Les employés du secteur privé n’ont rien à envier à ceux du public

L’étude de l’ISQ arrive au moment où les employés de l’État négocient le renouvellement des conventions collectives qui les régissent, ce qui entraîne inévitablement son lot de perturbations.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir L’étude de l’ISQ arrive au moment où les employés de l’État négocient le renouvellement des conventions collectives qui les régissent, ce qui entraîne inévitablement son lot de perturbations.

Le fait de travailler dans le secteur public ou dans le secteur privé n’a pas d’impact sur la qualité d’emploi, rapporte l’Institut de la statistique du Québec.

La meilleure qualité générale des emplois du secteur public ne tient pas à la nature de l’employeur, mais aux types de tâches, de professions et de travailleurs qu’on y retrouve, conclut une étude de 90 pages dévoilée la semaine dernière par l’ISQ. Autrement dit, les mêmes types de tâches, de professions et de travailleurs bénéficient globalement d’aussi bonnes conditions d’emploi dans le secteur privé.

L’Enquête sur la rémunération globale au Québec réalisée chaque année par l’ISQ laissait déjà entrevoir cette tendance. Comparant les salaires et les avantages sociaux de nombreux emplois entre eux, cette enquête montre que l’avance du secteur public tend à fondre lorsqu’on le compare à des entreprises privées qui lui ressemblent plus, notamment de par leur taille et de par le fait que leurs employés sont syndiqués.

La nouvelle étude de l’ISQ se veut cependant beaucoup plus détaillée. Elle commence par construire un indicateur synthétique de la qualité des emplois basé sur 29 facteurs allant de la rémunération annuelle à la perception de la sécurité d’emploi, en passant par le nombre d’heures habituelles de travail, la présence d’un régime de retraite, le nombre de congés, la flexibilité de l’horaire, la qualification de l’emploi, mais aussi le niveau de demande psychologique et d’exigences physiques. On a ensuite mesuré l’influence de différentes variables sur cet indicateur synthétique de qualité d’emploi.

On constate notamment que le fait d’être âgé de 25 ans et plus, d’avoir terminé des études postsecondaires, de résider dans une zone urbaine et d’oeuvrer au sein de la même organisation depuis 10 ans ou plus augmente la probabilité d’occuper un emploi de qualité supérieure. Le fait d’être un professionnel, semi-professionnel ou technicien spécialisé, d’avoir une tâche non manuelle, de travailler pour une organisation d’au moins 200 employés ou de disposer d’un certain contrôle sur son travail est tout aussi bénéfique.

Étonnamment, le fait d’être un homme ou une femme, ou de bénéficier d’une couverture syndicale n’aurait pas d’impact, du moins pas sur la mesure générale de qualité d’emploi. Des différences apparaissent toutefois lorsqu’on ouvre et qu’on regarde à l’intérieur de cette mesure générale. On constate alors que les hommes et les travailleurs syndiqués disposent généralement de meilleurs salaires, avantages sociaux, horaires et autres conditions contractuelles. Leurs conditions de travail seraient toutefois moins bonnes que celles des femmes et des travailleurs non syndiqués en matière de demandes psychologiques, mais surtout d’exigences physiques. « Comme si une tendance venait contrebalancer l’autre et que les deux s’annulaient dans la mesure globale »,a expliqué mercredi en entretien téléphonique au Devoir Luc Cloutier-Villeneuve, coauteur de l’étude avec Robinson Saint-Frard.

On n’a pas trouvé la même sorte de tendance cachée entre les emplois des secteurs public et privé. « Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas différence de qualité d’emploi entre les deux, précise l’analyste de l’ISQ. C’est seulement que ces différences s’expliquent par d’autres variables que celle à laquelle tout le monde pense. »

L’étude de l’ISQ se base sur une vaste enquête commandée en 2008 et 2009 par le ministère du Travail et l’Institut national de santé publique du Québec. Réalisée auprès de 5000 travailleurs, elle excluait les travailleurs autonomes et ceux dont la semaine de travail n’avait pas au moins 15 heures. Elle n’a pas été répétée depuis, empêchant, par le fait même, la possibilité de détecter une possible évolution dans les tendances.

« C’est dommage parce qu’une telle enquête renferme beaucoup plus d’informations que celles qu’on a l’habitude de faire ici », observe Luc Cloutier-Villeneuve. Courantes depuis longtemps en Europe, ces études plus fouillées ont entre autres permis de constater depuis quelques années un maintien des conditions générales de travail, mais une dégradation de la situation en matière de pression psychologique et d’effort physique.

5 commentaires
  • Jean-Yves Arès - Abonné 12 novembre 2015 08 h 35

    LOL... bravo l'ISQ, formidable comme étude !

    Le message est clair, ce sont les scientifiques de de l'Institue de la Statisque du Québec qui le disent,

    « le fait ... de bénéficier d’une couverture syndicale n’aurait pas d’impact ... sur la mesure générale de qualité d’emploi »

    Messieurs-dames qui payez des cotisations syndicales, souvent dans les quatres chiffres, vous vous faites rouler...

    Le plus d'un milliards$ de cotisation syndicale débouchent sur aucune valeur ajoutée sur la qualité des emplois des cotisants ! !

    Mais que diable, comment donc l'émission La Facture a t'elle fait pour passer a coté d'une telle arnaque ?

    --

    Encore une fois, bravo aux spécialistes de la statistique de l'ISQ pour cette autre démonstration d'aveuglement volontaire toute scientifique... Et qui se moule si bien aux intérêts syndicaux !

    • Bernard Plante - Abonné 12 novembre 2015 12 h 53

      Tant qu'à prendre seulement un bout de l'étude, pourquoi ne mentionnez-vous pas le fait principal que l'étude démontre, soit que les "gras durs" du secteur public ne sont dans les faits pas aussi gras durs que votre animateur de radio préféré le laisse entendre?

    • André Boisvert - Abonné 12 novembre 2015 16 h 15

      « le fait ... de bénéficier d’une couverture syndicale n’aurait pas d’impact ... sur la mesure générale de qualité d’emploi »

      Et si c'était justement à cause de l'effet d'entraînement des syndiqués sur les non-syndiqués que ces derniers avaient des salaires et des conditions de travail plus acceptables!?!?! Qu'on abolisse les syndicats et les patrons pourront recommencer à exagérer sur le dos de leurs employés...

  • Marc-André Dupont - Abonné 12 novembre 2015 13 h 50

    Ce qu'on ne dit pas à propos des fonctionnaires

    Il y a beaucoup de rhétorique antisyndicale et des faussetés qui sont véhiculées pour dénigrer les syndicats. C'est facile de casser du sucre sur le dos des syndiqués de la fonction publique en écrivant n'importe quoi. Moi je sais de quoi je parle parce que j'ai travaillé une vingtaine d'années au privé avant de travailler comme fonctionnaire pour le gouvernement du Québec. Je gagnais plus d'argent dans le privé que comme fonctionnaire. J'ai fait le choix de travailler pour la collectivité québécoise. Je ne me plains pas. Si je prends ma retraite à 65 ans, j'aurai une rente annuelle de 11 000, 00 $ par année. C'est très loin d'être extravagant comme certaines personnes le prétendent. Je n'utilise presque pas mes congés de maladie depuis que je travaille au gouvernement. Le gouvernement parle de réduire le nombre de congés de maladie. Pour moi, ça ne fera pas vraiment de différence. Au privé, j'avais souvent un boni de mon employeur parce que je n'utilisais pas mes congés de maladie. Il n'y a pas d'abus de ce côté-là non plus. Il faut remettre les pendules à l'heure. Le 27 octobre, j'étais en grève. Nous n'avons pas empêché personne d'entrer au travail. Nous avions un mandat de grève légal et les services essentiels ont été maintenus.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 12 novembre 2015 19 h 17

    Herbe plus verte dans le champ du voisin!

    Bien d'accord avec vous monsieur Dupont, facile de s'en prendre à l'autre, de dénigrer le secteur public, soit parce qu'on l'envie ou parce qu'on préfère nourrir des préjugés. Il faudrait que le public réfléchisse à savoir que les employés du secteur public manifestent parce qu'il ne peuvent plus offrir des services à la population qui paie leur salaire par leurs impôts. Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête de certains québécois qui ne peuvent que mépriser les employés du secteur public. Ils devraient au contraire comprendre que leur message en est un de signal d'alarme. Et contrairement à certaine prétentions, ils ne manifestent pas seulement pour leur condition, au contraire: il serait bien plus facile de se taire que de manifester. Je me questionne beaucoup à savoir quelle maturité sociale nous avons au Québec. Bien sûr certaines personnes appuient les grévistes mais d'autres sont orientés seulement vers leurs petits besoins personnels sans vision aucune. Des cours portant sur les débats politiques au primaire devraient être implantés, mais monsieur Couillard ne sera pas d'accord, il va dire qu'on manipule les enfants....