Des rails qui mènent à la rentabilité

La fréquence du passage des trains, « c’est le nerf de la guerre », explique le patron de Via Rail Canada, Yves Desjardins-Siciliano.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir La fréquence du passage des trains, « c’est le nerf de la guerre », explique le patron de Via Rail Canada, Yves Desjardins-Siciliano.

Le président et chef de la direction de Via Rail Canada l’affirme sans détour : avec un achalandage en baisse et des déficits en hausse au cours des dernières années, la société d’État est « une business qui ne va nulle part ». Yves Desjardins-Siciliano mise sur son projet de voies réservées entre Montréal, Ottawa et Toronto pour renverser la tendance et a bon espoir de trouver une oreille attentive au sein du nouveau gouvernement Trudeau.

« Il y a clairement un engouement pour le renouvellement des infrastructures en général, pour la décongestion des grands centres urbains, le transport collectif, la réduction des gaz à effet de serre, la coopération entre Ottawa et les provinces. Donc on pense que notre projet répond à tous ces impératifs », fait valoir M. Desjardins-Siciliano en entrevue au Devoir.

À la lumière des engagements pris par les libéraux en campagne électorale, le président de Via Rail se dit « prudemment optimiste » sur l’éventualité de voir le prochain ministre des Transports approuver son projet, qui a selon lui le potentiel de relancer le transport de passagers par train dans l’est du Canada.

Il rappelle cependant que le gouvernement est l’unique actionnaire de l’entreprise, et que ce sera donc à lui de prendre une décision. « Notre travail, c’est de donner des options au gouvernement », dit-il.

Plus de départs, plus de passagers

Le patron de Via Rail tente depuis quelques mois de mousser son projet de voies réservées, notamment auprès des communautés d’affaires montréalaise et torontoise.

En clair, l’objectif de la société d’État est de construire de nouveaux rails reliant le triangle Montréal-Ottawa-Toronto, où circulent plus de la moitié des passagers de Via Rail. Cette infrastructure servirait exclusivement au transport de passagers, ce qui permettrait de faire passer de 6 à 15 le nombre de départs quotidiens en partance de chaque ville.

La fréquence des passages, « c’est le nerf de la guerre », insiste M. Desjardins-Siciliano. Via Rail sait très bien que plusieurs clients délaissent le train parce que le nombre de départs est insuffisant, mais l’entreprise a les mains liées. Elle n’est pas propriétaire des rails qu’elle utilise et doit par-dessus tout cohabiter avec les trains de marchandises, qui roulent beaucoup plus lentement que ses trains de passagers.

L’engorgement limite le nombre de départs, allonge la durée des trajets et, par conséquent, rebute les voyageurs.

En utilisant ses propres rails, Via Rail estime que la distance Montréal-Toronto serait parcourue en moins de quatre heures, plutôt que cinq. La ponctualité des trains atteindrait 95 % (contre 65 % actuellement) et l’achalandage grimperait en flèche. Selon les calculs de l’entreprise, le nombre de passagers sur la ligne Montréal-Ottawa-Toronto triplerait en 15 ans, passant de 2,1 millions en 2014 à 6,8 millions en 2030.

Investissement payant ?

Le coût du projet est estimé à 4 milliards de dollars, soit 2 milliards pour la construction de l’infrastructure et la signalisation, 1 milliard pour le matériel roulant et les gares et 1 milliard pour l’électrification des rails. Via Rail doit remplacer sa flotte de voitures coûte que coûte et espère être en mesure de passer sa commande en fonction des nouvelles voies réservées.

Réalisé en l’espace de quatre ans, le projet serait profitable six ans après le départ des premiers trains, affirme M. Desjardins-Siciliano. Il servirait ultimement à éponger près des deux tiers de la perte d’exploitation annuelle de Via Rail, qui a franchi le cap des 300 millions depuis 2013, précise le dirigeant.

« Le projet se finance par lui-même, ajoute-t-il. Donc c’est à l’actionnaire de décider s’il veut le financer entièrement pour garder tous les retours financiers que va produire l’opération ou s’il préfère partager le risque avec d’autres investisseurs, mais avec un retour moindre. »

Plusieurs partenaires ont déjà été approchés, à commencer par les grands fonds de pension du Canada et la Caisse de dépôt et placement du Québec. « Ils se sont tous dits intéressés parce qu’ils sont aujourd’hui des investisseurs dans le rail passager à travers le monde, et maintenant au Canada », fait remarquer le président.

Advenant le feu vert du gouvernement fédéral, appuyé au besoin par des partenaires privés, il faudrait évidemment que les Canadiens répondent à l’appel pour que les prévisions de Via Rail se concrétisent.

Yves Desjardins-Siciliano est conscient de l’attrait de la voiture personnelle et du covoiturage, ou encore de la concurrence des autobus interurbains, mais il est persuadé que le train correspond aux besoins de la clientèle. Ceux des gens d’affaires, bien sûr, mais aussi des jeunes, qui ont le « coeur vert ».

2 commentaires
  • M. Serge Morin Centre le Petit Domaine - Inscrit 31 octobre 2015 07 h 52

    ajouter Québec-Montréal

    Je crois que c'est un projet très pertinent, à défaut d'un TGV ou autre solution de train ultra rapide.

    Mais pourquoi ne pas aussi ajouter Québec à ce projet ? Je comprends que ce lien est probablement moins rentable, mais je crois que les deux villes en profiteraient. Actuellement le service est plutôt médiocre (trop peu de voyages offerts, trop lent et trop cher).

  • Gilbert Le Blanc - Abonné 2 novembre 2015 07 h 29

    Ey les "petites lignes"

    Tant meiux si Via rail obtient ce financement...! J' espère que l'on amélorera aussi les rails de la Gaspésie!
    Gilbert Le Blanc, Hope Town