Le travail à l’école et l’école au travail

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Il se signe chaque année à l’UdeM 13 000 contrats d’étudiants employés que se répartissent près de 4000 étudiants. À l’UQAM, ce sont 6000 contrats pour plus de 2000 étudiants.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir Il se signe chaque année à l’UdeM 13 000 contrats d’étudiants employés que se répartissent près de 4000 étudiants. À l’UQAM, ce sont 6000 contrats pour plus de 2000 étudiants.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Ils sont encore sur les bancs d’école et y travaillent en même temps. Il existe dans toutes les universités des syndicats d’étudiants employés. Une conciliation travail-études qui dans ce cas-ci va bien au-delà des conflits d’horaire et plonge dans une diversité de points de vue qui parfois peut sembler contradictoire.

Pour étudier à temps complet, il faut souvent un travail à temps partiel. La plupart des étudiants doivent compter là-dessus pour subvenir à leurs besoins. L’idéal, c’est de trouver un poste à l’université, un emploi avec un salaire décent. Il y a tous les postes d’auxiliaire d’enseignement et de recherche qui sont disponibles ainsi que des postes d’assistant technique. Jusqu’à ce que les syndicats d’étudiants travailleurs se forment, ces postes étaient offerts de manière tout à fait arbitraire ; souvent au mérite, mais aussi pour de nombreuses autres raisons… Les salaires étaient à l’avenant. Question de venir mettre un peu de lumière dans tout ça, des syndicats se forment dans plusieurs universités. Quant à lui, le Syndicat des étudiant(e)s salarié(e)s de l’Université de Montréal, le SESUM, est né le 4 juillet 2007. Du côté de l’UQAM, ce sera même quelques années plus tôt, soit en 2004, que sera créé le SETUE, le Syndicat des étudiant(e)s employé(e)s de l’UQAM. Tous deux sont affiliés à l’Alliance de la Fonction publique du Canada, l’AFPC.

Vincent-Carl Leriche a été élu à la présidence du SESUM en novembre 2014, et il avait occupé les mêmes fonctions entre novembre 2012 et novembre 2013. « Nos membres occupent des postes de cinq à dix heures par semaine. Ce sont des postes précaires, à contrat de manière atypique », nous dira-t-il. Ce sera d’autant plus difficile pour lui de connaître précisément le nombre de membres que regroupe son syndicat, il parlera plutôt du nombre de contrats signés chaque année. Hubert Pineault, vice-président, précise : « En fait, le lien entre tous les titres d’emploi, c’est qu’ils sont occupés par des étudiants, que ce soit comme auxiliaire de recherche, comme placier dans une salle de concert ou comme soigneur d’animaux à la Faculté de médecine vétérinaire. »

Les universités francophones telles qu’on les connaît ici à Montréal ou à Québec sont des espèces de minivilles. À l’Université de Montréal, on dénombre près de 90 départements. Si on ne compte que les étudiants, on a déjà une population de 64 000 ; en y ajoutant tous les employés, on atteint facilement 73 000. C’est un peu plus que la population de Drummondville ou de Saint-Jérôme. C’est dire qu’on y retrouve toute une multitude de manières de faire et de salaires différents. « La syndicalisation a fait en sorte d’uniformiser les salaires à la grandeur de l’université ainsi que les techniques de travail », explique le président.

Insatisfaction

Le grand combat du SESUM, c’est ce qu’il appelle le nombre d’heures travaillées et le nombre d’heures payées. Le cas de figure le plus fréquent est cet étudiant qui va faire de la correction d’examens pour le professeur qui le supervise dans son mémoire ou sa thèse. « Ce double statut fait en sorte que, malheureusement, lorsqu’un professeur propose discrètement cette tâche à un étudiant pour un montant de 500 $ alors qu’il y aura 120 copies à corriger, il y a une insatisfaction par rapport aux heures travaillées et aux heures payées. Dans des cas comme celui-là, il y aura beaucoup de craintes à faire des démarches pour réclamer justice de peur pour sa maîtrise ou son doctorat », raconte Vincent-Carl Leriche.

Au domaine de l’assistance de l’enseignement est rattachée une culture, et M. Pinault explique que « de se faire octroyer un contrat de correction, c’est un privilège qui est offert aux meilleurs étudiants. Le défi, c’est de renverser ça. Oui, ça demeure un privilège parce que c’est une très belle expérience si on vise une carrière universitaire, mais au-delà de ça, on trouvait important de mettre de la transparence dans tout ça. » Il se signe chaque année à l’UdeM 13 000 contrats d’étudiants employés que se répartissent près de 4000 étudiants. À l’UQAM, ce sont 6000 contrats pour plus de 2000 étudiants. Dans ce contexte, rendre le processus d’embauche plus transparent devient un enjeu complexe pour le syndicat. « Il s’agit de trouver un juste milieu entre un affichage complètement impartial et un processus de sélection empreint de favoritisme. On y travaille ! » lance le président.

Dans le contexte de coupes actuel et de la négociation d’une nouvelle convention collective, le SESUM se trouve dans une position un peu délicate. Jusqu’à présent, le syndicat aurait eu des promesses verbales que les enveloppes budgétaires pour les emplois auxiliaires ne seraient pas coupées. La double allégeance des membres du SESUM peut parfois être lourde à porter dans cette époque d’austérité : « En ayant des coupes dans les budgets d’enseignement, les professeurs devront éventuellement exiger de leurs correcteurs qu’ils travaillent beaucoup plus sans véritablement augmenter le budget qui leur est alloué ou réduisent les exigences. Ultimement, la qualité de l’enseignement pourra en souffrir. » En fait, le syndicat ne se bat pas seulement pour ses propres conditions de travail, mais pour préserver la qualité de l’enseignement.

Difficiles négociations aussi du côté du SETUE : « La première négociation est peut-être la plus facile parce qu’on part à neuf et on dresse des balises. On perçoit les problèmes et on tente de les régler. Aujourd’hui, on pense que l’amélioration de nos conditions de travail, c’est aussi une amélioration des conditions d’études ici, à l’UQAM », explique Carl Robichaud, responsable à la convention collective. Une des revendications, c’est le plancher d’heures fixes : « Ce qu’on a appris de la dernière négo, c’est que oui, on a eu des augmentations de salaire, mais à coût nul pour l’employeur puisqu’il a diminué le nombre d’heures qui nous était accordé. »

À la recherche d’une identité

Avec un pied dans le monde étudiant et un autre dans le monde syndical, après quelques années d’existence, le SESUM se cherche encore une identité. Avec son affiliation à l’AFPC, les membres de la direction ont eu l’occasion d’assister à certaines instances. Il se rend compte qu’il appartient à « une grosse machine syndicale, et pour des gens qui proviennent du milieu étudiant et qui ont participé à la politique étudiante dans les différents congrès, on constate la différence de culture, raconte Hubert Pinault, on a parfois du mal à s’y retrouver ». Au SESUM, on s’applique donc à créer le pont entre ces deux univers en ramenant un peu de la démocratie directe et participative dans les milieux syndicaux et en tentant de dissiper une méfiance mutuelle.