Bâtir un portefeuille vert demeure un défi pour l’investisseur responsable

Photographie d’une forêt de hêtres en Allemagne, réalisée avec un objectif à très grand angle
Photo: Jens Buettner Agence France-Presse Photographie d’une forêt de hêtres en Allemagne, réalisée avec un objectif à très grand angle

Les investisseurs qui souhaitent miser leur capital dans des portefeuilles propres se butent encore à de nombreux obstacles qui les empêchent trop souvent d’aller de l’avant. Non seulement les normes de l’industrie se font toujours attendre, mais plusieurs entreprises tardent aussi de leur côté à dévoiler leur bilan des émissions de gaz à effet de serre, constate le cabinet spécialisé Addenda Capital.

« Est-ce qu’il va falloir attendre que Lower Manhattan soit inondé pour que l’on comprenne enfin que l’enjeu des changements climatiques est bel et bien réel ? » se demande Roger Beauchemin, président et chef de l’exploitation d’Addenda Capital. La firme de gestion s’est engagée jeudi à mesurer et à dévoiler annuellement le bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) des entreprises qui composent son portefeuille de 24,5 milliards.

Les investisseurs doivent voir les changements climatiques comme une occasion de placement plutôt qu’une menace ou un risque, tranche-t-il. Selon lui, le vent tourne, et de plus en plus de clients exigent des comptes et s’intéressent aux investissements durables, jugés plus solides à long terme.

« En ce moment, il y a un prix caché. Il faut agir. Il faut vite chiffrer le prix d’une tonne de carbone pour refléter la valeur réelle de l’empreinte écologique des entreprises », soutient-il. Pour y arriver, sa firme a épluché sans relâche les rapports annuels des entreprises de son portefeuille et n’a pas hésité à contacter directement les membres de la direction pour obtenir des éclaircissements.

La difficulté vient souvent du fait que les entreprises ne présentent pas leur bilan écologique de la même façon. À titre d’exemple, souligne-t-il, TransCanada et Enbridge calculent de manière totalement différente leur empreinte de carbone, d’où l’importance de faire preuve de doigté lorsque vient le temps de cogner à leur porte pour avoir l’heure juste. L’information est, en ce sens, une mine d’or et, en l’absence de normes ou d’obligations internationales en la matière, il devient parfois périlleux de tirer les vers du nez de certaines sociétés qui ne voient pas l’intérêt à se dévoiler sous ce jour.

Communes mesures

« Les entreprises émettent des GES, leurs fournisseurs en émettent eux aussi et, enfin, les produits et services qu’ils vendent en produisent énormément également », explique Roger Beauchemin. Pour illustrer l’importance du dernier critère, il cite l’exemple du consommateur québécois qui branche son téléphone cellulaire pour le recharger. Celui-ci est loin d’avoir la même empreinte écologique que son semblable situé à l’étranger, parce qu’au Québec, l’électricité est produite grâce à l’hydroélectricité, alors qu’ailleurs, elle peut l’être grâce au charbon.

Pour l’instant, seul le Climate Bonds Initiative (CBI) fait son chemin et tend peu à peu à devenir la norme. Ce programme international de normes et de certification des obligations vertes est jugé par plusieurs observateurs très fiable. L’encadrement unique et uniformisé se fait toutefois encore attendre.

En l’absence de réelles normes internationales, de plus en plus de voix s’élèvent pour que les gouvernements agissent. L’Engagement de Montréal sur le carbone, lancé le 25 septembre 2014,est donc un pas en avant non négligeable dans le domaine.

Grâce à lui, plus de 95 investisseurs institutionnels, dont 7 autres firmes canadiennes, se sont engagés à divulguer l’empreinte carbone de leurs portefeuilles de placement sur une base annuelle, d’ici le mois de décembre prochain. Le succès de cette idée ne se dément pas à l’approche de la prochaine Conférence sur les changements climatiques des Nations unies (COP21), qui aura lieu à Paris. Déjà, 8000 milliards, soit le double de ce qui était prévu, sont regroupés dans cet ensemble de portefeuilles, témoignant ainsi d’un intérêt certain du milieu pour l’Initiative financière du Programme des Nations unies pour l’environnement.

1 commentaire
  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné 10 octobre 2015 18 h 48

    Mais quelle est la rentabilité de ces portefeuilles verts ?

    Fort intéressant, mais curieusement, l'auteur ne nous dit rien sur la question centrale qui se pose à tout investisseur potentiel à propos de ces portefeuilles verts, à savoir comment se positionnent-ils en termes de rentabilité "moyenne" comparativement aux "non-verts" et ce, à court, moyen et à long terme ?

    En attendant que Francis Halin, s'il me lit, daigne bien répondre à ma ci-devant question, je suggérerai à mes plus brillant-e-s étudiant-e-s de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM (et je pense ici, entre autres, au doctorant Frédéric Rogenmoser) d'ouvrir une recherche universitaire sur cette belle "problématique".

    Écolosociétalement,

    Daniel Clapin-Pépin
    Écologiste humaniste altermondialiste coopérativiste postcapitaliste
    Professeur de gestion + éthique + comptabilité environnementales
    Département des sciences comptables
    École des sciences de la gestion
    UQAM