Un plan trop timide pour être efficace

Le gouvernement Couillard souhaite voir sur les routes du Québec 100 000 véhicules électriques ou hybrides rechargeables d’ici 2020. Il y en a présentement 7300.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement Couillard souhaite voir sur les routes du Québec 100 000 véhicules électriques ou hybrides rechargeables d’ici 2020. Il y en a présentement 7300.

Trop modeste et doté de moyens financiers insuffisants, le nouveau plan d’électrification des transports du gouvernement du Québec réduira les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la province de manière « insignifiante », déplore l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) dans une analyse obtenue par Le Devoir.

La « note d’intervention » de l’IREC, qui sera dévoilée ce jeudi, taille en pièces le plan d’action 2015-2020 dévoilé au début du mois d’octobre par le gouvernement Couillard pour favoriser le transport électrique.

« Le gouvernement a un discours volontariste, mais dans les faits, ce plan-là, comme d’autres, nous montre qu’il ne va pas aussi loin qu’il le devrait pour atteindre ses cibles de réduction de GES », explique l’auteur de la note, Gilles L. Bourque.

Le plan d’action en électrification des transports du gouvernement Couillard, qui succède aux stratégies lancées par les gouvernements de Jean Charest et de Pauline Marois, fixe un objectif de 100 000 véhicules électriques et hybrides rechargeables au Québec en 2020. Jugée irréaliste par certains, l’IREC croit au contraire que cette cible est timide.

M. Bourque arrive à cette conclusion en se référant à une étude dévoilée en 2013 par SECOR et KPMG, qui estimait que 40 000 véhicules électriques ou hybrides rechargeables seraient vendus au Québec au cours de la seule année 2020. Le chercheur fait également remarquer que des pays comme la Norvège ont pris un virage plus audacieux que le Québec en matière d’électrification des transports avec une population deux fois inférieure.

Manque de moyens

« Même s’il s’agit d’une cible basse, le gouvernement ne se donne pas les moyens financiers pour l’atteindre », estime Gilles L. Bourque.

La stratégie du gouvernement Marois était dotée d’un budget de 516 millions sur quatre ans (129 millions/an), tandis que celle qui vient d’être annoncée s’appuie sur 420 millions sur cinq ans (84 millions/an).

Concrètement, le programme Roulez électrique — qui offre un rabais pouvant aller jusqu’à 8000 $ à l’achat ou à la location d’un véhicule électrique, hybride rechargeable ou hybride — ne pourra pas suivre la cadence, analyse-t-on.

En présumant que l’aide financière moyenne versée aux acheteurs de véhicules « verts » est de 5000 $ et en sachant qu’environ 7000 voitures électriques circulent déjà sur les routes du Québec, le gouvernement aura besoin de bien plus que 93 millions pour financer l’achat de 93 000 nouveaux véhicules. L’IREC estime plutôt que le programme aurait besoin de 465 millions pour éviter que la caisse ne se retrouve à sec.

« Si le plan n’est pas ambitieux, c’est parce que le gouvernement est en phase austérité, dit M. Bourque. Mais s’il mettait en place de la fiscalité écologique conséquente, il pourrait aller chercher les montants d’argent pour payer le coût d’une politique plus ambitieuse. »

Il propose par exemple d’appliquer un système de bonus-malus, dans lequel la taxe imposée lors de l’achat de véhicules polluants permettrait de bonifier l’aide financière accordée pour les véhicules électriques.

Dans son analyse, le chercheur de l’IREC s’en prend à l’échéance du plan d’action, qu’il juge trop courte pour incarner une vision « dans ce domaine hautement stratégique pour l’avenir du Québec ».

Par-dessus tout, Gilles L. Bourque constate que la stratégie du gouvernement Couillard contribuera très modestement à la lutte contre les changements climatiques. « La cible de réduction des émissions annuelles de gaz à effet de serre produites par les transports qui est proposée dans ce plan est totalement insignifiante », écrit-il.

Dans le cadre de sa stratégie, Québec a annoncé son intention de réduire de 150 000 tonnes les émissions annuelles de GES produites par le secteur des transports. À première vue importante, cette quantité d’émissions ne correspond dans les faits qu’à 0,5 % des 27,3 mégatonnes (Mt) de CO2 émises par le transport terrestre dans la province en 2012.

Cette cible de réduction apparaît particulièrement modeste lorsqu’on la compare à la volonté du gouvernement Couillard de réduire ses émissions de GES de 20 % en 2020, par rapport à 1990.

Entre 1990 et 2012, les émissions totales du Québec ont diminué de 8 %, mais au même moment, celles liées au transport ont augmenté de 25,7 %.

« Pour atteindre les prochaines cibles de réduction, ce sera maintenant au secteur des transports de contribuer à l’effort commun, au minimum à la hauteur de sa contribution aux émissions », affirme M. Bourque.

Puisque ce secteur a produit 44,7 % des émissions en 2012, sa contribution devrait être une baisse de 4,5 Mt de CO2 d’ici 2020, poursuit le chercheur. Or, la cible du plan d’électrification des transports du gouvernement Couillard ne correspond qu’à 3,3 % de cette contribution.

Dans son plan d’action, le gouvernement se donne par ailleurs pour objectif de réduire de 66 millions le nombre de litres de carburant consommés annuellement au Québec. Selon les chiffres publiés sur le site du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, le secteur des transports a consommé 13,4 milliards de litres de carburant en 2011. La réduction envisagée ne représente donc que 0,5 % de la consommation totale enregistrée cette année-là.

À la lumière de cette analyse du plan Couillard, le chercheur de l’IREC est catégorique : « Le Québec méritait mieux ; l’urgence d’agir exigeait plus. »

11 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 12 novembre 2015 01 h 47

    Quelle époque de petites gens

    Qu'est-ce qu'ils attendent pour donner leur place a d'autres, ca me fait penser quand on a voulu nationaliser notre électricité, les bons conservateurs de l'époque disaient que nous allions être refusés par tous les banquiers du monde, Parizeau est allé a New York et vous savez maintenant ce que ca donné, toujours les mêmes petits esprits optus,

  • René Racine - Abonné 12 novembre 2015 03 h 02

    Arrêtons de culpabiliser les québécois !


    Tous les moyens, grands et petits, sont bons pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les messages donnés et reçus, sont contradictoires

    "Les voitures électriques, peut-être, elles sont maintenant disponibles dans plusieurs marques, de bonne qualité, mais elles sont beaucoup trop coûteuses à l'achat. Ce sont les riches qui les achètent, et ces riches ont encore besoin du cancer des subventions pour s'en porter acquéreur.

    "Le virage à droite sur un feu rouge" est interdit partout à Montréal, sans discernement. Dans les autres villes, il y a des interdits un peu partout, même quand la circulation à certaines heures est presque inexistante et à certains endroits qui ne le méritent pas. Les conducteurs sont hésitants et surpris quand ils peuvent tourner. Cette mesure devrait être libéralisée à grande échelle pour augmenter la fluidité du trafic.

    Les citoyens ont sûrement un coffret de suggestions peu coûteuses dans leur mise en application. Ils peuvent être mis à contribution

    Quand ce sera réellement un problème sérieux ces émissions de gaz à effet de serre, les autorités vont arrêter de se donner bonne conscience en faisant de beaux discours écologiques, Elles devront agir puisque c'est important, en prenant toutes les mesures réellement efficaces, même celles dont le coût est nul, les virages à droite sur feu rouge.

  • François Marcoux - Abonné 12 novembre 2015 06 h 46

    Le Québec devrait être un modele

    Quand on lit ce qui se passe à Atlanta, Géorgie, qui pourtant est loin d'avoir les ressources hydroélectriques du Québec, nous devrions avoir honte. Il y a 65000 véhicules électriques là-bas, grâce ã toutes sortes d'incitatifs, beaucoup plus agressifs que les nôtres.
    La timidité aboutit rarement à être champion.
    François Marcoux

  • Dany Mailloux - Abonné 12 novembre 2015 06 h 59

    Quelle surprise...

    Pas surprenant, de la part d'un gouvernement à l'idéologie harperienne.

  • Bernard Terreault - Abonné 12 novembre 2015 07 h 36

    Inutile

    Seule une conversion au transport public et un stop à l'étalement urbain peuvent diminuer significativement la consommation de pétrole. De plus, comme l'auto électrique est toujours plus chère que l'auto à essence malgré la subvention, seuls les gens à l'aise financièrement peuvent se la permettre; il s'agit donc d'une subvention aux plus riches!

    • Jean Santerre - Abonné 12 novembre 2015 20 h 21

      Ce que j'ai de la difficulté à comprendre dans votre raisonnement est que vous voudriez classer les riches hors de la société.
      La pollution étant l'affaire de tous, mais aussi ceux qui ont les moyens et font le choix d'utiliser une voiture, pourquoi faudrait-il décourager ces gens de faire un choix plus sensé?
      Que vous soyez plus ou moins riche n'a aucun lien dans l'histoire.
      Parce que si vous êtes pauvre, normalement, vous ne possédez pas de voiture.
      En plus d'externaliser les méfaits de la pollution sur la santé et l'économie dans son sens large, considérer uniquement le coût d'achat de la voiture est erroné.