Volkswagen a semé le germe du doute

Un regroupement d’investisseurs institutionnels demande aux constructeurs automobiles, pas seulement Volkswagen, de décrire clairement leur façon d’intervenir auprès des autorités dans le processus d’établissement des normes d’émissions.

Ces 19 investisseurs détiennent des actifs sous gestion de 1200 milliards et comptent notamment le plus grand assureur du monde, AXA, plusieurs régimes de retraite ATP de la Suède, des fonds verts, des fondations et des groupes d’investissement responsable.

Pour Volkswagen, qui a récemment nommé un nouveau chef de la direction, dont le travail de reconstruction s’annonce colossal, la demande s’ajoute à une longue série de problèmes : demandes de recours en justice, rappels de véhicules, décote aux mains de l’agence de notation Standard Poor’s, etc.

Mais la lettre, coordonnée par les groupes britanniques ShareAction et InfluenceMap, a ceci de particulier qu’elle ratisse plus large. Outre VW, les destinataires sont : Ford, General Motors, Honda, Toyota, Fiat (propriétaire de Chrysler), Daimler, BMW et Peugeot.

« La lettre demande à ces sociétés des informations détaillées sur les positions qu’elles prennent vis-à-vis de la réglementation qui est en préparation aux États-Unis et en Europe », affirment les groupes. Ceux-ci souhaitent aussi de l’information concernant les dépenses des constructeurs auprès des regroupements industriels, notamment l’association des constructeurs européens.

Une deuxième lettre a été transmise à Carlos Ghosn, grand patron de Nissan et de Renault, pour signaler les succès de ces deux constructeurs en matière d’émissions en Europe. M. Ghosn vient d’accéder à la tête du regroupement des fabricants automobiles du continent européen.

Également propriétaire de Porsche et Audi, VW est aux prises avec un des pires scandales automobiles des dernières années, déclenché en septembre par la découverte d’un logiciel qui active les contrôles d’émissions d’oxyde d’azote seulement lorsque le véhicule est soumis à un test.

Le problème concerne les modèles diesel. La compagnie, qui a perdu le tiers de sa valeur marchande sur les marchés, a annoncé à la fin du mois dernier qu’elle allait rappeler environ 11 millions de véhicules.

Conflits d’intérêts

Ce sombre chapitre a ébranlé la confiance envers l’industrie. Le quotidien britannique The Guardian a relevé la semaine dernière que l’organisme qui effectue les tests pour l’industrie automobile en Grande-Bretagne reçoit environ 70 % de son budget annuel de cette même industrie sur laquelle il doit se prononcer. Il reçoit aussi de l’argent du gouvernement.

Volkswagen a récemment commencé à aviser les propriétaires des véhicules fautifs des mesures correctives prévues. Mardi, le constructeur a annoncé une réduction importante de ses dépenses d’investissement de la marque VW, de même que certaines décisions stratégiques.

Le fabricant allemand, fleuron du savoir-faire industriel de tout un pays, va diminuer d’un milliard d’euros (1,5 milliard de dollars canadiens) les sommes qui devaient être investies dans son développement.

« Nous allons être plus efficaces, réorganiser notre gamme de produits et nos technologies phares ; et l’accélération de notre plan de réduction des coûts va nous donner une plus grande marge de manoeuvre pour nous concentrer sur les technologies d’avenir », a dit dans un communiqué le chef de la marque VW, Herbert Diess. La société veut aussi accélérer son programme d’optimisation des coûts et d’efficacité, et miser entre autres sur les véhicules électriques.

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