Au tour de Fitch de sévir contre Volkswagen

Des activistes de Greenpeace ont déroulé une bannière à l’entrée de l’usine de Volkswagen à Wolfsburg, en Allemagne, intégrant le sigle du constructeur automobile à leur slogan du jour : «CO2, Das Problem».
Photo: Peter Steffen Agence France-Presse Des activistes de Greenpeace ont déroulé une bannière à l’entrée de l’usine de Volkswagen à Wolfsburg, en Allemagne, intégrant le sigle du constructeur automobile à leur slogan du jour : «CO2, Das Problem».

Berlin — L’agence de notation Fitch a abaissé à son tour lundi la note de la dette du constructeur automobile Volkswagen, qui a avoué deux tricheries aux normes antipollution, emboîtant le pas aux deux autres agences, Moody’s et Standard and Poor’s.

Jusqu’à présent au niveau « A », la note de la dette à long terme de Volkswagen est descendue de deux crans, à BBB +, et reste assortie d’une perspective négative, ce qui signifie qu’un nouvel abaissement pourrait être envisagé à court terme, selon un communiqué. « Cette dégradation reflète les problèmes de gouvernance, de direction et de contrôle interne mis en lumière » par le scandale de l’installation sur le moteur de onze millions de véhicules d’un logiciel capable de truquer les contrôles antipollution, argumente Fitch. « L’émergence d’une fraude d’une telle ampleur n’étant pas repérée par la direction ou n’ayant pas été corrigée pendant si longtemps ne correspond pas à une note de catégorie A », poursuit l’agence.

Les trois principales agences de notation avaient dans un premier temps chacune placé en septembre la note de Volkswagen sous surveillance négative, quand le constructeur allemand était passé aux aveux. Standard and Poor’s était ensuite passé à l’acte dès la mi-octobre, abaissant sa note, tandis que Moody’s l’a fait mercredi dernier, au lendemain de l’aveu d’une nouvelle tricherie, cette fois sur le niveau réel des émissions de CO2 de 800 000 voitures. Cette nouvelle affaire « ne fait que souligner encore davantage un manquement de contrôle interne au sein du groupe », estime également Fitch.

L’agence précise que sa décision d’abaisser la note de Volkswagen tient aussi compte des « effets financiers directs et indirects qui peuvent être attendus du fait de cette crise », comme le coût du rappel des véhicules posant problème, de potentiels amendes et procès partout dans le monde, ainsi qu’une éventuelle baisse de chiffre d’affaires. Fitch s’attend à ce que la facture finale soit « substantielle » pour Volkswagen, même s’il « est encore trop tôt pour quantifier avec précision l’amplitude et le calendrier des conséquences » financières pour le groupe.

L’Allemand a annoncé lundi son intention de verser en compensation 1000 $US par voiture aux automobilistes américains concernés. Les consommateurs allemands attendaient aussi un geste de la part de Volkswagen, qui a avoué il y a quelques semaines avoir équipé les moteurs diesel de 11 millions de voitures d’un logiciel capable de fausser les résultats des tests antipollution. « Des bons d’achat en Allemagne seraient le minimum pour dédommager les consommateurs touchés », a déclaré Klaus Müller, président de la fédération des associations de protection du consommateur, dans un entretien avec le journal Rheinische Post.

Le groupe prévoit « des mesures différentes sur chaque marché », a indiqué un porte-parole à l’AFP.

En parallèle à ces actions commerciales, Volkswagen va devoir rappeler les voitures concernées. Sur les 2,4 millions de véhicules équipés du logiciel truqueur en Allemagne, 540 000 auront à subir des modifications mécaniques sur le moteur, a fait savoir lundi le ministère allemand des Transports, dont une branche coordonne le rappel. Pour les autres, une mise à jour informatique devrait suffire.

L’affaire du logiciel et celle du CO2 ont fait l’objet d’une réunion du conseil de surveillance de Volkswagen, lundi, au siège de la société à Wolfsburg. À son issue, le patron de Volkswagen, Matthias Müller, et l’influent président du comité d’entreprise, Bernd Osterloh, ont rendu public un communiqué commun dans lequel ils promettent d’étroitement coopérer pour faire face aux « énormes défis » existants. Il s’agira de prendre des décisions sur « la planification des investissements et de la charge de travail ». Autrement dit, des conséquences sur l’emploi sont à envisager. Beaucoup d’observateurs se perdent en conjectures sur de graves suites pour le groupe, pouvant aller jusqu’à son démantèlement.

Dans l’affaire du CO2, les hypothèses se concentraient lundi sur le rôle de l’ex-patron de Volkswagen, Martin Winterkorn, qui a démissionné mi-septembre. Les objectifs de performances techniques et de coûts directement imposés aux développeurs de moteurs n’auraient en effet été tenables qu’en manipulant les valeurs, selon des informations de presse.

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