La Scotia repart à la conquête des Québécois

La Banque Scotia, qui vendait 43 de ses succursales du Québec à la Banque Laurentienne en 2000 avec l'engagement de ne pas faire concurrence à l'acquéreur sur ses nouveaux marchés pendant trois ans, se prépare à faire la cour à ses anciens clients dès l'expiration de cette clause de non-concurrence, ce qui surviendra dans quelques mois.

Rick Waugh, nouveau président et chef de la direction de la Scotia, qui était de passage à Montréal pour une conférence devant la Chambre de commerce de la région de Montréal, a confirmé que sa banque considérait l'ouverture de deux ou trois succursales prochainement. «Notre stratégie est d'attirer de nouveaux clients. Nous voulons augmenter notre pénétration», a-t-il déclaré au cours d'un point de presse.

La Banque Scotia avait vendu à la Laurentienne près de la moitié de toutes ses succursales au Québec. Elle avait conservé toutes celles de la région montréalaise et vendu toutes les autres ailleurs au Québec, à l'exception d'une au coeur de la ville de Québec. Dans le lot vendu, il y avait des succursales en difficulté et d'autres qui présentaient des résultats intéressants, mais pour vendre il fallait présenter un ensemble attirant pour l'acquéreur.

La Banque Scotia n'a évidemment pas oublié les secteurs où ses chances de bien faire sont les meilleures et elle va revenir sur ces marchés où elle pense faire des sous. Il faut donc s'attendre à des annonces en ce sens probablement à partir du mois de mars. Toutefois, M. Waugh n'a fait aucune allusion à ces projets dans son allocution, qui sont évidemment fort modestes dans l'ensemble du grand plan de cette banque qui occupe une place importante sur les marchés étrangers, particulièrement en Amérique latine et centrale ainsi que dans les Caraïbes.

La Scotia a déjà investi un milliard dans Scotiabank Inverlat au Mexique, qui compte 400 succursales, 7000 employés et un million de clients. M. Waugh affirme que sa banque investira encore plus d'argent dans cette filiale qui présente un potentiel de développement considérable et dans laquelle elle détient une participation de 90 %. Le Mexique a une population de 100 millions d'habitants, dont les deux tiers ont moins de 25 ans, et ce pays est sous-équipé en services bancaires.

Les Antilles et l'Amérique centrale regroupent 34 pays et territoires occupés par 77 millions d'habitants, des plus riches jusqu'aux plus pauvres. La Scotia a par exemple trois succursales en Haïti depuis plusieurs années et s'apprête à en ouvrir une quatrième. Elle est présente depuis 1889 dans cette région où elle compte 270 succursales, 8000 employés et deux millions de clients, une région qui a généré un revenu net pour la Scotia de 253 millions en 2003.

La politique internationale

M. Waugh a consacré une partie importante de son exposé à la politique internationale. Il a suggéré que le Canada devrait rééquilibrer ses priorités à cet égard, étant donné qu'il a perdu une grande partie de l'influence qu'il avait naguère. Selon lui, le gouvernement canadien devrait centrer son rayonnement international plutôt que de s'éparpiller un peu partout dans le monde.

À la lumière du succès économique obtenu depuis une décennie dans le cadre de l'ALENA avec les États-Unis et le Mexique, M. Waugh pense que le Canada pourrait assumer un véritable leadership, puisqu'il représente la deuxième économie, après celle des États-Unis, dans les deux Amériques. «Plusieurs pays souhaitent que le Canada joue un rôle plus grand pour servir de contrepoids naturel à la domination des États-Unis», avance le président de la Scotia.

Pour lui, le Mexique, les Antilles et l'Amérique centrale sont «des priorités évidentes pour le Canada, qui peut faire une différence dans cet hémisphère et y avoir un rôle important qu'il pourrait difficilement jouer ailleurs, comme en Afrique ou en Asie». Ce rayonnement en politique internationale serait aussi favorable aux entreprises canadiennes dans cette région, en partie soutenue par la stabilité offerte par le plan américain de la Troisième frontière, c'est-à-dire un ensemble de programmes qui mettent l'accent sur l'économie, la santé, l'éducation, le maintien de l'ordre et la coopération dans les Antilles.