Chrystia Freeland, marchande en chef du Canada

En poste depuis un peu plus de deux semaines, la ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, a eu son baptême du feu la semaine dernière au sommet de l’APEC, à Manille.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne En poste depuis un peu plus de deux semaines, la ministre du Commerce international, Chrystia Freeland, a eu son baptême du feu la semaine dernière au sommet de l’APEC, à Manille.

La nouvelle ministre fédérale du Commerce international, Chrystia Freeland, ne sait pas encore comment fonctionnera la « consultation ouverte et transparente » que son parti a promise aux Canadiens sur le projet de Partenariat transpacifique (PTP). Ce qu’elle sait, c’est que le processus ne devrait exclure aucune option, mais que le libre-échange est généralement une bonne affaire pour la classe moyenne canadienne.

L’ancienne journaliste du Financial Times, du Globe and Mail et de l’agence Reuters a commencé l’entretien téléphonique au Devoir lundi par une déclaration en français à laquelle elle allait tout le temps se référer par la suite. Elle y disait que le nouveau gouvernement Trudeau est « résolu à faire preuve de transparence et d’une ouverture complète et à consulter les Canadiens sur le PTP. Nous sommes aussi engagés,poursuivait-elle, à tenir un véritable débat public au Parlement afin que les Canadiens puissent être consultés sur cet important projet d’entente commerciale ».

Elle ne peut toutefois pas encore dire quand ni comment ce processus de consultation aura lieu. « J’occupe ce poste depuis [seulement] deux semaines et deux jours », a-t-elle rappelé. De plus, « il y a plusieurs autres enjeux aux calendriers parlementaires ».

Pour le moment, seule la version anglaise de l’entente conclue le 5 octobre, en pleine campagne électorale canadienne, est disponible par l’entremise d’un site du gouvernement néo-zélandais. La version française du texte de près de 2000 pages (presque 6000 avec les annexes) devrait être prête « très bientôt », dit la ministre.

Tout est sur la table

Chrystia Freeland a déjà commencé à en discuter avec les provinces de même qu’avec de grandes entreprises canadiennes actives en Asie en marge du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) qui s’est tenu la semaine dernière à Manille, aux Philippines. C’est lors de cet événement que la ministre a précisé que l’examen par le nouveau gouvernement libéral allait porter sur l’ensemble des éléments de l’entente, y compris les plans de compensation promis par le gouvernement conservateur aux producteurs agricoles sous gestion de l’offre et à l’industrie automobile canadienne.

La députée de 47 ans de Toronto-Centre dit avoir aussi commencé à consulter des parties intéressés qui avaient moins eu voix au chapitre jusqu’à présent, selon elle, tels que des universitaires et autres experts, notamment en matière de protection de la propriété intellectuelle, ainsi que des représentants des grandes centrales syndicales. Son bureau a aussi eu des échanges avec les producteurs de lait et de volaille.

La ministre nous renvoie à ses remarques préliminaires lorsqu’on lui demande si elle croit possible de rouvrir l’entente pour y apporter des modifications ou si le traité doit être considéré comme à prendre ou à laisser. On obtient la même réponse lorsqu’on s’enquiert de l’impact que pourrait avoir sur son processus de consultation le débat difficile qui s’engage sur le même sujet au Congrès américain et dont l’issue apparaît incertain.

Un parti « pro-libre-échange »

S’il est ratifié, le PTP serait la plus grande zone de libre-échange parce qu’il regroupe 12 pays représentant près de 40 % de l’économie mondiale, soit l’Australie, le Brunei, le Canada, le Chili, les États-Unis, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam. L’accord porte sur un vaste ensemble de domaines, dont plusieurs liés à de nouveaux enjeux économiques, tels que les technologies numériques et le commerce électronique.

Le traité s’est attiré de nombreuses critiques en raison, entre autres, du secret dans lequel il s’est négocié et des dommages qu’il pourrait causer, au Canada, au système de gestion de l’offre, à l’industrie automobile et à l’accessibilité à des médicaments abordables. Le collègue de Mme Freeland et ministre de l’Agriculture, Lawrence MacAulay, a déclaré, il y a deux semaines, qu’il n’avait jusque-là rien vu dans le PTP qui « me ferait croire que je pourrais ne pas appuyer l’ensemble de l’entente ».

« Que les choses soient bien claires. Nous sommes un parti pro-libre-échange et nous sommes convaincus que le commerce est un facteur essentiel à la poursuite de notre objectif d’apporter la croissance et des emplois à la classe moyenne canadienne », martèle la ministre, rappelant un élément central du programme électoral libéral. C’est pourquoi, dit-elle, son gouvernement appuie sans réserve l’Accord économique et commercial global (AECG) conclu il y a plus d’un an entre le Canada et l’Union européenne et dont on attend encore la traduction dans les 24 langues officielles de l’UE pour avancer vers sa ratification. C’est pour cette raison aussi que l’on entend « construire énergiquement de fortes relations commerciales avec les économies émergentes, particulièrement la Chine et l’Inde ».

La ministre a d’ailleurs été la seule à avoir droit à une rencontre bilatérale avec son homologue chinois lors du sommet de l’APEC à Manille, se félicite-t-elle. « Et cela, c’est très prometteur. »

Quant au PTP, « les consultations diront si nous tenons une entente importante. […] Nous ne sommes qu’au début de l’exercice », répète-t-elle.

Que les choses soient bien claires. Nous sommes un parti pro-libre-échange et nous sommes convaincus que le commerce est un facteur essentiel à la poursuite de notre objectif d’apporter la croissance et des emplois à la classe moyenne canadienne.

1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 25 novembre 2015 08 h 23

    Le nom de cette ministre...

    Le nom de cette ministre est presqu'un appel par lui-même à l'indépendance républicaine national du Canada.
    Ceci dit, je ne me fais aucune illusion sur ce qui pourrait y être perçu comme un mouvement pour la république...

    Alors donc, comme toujours pour moi, autant par patriotisme et humanisme que par réalisme, Vive le Québec libre !