour le Salon des métiers d’art. Peu de chiffres existent sur ce secteur, mais visiblement, particulièrement dans l’événement de la métropole, il s’y brasse de grosses affaires.

Lorsqu’elle a su qu’elle allait participer au Salon des métiers d’art, Catherine-A. Lalonde, fondatrice de l’Atelier 4920 qui est spécialisé dans le tricot géant, s’est mise à tricoter sans arrêt. Pour répondre à ses commandes sur le Web, bien sûr, mais aussi pour se bâtir un stock. Elle a maintenant quelques caisses de cache-cou, de tuques, de foulards et de petites couvertures pour prendre la direction du Salon. « Des exposants habitués m’ont dit qu’on se fait dévaliser, raconte la créatrice et maman de quatre enfants, qui a ouvert son atelier en juin. Je ne sais pas si j’aurai suffisamment de produits, mais je tricoterai aussi tout le long du Salon dans le volet démonstration pour produire des pièces sur demande. Puis je prendrai des commandes. »

Le Salon des métiers d’art de Montréal représente environ 12 millions de dollars de ventes d’après les sondages réalisés auprès des exposants. Cette année, on y trouvera environ 450 artisans, un record depuis 2004.

« L’an dernier, on avait 14 régions de représentées parmi les artisans ; ce n’est pas un salon montréalais, c’est un salon national », affirme Martin Thivierge, directeur général du CMAQ.

Formée dans plusieurs écoles, la relève sera de la partie, avec une centaine de nouveaux exposants. On y retrouve aussi plusieurs habitués. Le joaillier Jules Perrier, doyen du Salon, n’a d’ailleurs jamais manqué une année. Il a aussi participé aux 35 Plein Art Québec, un événement qui tourne maintenant autour de six ou sept millions de dollars de chiffres d’affaires.

Les grands salons demandent aux artisans énormément d’investissement en argent, en temps et en énergie. Par exemple, pour avoir son stand au Salon des métiers d’art de Montréal, il faut s’attendre à débourser entre 5000 et 10 000 $, évalue le CMAQ. En retour, ces événements permettent de se faire connaître, ou de rejoindre un public différent. Il passe environ 170 000 visiteurs au Salon des métiers d’art de Montréal.

Après une présence à l’événement, certaines entreprises prennent énormément d’expansion. C’est le cas deSous une feuille de chou, qui propose des collections de doudous, de débarbouillettes et d’autres accessoires pour bébés. Au début des années 2000, l’entreprise était en fait composée d’une personne, Evelyne Lesieur. Sa première participation au Salon des métiers d’art de Montréal, il y a 11 ans, lui a servi de tremplin.

« J’avais fait d’autres petits salons avant, mais celui de Montréal m’a vraiment permis de me faire connaître, et d’ailleurs, je revois les mêmes clients d’année en année », raconte Evelyne Lesieur.

Maintenant, pour répondre à la demande, elle peut compter sur six employés. Le Salon des métiers d’art continue de représenter une part importante de son chiffre d’affaires, mais la notoriété qu’elle y a acquise lui permet maintenant d’avoir des commandes à l’année.

Les régions sont souvent très bien représentées dans les métiers d’art au Québec. « Contrairement à d’autres secteurs de l’économie, on n’a pas besoin d’être dans un grand centre pour être artisan, et d’ailleurs, les artisans participent beaucoup à l’économie locale », indique Martin Thivierge.

Ils vendent leurs oeuvres, bien sûr, mais ils jouent aussi un rôle important d’attraction touristique. « Visiter l’artisan dans son atelier, c’est intéressant, alors les associations touristiques les mettent souvent en valeur en les intégrant dans un circuit, par exemple », explique M. Thivierge.

On trouve aussi des salons dans de nombreuses régions, au Saguenay–Lac-Saint-Jean par exemple, de même que dans le Bas-Saint-Laurent.

« La clientèle est locale, mais très fidèle et elle paye pour assister à ces salons, alors cela répond clairement à un besoin », affirme M. Thivierge.

On commence d’ailleurs depuis environ 10 ans à ouvrir des boutiques un peu partout au Québec de façon à rendre les produits d’artisans locaux plus accessibles à l’année.

Expérience métiers d’art (EMA), à Trois-Rivières, présente par exemple des créations de plus de 30 artisans professionnels de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Ce lieu a été créé par le Regroupement des métiers d’art de la Mauricie.

À Sherbrooke, on trouve également la Boutique des métiers d’art de la Corporation des métiers d’art du Québec en Estrie.

Le CMAQ exploite pour sa part une boutique à la place Royale, à Québec, une autre sur la rue Saint-Paul Ouest, à Montréal, de même que la galerie CREA qui présente des pièces uniques contemporaines.

L’activité économique liée aux métiers d’art au Québec est réelle, mais personne ne peut la chiffrer pour le moment.

« Les seuls chiffres qu’on a, ce sont ceux de la SODEC, où des artisans peuvent déposer des demandes de subventions pour le développement et l’équipement de leur atelier, ou pour leur mise en marché, indique M. Thivierge. On parle de 3000 à 3500 artisans qui ont un chiffre d’affaires annuel total d’environ 300 millions de dollars. Ces données touchent seulement les artisans qui ont demandé une subvention et elles datent aussi de quelques années, alors que, récemment, il s’est développé plusieurs événements dans le domaine des métiers d’art, comme des magasins éphémères. »

Le CMAQ tente d’intéresser des chercheurs universitaires à cette activité économique pour arriver à produire des données fiables et complètes sur les métiers d’art.

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