Jean Charest en mission économique à Londres - Québec reverra le rôle d'investisseurs des sociétés d'État

Londres — Le rôle des sociétés d'État chargées de soutenir financièrement le secteur privé sera revu et corrigé, a rappelé hier le premier ministre Jean Charest, en mission de prospection économique à Londres. M. Charest a cependant été plus nuancé dans le cas de la Société générale de financement du Québec (SGF) et a dit espérer que les changements à venir ne décourageraient pas les industriels étrangers de lorgner du côté du Québec pour implanter leurs projets d'investissement.

Chose certaine, le mandat des sociétés d'État, dont la SGF, et leur mode d'intervention seront revus, de manière à mieux «cibler» l'intervention de l'État. Les sociétés d'État continueront d'appuyer le secteur privé, «mais être présentes, ça ne veut pas nécessairement dire faire les choses comme on les faisait autrefois, et nous on va être plus ciblés dans nos actions», a-t-il dit, lors d'un point de presse. «Il faut éviter de s'éparpiller», a-t-il ajouté.

La SGF

Pour ce qui est de la SGF, le premier ministre Charest s'est montré plus nuancé que son ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, qui a affirmé lors d'une entrevue au Devoir publiée samedi dernier qu'il n'était pas question que le gouvernement investisse les 200 millions nécessaires pour combler à court terme ses besoins financiers. Il faut se montrer «très prudent dans ce dans quoi on va investir à nouveau», a dit hier M. Charest, ne fermant pas la porte à une contribution éventuelle de l'État dans la SGF.

La position tranchée du ministre Audet contredisait une des recommandations du rapport d'un groupe de travail sur le rôle de l'État québécois dans le capital de risque, rendu public en décembre. Le groupe présidé par Pierre Brunet suggérait que la SGF recentre ses activités dans les grands projets de 100 millions et plus, sauf dans certains secteurs où son expertise est éprouvée.

La SGF doit s'autofinancer d'ici quelques années, mais, pour y arriver, la société d'État a besoin d'un apport non récurrent de 200 millions du gouvernement.

Le comité d'experts proposait également de ramener de 19 à deux le nombre de sociétés d'État chargées de donner un coup de pouce aux entreprises, de même que faire passer de 70 à moins de 50 % la proportion d'argent public des sommes totales investies dans le capital de risque. Les seules rescapées de l'opération seraient la SGF, pour l'aide aux grandes entreprises, et Investissement Québec, pour le soutien apporté aux petites et moyennes entreprises (PME).

Une commission parlementaire fera le point sur cette question en février et les décisions gouvernementales dans ce dossier devraient suivre au printemps.

Médias courtisés

Mais c'est essentiellement par l'entremise des grands médias financiers internationaux que Jean Charest entend amener un plus grand nombre d'industriels étrangers à opter pour le Québec, quand vient le moment de choisir un lieu où implanter leur entreprise.

M. Charest a d'ailleurs entrepris hier à Londres un marathon d'entrevues avec les directions de plusieurs médias prestigieux, dans le cadre d'une mission économique qui le conduira également à Davos, en Suisse, puis à Munich et Berlin, en Allemagne.

«Une des missions du gouvernement est d'essayer d'être aussi opportuniste que possible pour rappeler constamment en mémoire qu'il y a en Amérique du Nord une place pour investir qui se compare à nul autre endroit, et cela exige un effort constant. Alors rencontrer les médias qui sont dans ce domaine-là sur le plan international, c'est parler à l'auditoire le plus nombreux et rejoindre le plus grand nombre possible», a-t-il dit lors d'un point de presse, après avoir accordé sa première entrevue du voyage à la chaîne d'information financière Bloomberg, qui sera diffusée en anglais pour le marché britannique et en français pour celui de l'Hexagone.

M. Charest s'est aussi entretenu hier avec la rédaction de la publication britannique The Economist, dont les quelque 750 000 exemplaires sont vendus dans près de 200 pays dans le monde. Aujourd'hui, ce sera au tour de l'éditeur du Financial Times, puis jeudi de la rédactrice en chef de la section économique du quotidien Wall Street Journal et du rédacteur en chef de la section politique et économique du quotidien français La Tribune. Samedi, il rencontre la direction du Harvard Business Review. Puis, la semaine prochaine, en Allemagne, il doit rencontrer la rédaction du quotidien berlinois Der Tagespiegel.

Il est cependant trop tôt pour dire comment se traduira concrètement l'intérêt des médias pour M. Charest ou prédire quel sera l'impact de ce blitz.

Un message

Ces entrevues s'ajoutent à toute une série de rencontres politiques et d'autres avec des industriels. Mais qu'il s'agisse de rencontres avec les représentants des médias ou avec des investisseurs, M. Charest entend essentiellement passer le même message, qui peut se résumer ainsi: «Il y a des opportunités de faire de très bonnes affaires au Québec», a-t-il dit.

Les bas tarifs d'électricité, une économie centrée de plus en plus sur la haute technologie et de moins en moins sur l'exploitation des ressources naturelles, de même qu'une position géographique avantageuse qui en fait la porte d'entrée du marché américain, sont quelques-uns des atouts mis de l'avant par le premier ministre pour tenter de convaincre ses interlocuteurs de choisir le Québec.