La confiance revient... prudemment

La prudence demeure la toile de fond derrière ce regain d'optimisme et de confiance qui s'observe dans les sondages. Mais les attentes modérées font ressortir un certain réalisme quant au rendement espéré.

Ainsi, dans le 13e sondage annuel de RBC Groupe financier, commandé auprès d'Ipsos Reid, 54 % des épargnants canadiens s'attendent à des taux de rendement positifs pour leurs portefeuilles REER en 2004. L'an dernier, cette proportion n'était que de 39 %. Résultat légèrement plus optimiste que celui obtenu dans le sondage de la Fiducie Desjardins (voir autre texte ci-contre), 45 % des répondants prévoient que leur portefeuille REER dégagera un rendement pouvant toucher les 10 %. Mais dans l'ensemble, le rendement moyen espéré se situe à 6,3 % cette année, contre un rendement nul dans le sondage de 2003.

Encourageant

«Il est encourageant de constater que les prévisions de taux de rendement concordent avec ce que le marché peut rapporter de manière réaliste», a souligné Brenda Vince, présidente de RBC Gestion d'Actif. Elle soutient que les actions nord-américaines se négocient à leur juste valeur. Elle rappelle également que selon une étude économique publiée récemment, «les conditions au Canada devraient être favorables à une réaffectation d'une partie des portefeuilles aux actions au cours de la prochaine année. Comme les rendements des marchés monétaires resteront probablement faibles, qu'on prévoit un ralentissement des marchés de l'immobilier résidentiel et que des pertes en capital sont probables sur les obligations, le moment semble venu de prendre davantage de risques.»

Avant les fêtes, un sondage présenté cette fois par la Financière Manuvie chiffrait à 8,9 % le taux moyen de rendement prévu, un taux inchangé en trois ans malgré la correction boursière de 2000-02. Pour réaliser une telle performance-cible, 41 % des répondants au sondage de Manuvie affirmaient recourir aux fonds d'investissement, 22 % s'en remettre aux actions et 19 % aux obligations. Ils sont 29 % à faire appel aux placements à terme et aux certificats de placement garanti (CPG) selon Manuvie, 19 % selon un sondage de TD Waterhouse

Manuvie est revenue à la charge quelques semaines plus tard avec un autre sondage indiquant que «l'intérêt des Canadiens pour les placements a repris dans tous les secteurs et a atteint son point le plus élevé en 18 mois vers la fin de 2003». Dans ce 20e sondage trimestriel, on remarquait que «les Canadiens ont repris confiance dans tous les types et instruments de placement — principalement les fonds équilibrés et les fonds distincts», mais l'immobilier demeurait la catégorie de placement la plus recherchée.

«L'indice global de confiance des épargnants Manuvie a grimpé de sept points pour s'établir à +23, son niveau le plus haut depuis le milieu de 2002, niveau qu'il atteint pour la deuxième fois seulement depuis les attentats du 11 septembre 2001», a ajouté l'institution.

Les placements dans sa propre maison (rénovations ou remboursement de l'emprunt hypothécaire) demeuraient prioritaire pour 67 % des personnes sondées. Mais les fonds équilibrés ont affiché la plus forte progression dans l'intérêt manifesté par les répondants, suivis des titres à revenu fixe (dont les CPG). Par contre, les marches boursiers ne sont pas en reste, avec un indice de confiance toujours bas mais revenant en territoire positif pour la première fois depuis le milieu de 2002.

Goût du risque

Dans la foulée, les conclusions du sondage de la Banque Royale rejoignent celles de la Fiducie Desjardins en ce qui a trait à l'évolution du degré de tolérance au risque des investisseurs. Selon RBC/Ipsos Reid, 35 % (contre 25 % l'an dernier) des personnes sondées sont disposées à prendre certains risques dans l'espoir de rendements plus élevés.

Dans d'autres sondages, dont les résultats ont été publiés le 29 décembre dernier, l'on faisait ressortir que la relation avec le risque s'exprimait différemment selon que le répondant habite dans l'Ouest ou dans l'Est canadien, le goût du risque, plus élevé dans l'Ouest, se transformant en prudence accrue dans l'Est. Ainsi, 31 % des Canadiens des provinces de l'Atlantique affirmaient que la plus grande part de leur cotisation REER ira aux CPG, cette proportion tombant à 15 % chez les Ontariens et les Albertains.

«De la même manière les Québécois et les habitants des provinces de l'Atlantique sont les moins susceptibles d'acheter des actions ou des fonds communs d'actions comme plus importante part de leur cotisation. En outre, ils sont moins susceptibles que ceux de l'Ontario et des provinces de l'Ouest de détenir des fonds communs d'actions comme principale composante de leurs portefeuilles de placement», a ajouté la filiale de courtage de la Banque TD.

Cette notion de rendement, combinée au degré d'aversion au risque différent selon que le répondant se situe à l'Ouest ou à l'Est du pays, viennent moduler les attentes en matière de patrimoine retraite. Selon le sondage de TD Waterhouse, ce sont les Albertains qui fixent la barre le plus haut en chiffrant à 744 000 $ le montant qu'ils considèrent nécessaire pour une retraite confortable. Ce seuil optimal passe à 626 000 $ en Ontario mais tombe à 347 000 $ dans les attentes des Québécois, soit nettement sous la moyenne canadienne de 530 000$.

Pour TD Waterhouse, «ces chiffres reflètent les rangs des provinces en ce qui a trait à la richesse et au revenu moyens actuels. C'est bien normal, les gens veulent généralement conserver le train de vie auquel ils sont habitués».