Le huard se hisse à 77,48 ¢US - La Banque du Canada abaisse son taux

La hausse du dollar canadien, la baisse de l'inflation et l'immobilisme de la Réserve fédérale américaine ont finalement convaincu la Banque du Canada de bouger de son côté en réduisant hier d'un quart de point de pourcentage son taux directeur, pour l'établir à 2,50 %. Largement anticipée par les marchés, la décision a immédiatement été suivie d'une réduction équivalente du taux préférentiel des banques de 4,75 % à 4,50 %. Elle s'est accompagnée, dans les minutes qui ont suivi, d'une appréciation notable du dollar canadien de 0,61 ¢US, à 77,42 ¢US, qui s'est conclue par une valeur finale de 77,48 ¢US à la clôture.

«Malgré le renforcement de l'expansion économique à l'échelle mondiale, l'appréciation rapide du dollar canadien par rapport à la devise américaine a eu pour effet de freiner la croissance de la demande globale de biens et services canadiens en affaiblissement les exportations et en haussant les importations», a expliqué la banque centrale.

Principal guide dans ses décisions, l'inflation semble destinée à rester sous la cible de 2 % «jusque tard en 2005», a-t-elle poursuivi, victime d'une croissance économique intérieure plus faible qu'espéré en dépit d'un «rythme solide» de progression du marché du travail qui affichait la création de 200 000 nouveaux emplois dans les quatre derniers mois.

La baisse des taux d'intérêt était réclamée à cor et à cri depuis des mois par les entreprises exportatrices, qui représentent 37 % de l'économie canadienne et qui ont été frappées de plein fouet par l'appréciation de 20 % du huard par rapport au billet vert en 2003. Elle avait été jusque-là toujours remise à plus tard par une Banque du Canada qui attendait la preuve certaine de l'impact négatif des taux de change sur l'économie canadienne et qui comptait aussi sur un rehaussement du taux directeur de la Réserve fédérale américaine (Fed) — présentement à son niveau le plus bas en 45 ans, à 1 % — pour réduire l'écart entre les taux d'intérêt pratiqués dans les deux pays. Une telle réduction devrait normalement avoir pour effet de rendre le dollar canadien moins attrayant pour les investisseurs étrangers et en réduire par conséquent la valeur.

Bouger à la place de la Fed

«Avant Noël, la plupart des analystes anticipaient que la Fed hausserait ses taux dès ce printemps, expliquait hier Stéphane Marion, économiste principal adjoint à la Financière Banque Nationale. Le grand changement est survenu lorsqu'il est apparu clair qu'elle ne bougerait pas avant longtemps.»

Le gouverneur David Dodge a-t-il trop attendu avant de venir au secours des exportateurs canadiens? «Probablement, répond François Dupuis, chef économiste adjoint au Mouvement Desjardins. La situation n'a pas tellement changé depuis la dernière réunion de la Banque du Canada, le 9 décembre, fait-il remarquer. La seule différence est que, cette fois, l'ensemble des marchés avaient compris que l'on allait procéder à une baisse de taux. La banque a peut-être hésité à bouger la dernière fois à cause de problèmes de communication et parce qu'elle ne voulait pas prendre les marchés par surprise.»

Cette première baisse du taux cible du financement à un jour de la Banque du Canada ne devrait pas être la dernière. «On s'attend à une autre baisse de 25 points de base dès la prochaine réunion de la banque, le 2 mars», dit Stéphane Marion. «Il y aura vraisemblablement une autre baisse de 25 points le 2 mars, une autre le 13 avril, et peut-être même encore une autre à la réunion suivante, renchérit François Dupuis. Tout indique, en effet, que le contexte dans lequel se trouve l'économie canadienne va se maintenir pendant un certain temps.»

Stéphane Marion est assez d'accord avec ce qui précède. «Les pressions à la baisse sur le dollar américain restent très fortes. [...] Ça faisait longtemps que la question de la valeur du dollar canadien n'avait pas été au centre des préoccupations de la Banque du Canada... au moins dix ans», note-t-il.

La baisse du taux directeur canadien d'hier était la troisième en un an. Établi à 2,75 % au début de 2003, il avait d'abord connu deux hausses consécutives de 0,25 % en mars et en avril, avant d'être réduit dans les mêmes proportions en juillet et en septembre en réaction, notamment, au ralentissement brutal de l'économie ainsi qu'à l'épidémie de SRAS, la découverte d'un cas de maladie de la vache folle et la grande panne d'électricité en Ontario.

Confrontée à un taux anémique de croissance annualisée de 1,1 % au troisième trimestre, la Banque du Canada avait espéré à sa réunion de décembre que l'économie canadienne rebondirait au quatrième trimestre à un niveau «nettement supérieur à son potentiel». Fixé une semaine plus tard par le gouverneur Dodge à un taux «nettement supérieur à 4 %», cet objectif de croissance aurait été raté de presque 1 %, selon les plus récents pronostics.