Annonce d'une prise de contrôle par les frères Barclay - L'action de Hollinger s'envole

Les journaux britanniques faisaient leur manchette hier de l’annonce d’une entente en vertu de laquelle le magnat de la presse Conrad Black céderait le contrôle de la société Hollinger Inc. au groupe britannique Press Holdings International.
Photo: Agence Reuters Les journaux britanniques faisaient leur manchette hier de l’annonce d’une entente en vertu de laquelle le magnat de la presse Conrad Black céderait le contrôle de la société Hollinger Inc. au groupe britannique Press Holdings International.

Toronto — La valeur de l'action du groupe Hollinger a presque doublé à la Bourse de Toronto hier, en réaction à l'annonce, la veille, d'une entente en vertu de laquelle le magnat de la presse Conrad Black céderait le contrôle de la société au groupe britannique Press Holdings International.

Mais pendant que les actionnaires accueillaient avec enthousiasme la perspective de son départ, M. Black ouvrait un nouveau front dans la guerre qui l'oppose au conseil d'administration de Hollinger International, l'entreprise qui possède les quotidiens Chicago Sun-Times, London Telegraph et Jerusalem Post, et que M. Black contrôle par le biais de Hollinger Inc.

Demande d'injonction

M. Black a déposé une demande d'injonction en Cour supérieure de l'Ontario pour empêcher la direction de Hollinger International ainsi que certains membres de son conseil d'administration de faire obstruction à la conclusion de la transaction avec Press Holdings International. Ce groupe britannique, contrôlé par les frères jumeaux Sir David et Sir Frederick Barclay, est prêt à payer 605 millions de dollars pour les actions de Hollinger Inc. que détient M. Black.

La guerre que se livrent M. Black et des membres du conseil de Hollinger International a atteint son paroxysme samedi, quand ces derniers l'ont démis de son poste de président du conseil en plus d'intenter une poursuite de 200 millions $US, dont plus de 86 millions $US qu'ils réclament de M. Black personnellement. Ces administrateurs ainsi que des actionnaires minoritaires de Hollinger International accusent M. Black et ses associés de s'être octroyé des millions de dollars en paiements non autorisés.

Dans un communiqué transmis hier, M. Black affirme que l'offre de Press Holdings International permettra à tous les actionnaires de Hollinger Inc. de toucher un juste prix en plus de libérer les journaux de Hollinger International «des distractions et de l'incertitude financière» qui les affecte depuis quelques mois. «Pour ces raisons, nous prenons les mesures légales appropriées pour empêcher que quiconque puisse faire obstacle à la conclusion de cette transaction.» M. Black demande donc à la Cour supérieure de l'Ontario de proclamer la validité et l'entrée en vigueur de l'entente conclue avec Press Holdings International.

Réunion d'urgence

Les membres du conseil d'administration de Hollinger International doivent se réunir d'urgence aujourd'hui pour discuter de l'entente conclue entre M. Black et les jumeaux Barclay. Un porte-parole de M. Black a indiqué que celui-ci prendrait part à cette réunion, puisqu'il demeure membre du conseil même s'il a été démis de ses fonctions de président.

Selon un analyste, la transaction entre M. Black et Press Holdings International est loin d'être chose faite. «Compte tenu de toutes les implications légales et autres, cette affaire pourrait dérailler à un certain moment», a dit John Morton, analyste de l'industrie des journaux à Washington. «Tout pourrait dépendre de ce que la SEC [l'organisme de réglementation de la Bourse aux États-Unis] et les autres décideront quant au niveau de responsabilité de Lord Black dans cette affaire.»

Vendredi, la SEC avait obtenu une ordonnance du tribunal pour empêcher M. Black de congédier les membres d'un comité indépendant du conseil de Hollinger International chargés d'enquêter sur les allégations d'irrégularité financière.

L'action de Hollinger Inc. à la Bourse de Toronto a fait un bond de plus de 97 % hier, gagnant 3,79 $ pour clôturer à 7,69 $. Il s'agit de son cours le plus élevé depuis septembre 2002. Le prix de l'action demeure toutefois inférieur aux 8,44 $ l'unité que sont prêts à payer les frères Barclay.