Le Canada investit trop peu pour soutenir la concurrence

Économistes et politiciens le répètent: l’innovation est importante puisqu’elle est liée à la productivité et à la croissance économique.
Photo: Marie-Hélène Tremblay Le Devoir Économistes et politiciens le répètent: l’innovation est importante puisqu’elle est liée à la productivité et à la croissance économique.

Les efforts déployés par le gouvernement fédéral pour stimuler l’innovation des entreprises ne produisent pas tous les effets escomptés : le Canada a une fois de plus reculé en 2013 à l’échelle mondiale en ce qui concerne les investissements en recherche et développement (R et D).

L’état des lieux en 2014, publié vendredi par le Conseil des sciences, de la technologie et de l’innovation (CSTI), une organisation créée en 2007 pour conseiller le gouvernement du Canada, pose un constat clair. « Le Canada n’investit plus dans les innovations du secteur privé à un niveau qui soutient la concurrence », écrit-on.

Installé au 18e rang en 2006, le pays a glissé au 26e rang en 2013 en ne consacrant que 0,82 % de son produit intérieur brut (PIB) à la R et D. Il se retrouve loin derrière les meneurs (Israël, Corée du Sud et Japon), dont les taux se situent entre 2,5 % et 3,5 %, et enregistre un score plus de deux fois inférieur à celui des États-Unis (1,96 %), qui occupent le 11e rang.

« Il est essentiel pour le Canada de combler cet écart de rendement », estime Sophie Forest, partenaire en gestion chez Brightspark Ventures et membre du CSTI.

Comme le rappellent fréquemment les économistes et les politiciens, l’innovation est importante puisqu’elle est liée à la productivité et à la croissance économique. Elle est bien sûr l’affaire des entreprises, mais les gouvernements ont aussi leur rôle à jouer.

À ce chapitre, Ottawa perd du terrain, mais ne s’en tire pas trop mal. Le gouvernement fédéral se retrouve au 10e rang en 2013, en baisse de huit positions par rapport à 2006, avec un investissement dans la R et D des entreprises correspondant à 0,18 % de son PIB. Le Canada se classe 4e pour ce qui est du financement indirect (c’est-à-dire des crédits d’impôt), mais 28e en ce qui concerne le financement direct.

Investissements requis

Le CSTI recommande donc au Canada de réduire l’écart qui le sépare des autres pays en matière d’innovation, mais aussi de rétablir l’équilibre entre le financement public direct et indirect de la R et D.

Le gouvernement Harper avait tenté d’atteindre cet objectif il y a trois ans en convertissant certains crédits d’impôt en subventions directes, mais force est de constater qu’il reste du travail à faire.

Lors de la plus récente campagne électorale, le Parti libéral du Canada a repris le flambeau en soutenant que l’économie canadienne a besoin d’investissements dans l’innovation « maintenant, pas dans plusieurs années ».

Il a promis d’investir 200 millions de dollars par an, pendant trois ans, dans un nouveau programme d’innovation devant apporter un « soutien direct » aux incubateurs, aux accélérateurs d’entreprises et aux installations de recherche. Le parti s’est également engagé à verser 100 millions supplémentaires par an, au cours des trois prochaines années, pour mettre en oeuvre un programme de recherche et d’innovation pour les petites entreprises.

Au moment d’écrire ces lignes, il n’avait pas été possible de savoir si ces sommes seront effectivement allouées par le gouvernement de Justin Trudeau, et à quel moment. Dans la lettre de mandat qu’il a remise à son ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, le premier ministre a fait allusion aux promesses électorales, mais de manière plus vague.

Performances encourageantes

Le portrait brossé par le rapport du CSTI n’est pas entièrement sombre. Mis à part l’innovation des entreprises, le Canada fait bonne figure en ce qui concerne la production de connaissances et le bassin de talents disponibles.

On y souligne notamment que 96 chercheurs canadiens se classent dans le premier centile des scientifiques les plus cités dans leur domaine respectif. Le Canada occupe le 6e rang, derrière des pays plus populeux.

Les dépenses en R et D dans le secteur de l’enseignement supérieur ont augmenté entre 2006 et 2013, mais sont demeurées stables en pourcentage du PIB. D’autres pays ont cependant accéléré la cadence, faisant passer le Canada de la 3e à la 8e place.

Le CSTI souligne par ailleurs que « si le bassin de talents du Canada demeure un atout, il tend à diminuer légèrement ».

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