La Chine sous la barre des 7 %

Des travailleurs chinois quittent un chantier après leur journée de travail. La Chine a annoncé une hausse du PIB de 6,9% au troisième trimestre.
Photo: Greg Baker Agence France-Presse Des travailleurs chinois quittent un chantier après leur journée de travail. La Chine a annoncé une hausse du PIB de 6,9% au troisième trimestre.

Les marchés boursiers étaient en chute libre, le yuan traversait une dévaluation et la production industrielle montrait des signes de fatigue, mais l’économie chinoise a crû de 6,9 % au troisième trimestre. Du moins, c’est le chiffre officiel dévoilé lundi et qui, encore une fois, suscite des interrogations dans l’esprit des observateurs.

La donnée survient alors que le monde entier a les yeux tournés sur l’économie chinoise et s’inquiète de son ralentissement sur les perspectives de la planète, dont la croissance de 3,4 % en 2014 devrait tomber à 3,1 % cette année, selon le Fonds monétaire international.

L’objectif de Pékin est de maintenir la croissance économique à 7 %. En 2014, l’économie a crû de 7,4 %, soit le rythme d’expansion le plus faible du dernier quart de siècle. Il y a une dizaine d’années, il n’était pas rare de voir l’économie chinoise bondir de 10 ou 12 % en rythme annualisé.

Mais voilà que la publication des données du produit intérieur brut de la Chine, deuxième économie du monde derrière les États-Unis et devant le Japon, a soulevé des remises en question en raison du contexte turbulent qui a marqué l’été. Alors que certains trouvent particulier que la donnée finale se trouve systématiquement proche de l’objectif officiel, d’autres signalent que la croissance, de trimestre en trimestre, se ressemble.

« Ne soyons pas exagérément optimistes […] La croissance chinoise reste terne et devrait continuer de s’affaiblir », a affirmé à l’Agence France-Presse un analyste de la banque ANZ, Liu Li-Gang. Un autre, Julian Evans-Pritchard, analyste à Capital Economics, a estimé qu’il « faut prendre ces chiffres du PIB avec des pincettes […] Il y a des défauts patents dans le mode de calcul, associés à des pressions politiques pour ne pas s’éloigner des objectifs ».

La croissance future sera stable, a affirmé à l’agence de presse Reuters le porte-parole du Bureau des statistiques. Dans les pages du China Daily, le directeur de l’agence a pris la plume pour se faire rassurant : la Chine, a-t-il affirmé, compte pour 30 % de l’effort économique mondial et est une « force stabilisatrice ».

Impact mondial

Dans sa plus récente analyse, le Fonds monétaire international a rappelé que le ralentissement de l’économie mondiale depuis quelques années tient à une « combinaison de facteurs », dont la Chine et la diminution des investissements « à forte intensité » en produits de base.

La situation chinoise a affolé les marchés cet été, d’autant plus que les mesures de relance mises en place par le gouvernement et les engagements pris — investissements dans les infrastructures, programmes fiscaux — n’arrivaient pas tout à fait à convaincre. La Chine est déjà aux prises avec des problèmes hérités de la crise financière de 2008. L’endettement atteint des records : le ratio de la dette des entreprises et des ménages par rapport aux PIB est de 207 %, comparativement à 125 % en 2008.

« La performance de l’économie chinoise au troisième trimestre est peut-être un peu meilleure que prévu, mais la tendance vers une croissance plus lente devrait se poursuivre », a écrit le Mouvement Desjardins en signalant toutefois la pertinence d’être « prudent sur la qualité des informations fournies ».

« Il demeure néanmoins que cet atterrissage semble bel et bien se faire en douceur et que l’on peut encore écarter les scénarios d’un atterrissage douloureux qui ferait bien plus mal à l’économie mondiale », a ajouté le Mouvement Desjardins.