La prophétie des banquiers

Louis Vachon (Banque Nationale), Monique Leroux (Mouvement Desjardins) et Michael Sabia (Caisse de dépôt) ont annoncé le lancement d’une campagne de sensibilisation à l’entrepreneuriat.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Louis Vachon (Banque Nationale), Monique Leroux (Mouvement Desjardins) et Michael Sabia (Caisse de dépôt) ont annoncé le lancement d’une campagne de sensibilisation à l’entrepreneuriat.

Dans une rare sortie commune, la Banque Nationale, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et le Mouvement Desjardins ont lancé mardi à Montréal une campagne de sensibilisation de 6 millions, déployée sur trois ans, destinée à faire la promotion du métier encore trop méconnu d’entrepreneur. Les géants de l’économie d’ici veulent que le Québec voie d’un meilleur oeil l’entrepreneuriat.

« Auparavant, il y avait un tabou. Or, vouloir réussir, avoir de l’ambition, c’est correct… Il faut aujourd’hui redonner le goût aux jeunes de devenir entrepreneurs et leur donner des modèles, et ce, avant même de parler d’argent », confie au Devoir Michèle Boisvert, première vice-présidente du rayonnement des affaires à la CDPQ, lorsqu’on lui demande si la campagne lancée mardi en grande pompe permettra réellement aux jeunes entrepreneurs de mettre plus facilement la main sur de l’argent pour financier leurs projets.

Pour la suite du monde

 

La visite de ces trois titans de la finance dans l’un des bureaux branchés du Mile-End, celui de la start-up Busbud, une entreprise de commerce électronique spécialisée dans le domaine du voyage en autobus interurbain, n’a rien d’anodin. Les responsables financiers du Québec veulent être vus dans ces nouveaux lieux névralgiques de la nouvelle économie.

Les petites et moyennes entreprises sont responsables à elles seules de près de 60 % des emplois de la population active, a tenu à dire le président de la Caisse, Michael Sabia, dans cette enceinte : « L’entrepreneuriat est essentiel à notre croissance économique. Comment, dans ce contexte, favoriser la naissance de nouvelles entreprises ? À notre avis, cela passe par une culture entrepreneuriale forte, parce que la culture est l’ADN de l’entrepreneuriat, c’est à la base de tout. »

C’est toutefois le manque de relève entrepreneuriale qui a retenu l’attention de Louis Vachon, président et chef de la direction de la Banque Nationale et de Monique Leroux, présidente du Mouvement Desjardins. Ceux-ci ont voulu enfoncer le clou en répétant que l’absence de relève risquait de causer bientôt des ennuis. D’ici 2020, le Québec devrait essuyer un manque à gagner de près de 38 000 entrepreneurs pour prendre la relève, s’inquiète la Fondation de l’entrepreneurship.

« Nous risquons de perdre des fleurons et des emplois de qualité, notamment en région », a insisté la grande patronne du Mouvement Desjardins. Selon elle, plus de 100 000 entreprises québécoises changeront de main au cours des dix prochaines années. Or, les Québécois sont toujours 8 % moins enclins à se lancer en affaires que les autres Canadiens, souligne-t-elle.

Louis Vachon est aussi d’avis qu’il faut vite se préparer à l’arrivée de ce phénomène pour ne pas avoir à le subir à la dure. « Une vague de transferts d’entreprises sans précédent s’amorce au Québec. Il faut s’assurer que la prochaine génération d’entrepreneurs soit prête pour prendre la relève. C’est notre culture de propriétaire qui en dépend », relève-t-il, sans toutefois vouloir être alarmiste.

Maladie honteuse

 

La campagne veut aussi combler le malaise que suscite encore aujourd’hui l’entrepreneuriat au sein de la société québécoise. « Mon père avait une entreprise de portes et fenêtres. J’ai étudié en administration. Or, je trouve que le métier d’entrepreneur n’est pas encore assez bien vu. Pour moi, c’est pourtant un métier noble. Il y a encore un petit boulet à traîner. C’est fou », raconte l’humoriste Martin Matte, présent à l’événement en tant qu’actionnaire de Raccoon skis, une entreprise de skis faits au Québec.

« L’entrepreneuriat, ce n’est pas juste une question d’argent. C’est d’abord et avant tout une affaire d’idées, et certaines idées peuvent résoudre des problèmes sociaux », conclut Gabriel Bran Lopez, président de la Jeune Chambre de commerce de Montréal, fondateur de Fusion Jeunesse, un organisme de bienfaisance, non partisan, luttant contre le décrochage scolaire.

À voir en vidéo