Le Canada est encore trop libéral, dit l’OCDE

Une dégringolade des prix immobiliers frapperait disproportionnellement les jeunes familles, conclut une étude du Centre canadien de politiques alternatives dévoilée lundi. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une dégringolade des prix immobiliers frapperait disproportionnellement les jeunes familles, conclut une étude du Centre canadien de politiques alternatives dévoilée lundi. 

Le Canada aurait tout intérêt à donner un autre tour de vis à ses règles hypothécaires afin de réduire les risques liés à l’endettement des ménages et la flambée des prix immobiliers, estime l’OCDE.

La construction de maisons neuves se maintient à la limite supérieure maximale de ce que devraient normalement lui permettre les tendances démographiques fondamentales, s’est inquiétée lundi l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans la mise à jour semestrielle de ses perspectives économiques. Une brutale correction à la baisse des prix, notamment dans les marchés surévalués de Toronto et Vancouver, pourrait frapper durement les ménages et toute l’économie par voie de conséquence. « De nouvelles mesures macroprudentielles devraient être prises afin de contenir les risques que l’endettement des ménages et le niveau élevé de l’investissement et des prix dans le secteur du logement font peser sur la stabilité du système financier » ,a-t-elle déclaré. Ces mesures pourraient par exemple prendre la forme d’une autre augmentation de la mise de fonds minimale ou d’une autre réduction de l’endettement maximal permis au moment de contracter une hypothèque.

L’observation de l’OCDE n’est pas la première mise en garde du Canada à ce sujet. Le Fonds monétaire international (FMI) ainsi que de nombreuses firmes de recherche ont déjà exprimé leur inquiétude devant ce qu’ils considèrent être une bulle immobilière et les conséquences que pourrait avoir son éclatement sur des familles canadiennes plus endettées que jamais. La Banque du Canada a elle-même calculé que le marché immobilier pourrait être surévalué de 10 à 30 %. Sensible à ces appels, Ottawa a déjà resserré à plusieurs reprises les règles hypothécaires depuis 2008.

Une dégringolade des prix immobiliers frapperait disproportionnellement les jeunes familles, conclut une étude du Centre canadien de politiques alternatives dévoilée lundi. Un recul de 20 % laisserait soudainement 169 000 ménages dont les chefs ont moins de 40 ans (ou un sur dix) avec des dettes plus lourdes que l’ensemble de leurs avoirs. Un recul des prix immobiliers de 30 % ferait grimper cette proportion à un ménage sur sept (ou 297 000 familles). Une telle situation commanderait l’adoption par le gouvernement de programmes d’aide aux ménages en difficulté similaires à ceux mis en place aux États-Unis après l’éclatement de la bulle immobilière et durant la Grande Récession.

Une économie en transition

L’OCDE en a profité lundi pour revoir légèrement à la baisse la croissance économique qu’elle prédisait encore au Canada au mois de juin. Ses attentes pour l’année en cours ont diminué de 1,5 % à seulement 1,2 % et celles pour l’année prochaine passent de 2,3 % à 2 %. Pour 2017, elle s’attend à un taux de croissance de 2,3 %. Ces prédictions sont très proches de celles qu’annonçait la Banque du Canada le mois dernier. Elles prennent notamment acte de la baisse marquée de l’activité économique, de l’investissement et des exportations dans les secteurs pétrolier et des ressources naturelles, et de leur très lent remplacement par leurs équivalents dans les secteurs non énergétiques.

À ce rythme, la transition devrait être « largement complétée » vers la fin de l’année prochaine, permettant du même coup à la Banque du Canada de commencer à relever ses taux d’intérêt. Ce relèvement du loyer de l’argent « devrait être graduel par la suite ».

L’OCDE prend acte et ne se formalise pas outre mesure de la promesse du nouveau gouvernement libéral « d’avoir recours à un déficit modeste pour financer les dépenses d’infrastructures » les trois prochaines années. Compte tenu de la croissance économique, le poids relatif des déficits et de la dette devrait quand même reculer par rapport à la taille de l’économie.

Le cancre de la fiscalité verte

L’organisation internationale se désole par ailleurs de voir que le Canada en queue de peloton des pays riches quand vient le temps de mettre à son service la fiscalité pour lutter contre les changements climatiques. Il est l’un de ceux, avec les États-Unis, qui taxent le moins les émissions de carbone, soit l’équivalent de moins de 10 euros par tonne, contre au moins le double, sinon le quadruple ou plus encore dans les autres pays développés et même quelques pays émergents.

La science et l’expérience ont pourtant démontré que la fiscalité verte peut aider à réduire sensiblement les émissions de gaz à effet de serre (GES) sans nuire à la croissance économique, sinon l’aider, rappelle l’OCDE. Des initiatives intéressantes ont d’ailleurs été mises en avant par les quatre plus grandes provinces, observe-t-on, citant notamment l’exemple de la Colombie-Britannique.

Mais au rythme où vont les choses, « le Canada n’est pas bien parti pour atteindre l’objectif qu’il s’est fixé de réduire, d’ici 2030, ses émissions de GES de 30 % par rapport à leur niveau de 2005 ». Pour augmenter ses chances d’y arriver et réduire les coûts de transition, dit-on, il faudrait que les provinces se coordonnent ou que le gouvernement fédéral prenne « les rênes d’une stratégie nationale ».

2 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 10 novembre 2015 05 h 46

    Conseils

    Les conseils vont sortir de partout. Ça va être l'affluence. Tout le monde va se garocher sur le petit nouveau pour lui dire quoi et comment faire.

    Si j’étais lui, je demanderais des rapports détaillés des «réussites réelles» de ceux qui voudraient «me» dire quoi et comment faire. L’autre pendant du «Celui qui n’a jamais péché lance la première pierre», genre «Que celui qui a tout réussi vienne me dire quoi faire»; ça va alléger les rangs des «donneurs de conseils» et modérer leur arrogance.

    PL

  • François Dugal - Inscrit 10 novembre 2015 07 h 51

    Libéral

    Le Canada, "plusse meilleur" pays du monde, ne peut pas être trop libéral; l'OCDE se trompe joyeusement et ne comprend rien de rien à la dynamique canadienne.
    "Sous l'œil de Dieu, près du fleuve géant,
    Le Canadien grandit en espèrant.
    Il est né d'une race fière, béni soit son berceau."