La croissance se fait attendre

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, et la première sous-gouverneure, Carolyn Wilkins
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, et la première sous-gouverneure, Carolyn Wilkins

L’économie canadienne rebondira moins que prévu au cours des prochaines années, prévient la Banque du Canada.

La banque centrale canadienne a encore révisé à la baisse ses prévisions de croissance économique mercredi. Si elle continue de croire, comme dans ses dernières prédictions faites au mois de juillet, que l’économie canadienne ne fera pas mieux qu’une expansion de 1,1 % cette année, elle a de nouveau réduit ses attentes pour l’année prochaine, de 2,3 % à 2 %, et, plus modestement, de 2,6 % à 2,5 % pour 2017. Les prévisions de juillet étaient déjà plus pessimistes que les attentes exprimées trois mois plus tôt, qui étaient presque du double (1,9 %) pour cette année et de 2,5 % pour 2016.

« Depuis juillet, la Banque a revu quelque peu à la baisse sa projection relative à l’activité économique pour 2016 et 2017, compte tenu du nouveau recul des prix du pétrole et d’autres produits de base ainsi que du fléchissement additionnel des intentions d’investissement parmi les entreprises du secteur de l’énergie »,a-t-elle expliqué dans la nouvelle mouture de son Rapport sur la politique monétaire. La Banque rejoint ainsi le consensus des prévisionnistes.

Comme tout le monde s’y attendait, l’institution présidée par le gouverneur Stephen Poloz a annoncé par la même occasion le maintien de son taux directeur à 0,5 %. Cela laisse le taux de son principal outil d’intervention de politique monétaire à son niveau le plus bas depuis l’été 2010 et près de son plancher record de 0,25 % atteint durant les pires moments de la dernière crise.

Reconstruire le secteur manufacturier

Le Canada est entre autres aux prises avec une économie mondiale dont la croissance « a été un peu plus faible que prévu cette année »,a observé la banque centrale. Elle a d’ailleurs révisé ses prévisions à ce chapitre de 3,2 % à 3 % pour cette année, de 3,7 % à 3,4 % pour 2016 et de 3,7 % à 3,6 % pour 2017.

Ce ralentissement mondial, notamment en Chine, a contribué « à de nouvelles pressions à la baisse sur les prix du pétrole et d’autres produits de base ». La Banque espère maintenant que la baisse des prix de l’énergie, alliée aux politiques monétaires ultra-accommodantes des banques centrales, finisse par stimuler la croissance mondiale, notamment aux États-Unis, où la demande intérieure privée s’avère déjà « particulièrement vive ».

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les exportations et les investissements dans le secteur pétrolier et gazier soient en berne au Canada. On prévoit même qu’après un fléchissement de 40 % cette année, l’investissement y recule encore de 20 % l’an prochain.

Les autres secteurs, qui comptent pour 80 % de l’économie canadienne, devraient normalement pouvoir prendre la relève grâce à l’effet conjugué de la baisse du dollar canadien, des bas taux d’intérêt et de l’accélération de la demande à l’étranger. Ce grand déplacement de la croissance, des investissements et des emplois a commencé au pays, mais c’est un processus complexe qui prendra beaucoup de temps, a prévenu Stephen Poloz, qui estime que le mouvement de balancier précédent en faveur du secteur des ressources a bien mis une douzaine d’années avant d’en arriver au niveau de développement qu’on lui connaît. Il ne s’agit pas seulement de déplacer des travailleurs d’une région à l’autre et d’investir plus d’argent dans les capacités de production manufacturière. Une bonne partie de ces capacités et de ces entreprises est tout bonnement disparue au fil des dernières années et avec la Grande Récession et devra être reconstruite.

Mystère sur l’effet Trudeau

Les prévisions de la Banque du Canada ne prennent pas en compte les programmes d’investissement dans les infrastructures ni aucune autre nouvelle politique fiscale promise par les libéraux de Justin Trudeau avant leur victoire de lundi aux élections fédérales. On ne pourra pas le faire avant d’avoir plus de détails à ce sujet, et les premières évaluations ne pourront être que théoriques en attendant qu’on puisse commencer à en mesurer l’impact concret sur le terrain.

Selon des analystes, cet impact sur la croissance devrait être positif, mais relativement modeste et se fera probablement attendre un peu. Cet effet devrait cependant être suffisant pour éviter à la banque centrale de devoir réduire encore ses taux d’intérêt et pour peut-être même lui permettre d’entreprendre leur remontée un peu plus tôt que prévu.

Étant donnés le contexte économique et le fait que la Banque du Canada situe encore la « tendance sous-jacente de l’inflation » entre 1,5 % et 1,7 %, soit clairement sous sa cible de 2 %, la première hausse de son taux directeur n’est pas pour demain, estimaient mercredi les analystes. Elle pourrait venir au début de 2017 à en croire les économistes du Mouvement Desjardins et de la Banque Nationale. Leur collègue de la Banque TD, Leslie Preston, croit quant à elle qu’on pourrait facilement devoir attendre six mois de plus avant que ne commence une hausse des taux « au rythme modeste ».

1,1 %
La croissance du PIB sera aussi faible que 1,1 % cette année, 2 % en 2016, et 2,5 % en 2017.
1 commentaire
  • Raymond Labelle - Abonné 21 octobre 2015 13 h 37

    Cela confirmerait la pertinence d'investir dans les infrastructures...

    ...pour relancer l'économie? Tel que proposé par...