Le Canada délaisse le manufacturier pour embrasser les services

La mondialisation, l’Internet, les nouvelles technologies de l’information modifient considérablement l’organisation de la production.
Photo: Michael Bocchieri Agence France-Presse La mondialisation, l’Internet, les nouvelles technologies de l’information modifient considérablement l’organisation de la production.

L’augmentation du nombre d’entreprises au Canada est de bon augure pour l’année à venir, en plus de marquer une autre étape dans sa transition vers une économie de plus en plus tournée vers les services, estiment des économistes.

La création nette de nouvelles entreprises au pays s’est légèrement tassée au printemps dernier sous le coup de la baisse des prix de l’énergie et de la récession technique, mais continue de s’inscrire dans une tendance à la hausse depuis 2013 à la faveur notamment de « l’embellie de la demande américaine ainsi que [de] la valeur plus faible du dollar canadien », a observé l’économiste du Mouvement Desjardins, Benoit P. Durocher, dans une brève analyse mercredi. Si le secteur des mines, du pétrole et du gaz a accusé l’un de ses pires reculs, le bilan est demeuré positif dans la plupart des autres domaines de l’économie canadienne.

Cette tendance devrait faire très plaisir à la Banque du Canada et à son gouverneur, Stephen Poloz, qui expliquait encore au printemps dernier que plusieurs des entreprises — et même des industries entières — détruites durant la Grande Récession avaient mis fin à leurs activités pour de bon et que, bien que les compagnies restantes puissent toujours augmenter leurs investissements et le nombre de leurs employés, « les nouvelles firmes sont les principaux créateurs d’emplois dans l’économie ».

Desjardins s’attend désormais à ce que la stabilisation des prix du secteur énergétique et l’atténuation de ses effets négatifs sur les industries voisines se traduisent par une accélération de la création nette d’entreprises et, par le fait même, un raffermissement sensible de l’économie. De seulement 1,1 % cette année, la croissance du produit intérieur brut (PIB) devrait ainsi presque doubler, à 2,1 %, en 2016.

Déclin du secteur manufacturier

Tous ne profiteront malheureusement pas de la situation, craint Benoit P. Durocher. Déjà en recul depuis plusieurs années au Canada comme dans plusieurs autres pays industrialisés, l’industrie de la fabrication a été durement frappée par la Grande Récession et l’envolée du huard.

« Force est de constater que la plupart de ces entreprises semblent être disparues à tout jamais et qu’elles ne seront pas remplacées par de nouvelles firmes manufacturières, dit l’économiste de Desjardins. À l’inverse, plusieurs secteurs des services ont bénéficié d’une nette création d’entreprises au cours des dernières années, ce qui témoigne des changements actuellement en cours au sein de l’économie canadienne. »

Une nouvelle économie

L’économiste de la Banque CIBC, Benjamin Tal, partage ce point de vue. « Le Canada a perdu plus de 10 % de sa capacité de production durant les jours sombres de la surévaluation du huard, et les nouvelles capacités de production qui émergeront bientôt seront fort différentes de celles qui ont été perdues », a-t-il avancé à son tour mercredi dans une analyse cosignée avec Royce Mendes et Nick Exarhos.

La mondialisation, l’Internet, la collecte massive et la valorisation de données (big data), sans parler des mille et une autres technologies de l’information ont inauguré une nouvelle ère où les entreprises sont chargées de tâches, et même seulement de parties de tâches, à l’intérieur de vaste chaîne de valeur mondiale. Cette nouvelle forme d’organisation de la production, de même que les faibles coûts des technologies permettent, entre autres, à de petites entreprises de s’associer virtuellement à de très grands groupes. « Ces dernières années, on a indéniablement vu les petites entreprises devenir encore plus petites », dit Benjamin Tal.

La nouvelle économique permet surtout aux entreprises canadiennes de laisser aux pays en développement les étapes de fabrication, où elles ont de plus en plus de mal à être compétitives, pour se concentrer plutôt dans les services en amont tels que le design et la recherche et le développement, et les services en aval tels que la mise en marché, la publicité et la logistique.

L’économiste de la CIBC sait qu’on lui demandera comment expliquer alors que le secteur des services compte pour 70 % de l’économie intérieure, et plus de 80 % des emplois au Canada, mais pour seulement 16 % de ses exportations ? Il répond que les statistiques habituelles tendent à surestimer le commerce des biens qui peuvent traverser plusieurs fois la frontière en cours de fabrication, de même qu’à sous-estimer la part de services qui entrent dans la fabrication de ces mêmes biens. En fait, lorsqu’on se concentre sur la valeur ajoutée au Canada, on constate que les services représentent plus de 40 % de ses exportations et que cette proportion va en augmentant.

« On a tendance à ne pas vraiment penser au commerce des services, déplore Benjamin Tal. Cela va devoir changer. »

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 26 novembre 2015 07 h 25

    Un nouveau langage

    Peut etre y a-t-il un nouveau langage de l'économie a découvrir, ce n'est pas parce que les services sont moins palpables qu'ils sont moins importants, bon, il y a encore beaucoup de gens qui ignorent tout de cette économie, il étaient tellement habitués a du sonnant qu'ils pouvaient transporter dans leurs bas, comment leur expliquer alors que la richesse du monde c'est maintenant des points et des zéros apparaissants sur un écran carthodique, l'autre jour une caissiere me dit monsieur vous n'avez qu'a passer votre carte devant mon appareil, j'ai cru pour un instant qu'elle se moquait de moi, j'hésitai, elle me dit allez, allez monsieur, faite moi confiance, arrivez a la maison, je verifiai tout était bien inscrit noir sur blanc, je pensai aussitôt a ma vielle mère qui comptais encore ses sous un a un

  • Marc Davignon - Abonné 26 novembre 2015 10 h 28

    Ha! Ces économistes!

    Est-ce les mêmes d'avant la crise de 2008 qui nous prédisait des jours heureux avec les produits dérivés?