L’héritage des Godbout, Lévesque et Bourassa doit fructifier au profit des Québécois, dit Michael D. Penner

Michael D. Penner: «C’était facile de me critiquer, mais maintenant, les gens voient [le changement]. J’ai complètement refait le conseil d’administration.»
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Michael D. Penner: «C’était facile de me critiquer, mais maintenant, les gens voient [le changement]. J’ai complètement refait le conseil d’administration.»

Discret depuis son entrée en poste il y a un an, le président du conseil d’administration d’Hydro-Québec se dévoile. En entrevue au Devoir, Michael D. Penner se dit fier du travail accompli au cours des 12 derniers mois pour donner un « nouveau souffle » au CA de la société d’État, à temps pour mettre en oeuvre le plan stratégique attendu en février.

Bien des gens ont sourcillé en octobre 2014 lorsque le gouvernement Couillard a annoncé que cet avocat et homme d’affaires anglophone prendrait la relève de Pierre Karl Péladeau à la présidence du CA d’Hydro-Québec. Le principal intéressé estime aujourd’hui qu’il a répondu aux attentes en renouvelant les fondations de l’entreprise publique.

« C’était facile de me critiquer, mais maintenant, les gens voient [le changement]. J’ai complètement refait le conseil d’administration, affirme-t-il. Quand je suis arrivé il y a un an, j’ai mis en place un plan pour revigorer le conseil d’administration et créer un environnement favorable pour entrer dans la planification stratégique avec la direction. »

Au cours des derniers mois, plusieurs nouveaux visages ont effectivement fait leur apparition dans le grand bureau vitré du 20e étage du siège social d’Hydro-Québec : en comptant M. Penner et le nouveau p.-d.g., Éric Martel, le conseil d’administration de la société d’État compte 9 nouveaux membres sur 16 sièges. « Le nouveau souffle chez Hydro-Québec, c’est un souffle d’humilité, d’ouverture, de transparence et de respect », résume M. Penner.

Réponses en février

 

Cette structure renouvelée permettra à Hydro-Québec de lancer son nouveau plan stratégique sur des bases solides, prévoit Michael D. Penner. Ce plan, qui devrait être dévoilé en février, définira les grandes orientations de la société d’État pour les cinq prochaines années. Il devrait s’aligner sur la nouvelle politique énergétique 2016-2025 du gouvernement du Québec, dont le dévoilement est prévu avant la fin de l’année.

D’ici là, difficile d’en savoir davantage sur les priorités d’Hydro-Québec. M. Penner fait preuve de la même prudence que le p.-d.g., Éric Martel, et se contente pour l’instant d’énumérer quatre grands objectifs : favoriser la croissance, améliorer la productivité, miser sur le service à la clientèle et accroître la transparence.

« Hydro-Québec, c’est par les Québécois, pour les Québécois. Les gens d’ici comprennent ça, on doit embrasser ce principe, et ça commence avec moi. […] Je veux parler de bonne foi avec tout le monde pour rebâtir le lien de confiance entre nous et la famille québécoise », dit-il, prenant bien soin de ne pas critiquer ses prédécesseurs.

Pour passer de la parole aux actes, M. Penner veut notamment qu’Hydro-Québec communique mieux avec la clientèle et admette ses torts si des erreurs sont commises.

De manière générale, il estime que la croissance passera par l’exportation des surplus d’électricité, que ce soit vers les États-Unis, l’Ontario, ou ailleurs. Il souligne également que la société d’État veut reprendre le terrain délaissé il y a quelques années à l’international en investissant dans certains projets à l’étranger.

Pour le reste, Michael D. Penner refuse de s’avancer sur des terrains glissants et répète que le prochain plan stratégique fournira des réponses. Il affirme que ce n’est pas à lui de se prononcer sur le plan d’électrification des transports du gouvernement Couillard ou sur les 20 milliards de dollars qu’Hydro-Québec prévoit d’investir dans le Plan Nord d’ici 2035. Il fait preuve de la même retenue lorsqu’on l’interroge sur la place qu’occupe la filière éolienne dans la stratégie d’Hydro-Québec. « C’est une partie du bouquet énergétique que nous avons. C’est vert et c’est renouvelable », se contente-t-il de répondre.

La réponse est beaucoup plus catégorique lorsqu’il est question d’une privatisation partielle d’Hydro-Québec, comme vient de le faire l’Ontario avec la société d’État Hydro One : « Ce n’est pas une idée dont on parle, ce n’est pas sur le radar, nous ne sommes pas intéressés. Absolument pas. »

Comme l’a déjà évoqué M. Martel, le président du CA confirme l’intention d’Hydro-Québec de limiter l’augmentation des tarifs d’électricité au niveau de l’inflation, « tout en réalisant des profits ».

Michael D. Penner sera par ailleurs aux côtés du p.-d.g. dans quelques semaines lors de la conférence de Paris sur le climat et compte bien faire valoir qu’Hydro-Québec est un « chef de file » en matière d’énergies vertes. À plus long terme, le président du CA espère surtout être à la hauteur des responsabilités qui lui ont été confiées. « Je veux qu’on regarde Hydro-Québec dans 10 ou 20 ans et qu’on dise qu’on a pris les bonnes décisions aujourd’hui, comme on l’a fait dans les années 40 avec [Adélard] Godbout ou dans les années 60 et 70 avec [René] Lévesque et [Robert] Bourassa. C’est maintenant à notre génération de faire le travail. »

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