Peabody Energy est aussi la cible du procureur de l’État

Après ExxonMobil, l’État de New York s’intéresse à Peabody Energy. Le géant du charbon est à son tour la cible du procureur général. Il aurait mal informé le public et les investisseurs sur les risques financiers, sur ses activités découlant du réchauffement climatique et d’une éventuelle action des autorités de réglementation.

L’Associated Press soulignait lundi que Peabody a signé dimanche une entente ne contenant aucune admission ni objection, mais dans laquelle l’entreprise de Saint-Louis s’engage à amender sa documentation aux actionnaires déposée auprès de la Securities and Exchange Commission. Elle compte y inclure l’impact probable d’une éventuelle réduction de ses ventes de charbon dans un contexte de réchauffement climatique.

Le procureur général de l’État de New York, Eric Schneiderman, a souligné qu’en étant inscrite en Bourse, « une entreprise dont l’activité principale engendre une émission importante de carbone a la responsabilité d’être honnête envers ses actionnaires et les investisseurs sur les risques que pose le changement climatique ». Le Bureau du procureur enquête sur Peabody depuis deux ans, après avoir manifesté sa préoccupation il y a huit ans.

L’idée fait son chemin. La semaine dernière, l’Agence France-Presse indiquait que le procureur de l’État de New York avait ouvert une enquête sur ExxonMobil pour déterminer si le géant texan a menti sur les risques liés au changement climatique et leur impact potentiel sur l’industrie pétrolière. Une assignation à comparaître au géant pétrolier a été envoyée mercredi. L’objectif est de déterminer si ExxonMobil a correctement informé les investisseurs et le grand public sur les risques financiers potentiels posés par le besoin de limiter l’utilisation des énergies fossiles. « Il vise notamment le financement par ExxonMobil d’études climatosceptiques et cherche à déterminer si l’entreprise n’a pas caché à la communauté financière des études montrant le rôle néfaste des énergies fossiles dans le changement climatique », pouvait-on lire dans le texte.

Mark Carney

À la fin de septembre, le gouverneur de la Banque d’Angleterre et président du Conseil de stabilité financière du G20, Mark Carney, avait lancé un avertissement aux assureurs et autres institutions financières. « Le poids de la preuve scientifique et la dynamique du système financier suggèrent qu’avec le temps, les changements climatiques menaceront les assises de la finance et la prospérité à long terme. » Il avait notamment évoqué l’impact financier de poursuites contre des entreprises, des gestionnaires de caisses de retraite ou des gouvernements pour ne pas avoir fait le maximum pour protéger leurs employés, investisseurs ou citoyens contre les ravages économiques et humains des changements climatiques, pouvait-on lire dans Le Devoir.

Ces éventualités confrontant directement les entreprises d’énergie fossile sont sans cesse plus documentées. La Banque HSBC, et avant elle la Deutsche Bank et bien d’autres précédemment parlent désormais de cette filière en termes de risques pour l’investisseur. La HSBC ajoutait, en avril, que les actifs liés au charbon et les réserves pétrolières dont le coût de développement est élevé sont ceux sur lesquels plane le plus grand risque réglementaire à l’heure actuelle. La troisième banque mondiale invitait alors au désinvestissement, au risque de voir apparaître dans les portefeuilles une prolifération d’« actifs échoués ».