En temps de crise humanitaire, l’union fait la force

Caroline Rodgers Collaboration spéciale
« L’idée est de travailler ensemble pour réduire les coûts et être plus efficaces, au lieu de se livrer concurrence», explique Nicolas Moyer, directeur général de la Coalition humanitaire.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir « L’idée est de travailler ensemble pour réduire les coûts et être plus efficaces, au lieu de se livrer concurrence», explique Nicolas Moyer, directeur général de la Coalition humanitaire.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Depuis 2010, les grandes organisations non gouvernementales (ONG) d’aide humanitaire canadiennes ont constaté qu’elles étaient plus efficaces en s’unissant, ce qu’elles ont fait au sein de la Coalition humanitaire. Elles auraient aussi avantage à mieux collaborer avec le secteur privé en cas de catastrophe à l’étranger, selon une enquête du Conference Board du Canada intitulée « Accroître la collaboration en cas de catastrophe à l’étranger : entreprises canadiennes et organismes humanitaires » et rendue publique le 10 novembre.

La Coalition humanitaire a été formée en 2010 dans le but de répondre collectivement aux grandes crises internationales. Ses organisations membres sont Care Canada, Oxfam Canada, Oxfam Québec, Plan Canada et Save the Children.

« L’idée est de travailler ensemble pour réduire les coûts et être plus efficaces, au lieu de se livrer concurrence, dit Nicolas Moyer, directeur général. La genèse de cette idée date du tsunami en Asie en 2004, où l’on avait vécu une multiplication des activités d’organisations en concurrence les unes avec les autres et une cacophonie de messages envoyés au public. Nous voulions aussi amener plus de Canadiens à donner en temps de crise en leur rendant la chose plus facile. Qu’il y ait un guichet unique pour faciliter les dons au lieu d’imposer aux gens de choisir entre plusieurs organisations. »

Un exemple de réduction de coûts : en temps de crise, les grands médias peuvent publier les publicités de la Coalition gratuitement, ce qu’ils ne faisaient pas auparavant pour les organisations individuelles puisque leur souci d’indépendance leur imposait de ne pas choisir entre plusieurs d’entre elles.

« Les besoins humanitaires augmentent d’année en année, dit Nicolas Moyer. Ils sont supérieurs aux capacités de réponse du réseau humanitaire mondial, malgré le fait qu’il n’y ait jamais eu autant de ressources, et malgré le fait qu’il n’y ait jamais eu un système plus cohérent pour faire face aux crises. Il faut que l’on commence à faire les choses différemment. »

Un constat est ressorti des dernières crises : le secteur privé agit plus qu’avant et se mobilise spontanément pour aider, en marge des activités des ONG humanitaires.

« Cela soulève des questions. Comment pourrions-nous nous assurer de travailler ensemble, et de ne pas être en train de nous nuire l’un à l’autre ? Quelles sont les collaborations possibles, non seulement philanthropiques mais aussi sur le plan opérationnel ? Certaines collaborations opérationnelles peuvent avoir de grands impacts et, de plus en plus, on reconnaît que le secteur privé a un rôle à jouer. Il joue déjà un rôle que les travailleurs humanitaires, souvent, ne comprennent pas bien. Nous avons voulu explorer les avenues prometteuses et les barrières à la collaboration intersectorielle en cas d’urgence. »

L’enquête

Pour mieux comprendre cette problématique, la Coalition a fait appel au Conference Board du Canada, qui a enquêté auprès d’entreprises de différents secteurs de l’industrie et d’organismes humanitaires.

« En 2013, nous avions fait une autre étude pour comprendre où les entreprises dépensaient leurs fonds réservés aux activités caritatives, et nous avions constaté que seulement 1,8 million, sur un total de 710 millions, allait à l’aide internationale en cas de catastrophes humanitaires, dit Michael Bassett, codirecteur gouvernance, conformité et risques au Conference Board du Canada. Il y a donc une grande place à l’amélioration. »

L’un des résultats les plus surprenants de la nouvelle enquête est que les motivations des entreprises et des ONG humanitaires ont plus de points en commun qu’on aurait pu le croire. En effet, selon le sondage auquel ont répondu 34 grandes entreprises, la première motivation en importance citée est la volonté d’aider les gens dans le besoin.

« Ces résultats peuvent sans doute aider à vaincre le scepticisme et le cynisme autour des motivations [qui poussent] des entreprises à aider », dit Michael Bassett.

À partir des résultats de l’enquête, le Conference Board a fait des recommandations.

« Il y a un grand manque de communication entre les deux secteurs, ajoute M. Bassett. Nous recommandons que les entreprises commencent à mieux planifier et étudier les façons dont elles peuvent collaborer avec le secteur humanitaire pour mieux répondre aux besoins. Souvent, elles réagissent et veulent aider seulement une fois qu’une catastrophe survient. C’est le pire moment parce que, en cas de désastre, les ONG sont débordées et n’ont plus le temps de répondre à leurs questions. Il faut développer des partenariats pour être prêts à mieux répondre à une crise avant que cette crise arrive. »

Au-delà des dons en argent, les entreprises, selon leur secteur d’activité, peuvent fournir de l’équipement, de la technologie et de l’expertise.

« Ce type d’aide demande de bâtir des relations à long terme avec le secteur humanitaire pour contribuer à rebâtir les pays frappés par des catastrophes. »