La guerre des drones

Walmart est bien conscient de la durée de vol limitée des appareils que l’on connaît aujourd’hui, mais affirme que son grand nombre de magasins rend son plan viable.
Photo: Boris Horvat Agence France-Presse Walmart est bien conscient de la durée de vol limitée des appareils que l’on connaît aujourd’hui, mais affirme que son grand nombre de magasins rend son plan viable.

La lutte que se livrent deux géants américains se transporte désormais dans les airs. Après s’être attaqué cet été au commerce en ligne, Walmart mise maintenant sur la livraison par drones pour concurrencer Amazon.

Le plus grand détaillant de la planète a déposé lundi une demande d’exemption à la Federal Aviation Administration (FAA), l’agence gouvernementale américaine responsable de l’aviation civile, pour tester ses drones à l’extérieur.

Dans sa requête, Walmart écrit qu’il a déjà effectué des tests de vol à l’intérieur, mais qu’il souhaite maintenant procéder à des essais plus poussés. Ses explications en disent long sur ses ambitions et sur l’état d’avancement de son projet.

« Les vols intérieurs ont non seulement démontré la capacité de Walmart de faire voler des drones de manière sécuritaire, mais également sa capacité de faire atterrir des drones dans des espaces restreints, d’utiliser des caméras, de prendre des colis et de les déposer », note-t-on.

La multinationale précise que l’utilisation de drones pourrait lui permettre d’améliorer son système de distribution en réalisant des inventaires du haut des airs, mais aussi de livrer des colis par voie aérienne, soit dans les succursales de l’entreprise ou directement chez les clients.

Mystère pour le Canada

La demande de Walmart a été déposée devant les autorités américaines, puisqu’il est interdit de mener des tests extérieurs aux États-Unis à moins d’obtenir une autorisation spéciale. Jusqu’à maintenant, la FAA a délivré plus de 2000 exemptions autorisant l’usage commercial de drones. Walmart devrait obtenir une réponse d’ici quatre mois.

La compagnie est bien consciente de la durée de vol limitée des appareils que l’on connaît aujourd’hui, mais affirme que son grand nombre de magasins rend son plan viable. Selon ses estimations, 70 % de la population américaine a accès à un Walmart dans un rayon de moins de huit kilomètres.

Bien que Walmart ait annoncé ses couleurs au sud de la frontière, elle ne semble pas exclure d’éventuelles livraisons par drones au Canada. « Nous n’avons rien à annoncer concernant les drones au Canada », s’est contenté de répondre le porte-parole de Walmart Canada, Alex Robertson, lorsqu’on lui a demandé si l’entreprise prévoyait d’utiliser ces appareils volants au pays dans le futur.

Contrairement à Amazon — qui testerait ses drones en Colombie-Britannique depuis le mois de décembre 2014 sur un site gardé secret, selon The Guardian —, Walmart n’a pas mené de tests au Canada, a précisé M. Robertson.

Walmart et Amazon déploient des efforts à un moment critique pour l’industrie du drone puisque la FAA devrait rendre publique d’ici juin prochain sa réglementation pour encadrer l’usage de ce type appareil. Notons que Transports Canada devrait faire de même en 2016.

Rivalité

Les visées de Walmart sur l’espace aérien constituent une nouvelle preuve de la guerre commerciale qui l’oppose à Amazon. Le mastodonte du commerce en ligne avait surpris bien des observateurs — qui ont cru à une blague ou à un coup de publicité — en présentant fin 2013 son projet de livraison par drones. Il a de nouveau attiré l’attention en juillet dernier en réclamant l’instauration d’une zone aérienne réservée aux drones les plus sophistiqués lors d’une conférence organisée par la NASA.

Amazon souhaite que des drones commerciaux automatisés et munis de détecteurs pour éviter les collisions puissent circuler à haute vitesse dans un couloir compris entre 200 et 400 pieds d’altitude (61 à 122 mètres), mis à part près des aéroports. Les drones moins sophistiqués voleraient en dessous, et les avions civils ou militaires circuleraient au-dessus.

En plus de s’aventurer sur le terrain du drone, Walmart a choisi plus tôt cet été de livrer bataille là où Amazon est roi. L’entreprise a lancé aux États-Unis un service de livraison illimitée à 50 dollars par année pour les clients qui effectuent des achats en ligne, ce qui correspondait à la moitié du prix réclamé par Amazon pour un service semblable.

L’offensive de Walmart survient au moment où l’entreprise tente de se remettre de la douloureuse chute de la valeur de son action au cours de la dernière année. L’entreprise américaine a souffert de la concurrence d’Amazon, mais aussi de celle des magasins à un dollar, qui séduisent les consommateurs en quête de bas prix.