Téo, le petit dernier d’Alexandre Taillefer

Alexandre Taillefer veut avoir 1000 véhicules dans les rues de Montréal d’ici 2017, et 2000 avant la fin de 2019.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Alexandre Taillefer veut avoir 1000 véhicules dans les rues de Montréal d’ici 2017, et 2000 avant la fin de 2019.
Il s’appelle Téo et il veut révolutionner la manière de transporter les Montréalais. Le service de taxi dévoilé cette semaine par l’ex-« Dragon » Alexandre Taillefer prend d’assaut un marché fort convoité en adoptant une approche nouvelle. Son audace sera-t-elle payante ?​
 

La grande salle du Reine Elizabeth était bondée mercredi pour accueillir la vedette du jour. Ce n’est pas toutes les semaines qu’autant de gens d’affaires provenant de milieux aussi variés se déplacent pour entendre une allocution présentée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). « Le lancement de Téo Taxi est plus qu’un autre événement, c’est un véritable happening », a lancé avec enthousiasme son président, Michel Leblanc, avant de céder le micro.

Sur scène, l’entrepreneur Alexandre Taillefer a présenté dans les plus fins détails le nouveau modèle qu’il propose aux Montréalais : une « révolution économique et écologique qui changera le visage de l’industrie du taxi à Montréal ».

Téo (pour transport écologique optimisé) est un service de taxis électriques qui fera ses débuts dès la semaine prochaine avec 50 voitures dans les rues de Montréal, dans le cadre d’un projet-pilote. L’objectif est de déployer un parc de près de 1000 véhicules d’ici 2017, et plus de 2000 en 2019. Téo Taxi mise notamment sur une application de géolocalisation, son propre réseau de bornes de recharge haute vitesse et une multitude de gadgets à l’intérieur des véhicules.

Avec son projet, Alexandre Taillefer chamboule les pratiques actuelles dans l’industrie du taxi, qui tente d’accélérer sa modernisation, et il entre en concurrence directe avec le géant Uber. Sûr de lui, l’homme d’affaires va même jusqu’à prédire la mort de son concurrent à Montréal d’ici cinq ans.

« La compétition, c’est toujours une bonne nouvelle. […] Ça va nous pousser à continuer de nous améliorer », a répondu le directeur général d’Uber au Québec, Jean-Nicolas Guillemette, au moment de souligner jeudi le premier anniversaire du service uberX à Montréal.

« [Alexandre Taillefer] dit qu’il entend suivre les règles du jeu, donc je l’invite à faire partie de notre comité et on va essayer d’améliorer notre industrie », a pour sa part noté le porte-parole du Comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi et ancien ministre des Transports, Guy Chevrette. Enthousiaste, le responsable du transport au comité exécutif de la Ville de Montréal, Aref Salem, a quant à lui prédit le début d’une « nouvelle ère ». « C’est sûr que ça va mettre un peu plus de pression sur l’industrie, au niveau de l’image et de l’électrification. »

La vraie « révolution »

Le service Téo Taxi attire surtout l’attention parce qu’il utilise des véhicules électriques (des Kia Soul, des Nissan Leaf et des Tesla), mais la « révolution » qu’il propose se trouve ailleurs.

À la différence des taxis traditionnels et d’Uber, le nouveau service veut faire de ses chauffeurs des employés à part entière. M. Taillefer leur promet un salaire garanti de 15 $ l’heure pendant une semaine de travail de 40 heures, en plus d’avantages sociaux, alors que les chauffeurs des taxis traditionnels, qui sont des travailleurs autonomes, gagnent selon ses calculs près de 8 $ l’heure en travaillant de 60 à 80 heures par semaine. Il fait le pari que les Montréalais préféreront se déplacer à bord de voitures entretenues par la compagnie et conduites par des chauffeurs sélectionnés.

« On va continuer avec le modèle de travailleur autonome parce que ça permet une flexibilité énorme aux gens », a indiqué jeudi le patron d’Uber. La majorité des chauffeurs utilisent la plateforme à temps partiel, ce qui signifie que le service leur procure un revenu d’appoint très apprécié, a-t-il ajouté. Selon les chiffres dévoilés par la compagnie, les chauffeurs gagnent en moyenne un salaire brut de 22,40 $ l’heure. En excluant les coûts liés à l’essence et à l’entretien (estimés à 18 %) et les frais de service de 20 % que conserve Uber, le salaire horaire net est cependant estimé à 13,89 $.

L’arrivée de Téo n’ajoutera pas de taxis dans le parc montréalais puisque le nombre de permis est limité par le Bureau du taxi de Montréal. Le nouveau service entend plutôt louer des permis aux propriétaires actuels et compte réaliser des profits en abaissant les coûts de fonctionnement de ses véhicules de 35 à 40 % par rapport aux taxis à essence.

Pour ce qui est des tarifs, ils seront semblables à ceux des taxis traditionnels, mais M. Taillefer promet déjà des forfaits avantageux pour ceux qui se rendent à l’aéroport ou qui utilisent le service en soirée. Et surtout, les tarifs ne varieront pas en fonction de l’offre et de la demande, a-t-il insisté, en attaquant ainsi directement le système d’Uber.

La lutte pour attirer les clients s’annonce donc féroce entre les taxis traditionnels, les véhicules tout électriques de Téo et ceux d’Uber. Les premiers ont la force du nombre, les deuxièmes ont l’attrait du changement de paradigme et les troisièmes se démarquent par des tarifs plus bas et une visibilité internationale. Il existe cependant un quatrième concurrent beaucoup plus imposant, scandent en choeur MM. Taillefer et Guillemette : le véritable ennemi à abattre, disent-ils, c’est la voiture solo.

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