La croissance sera au ralenti en 2015. Encore!

Assise avec des artisans au marché de Pisac, au Pérou, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, passe la semaine dans ce pays afin de participer à la réunion annuelle conjointe de son organisation et de la Banque mondiale.
Photo: FMI / Agence France-Presse Assise avec des artisans au marché de Pisac, au Pérou, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, passe la semaine dans ce pays afin de participer à la réunion annuelle conjointe de son organisation et de la Banque mondiale.

La croissance des économies des pays émergents va subir un nouveau coup de frein en 2015, pour la cinquième année consécutive, avant de connaître enfin une amélioration en 2016, prédit le Fonds monétaire international.

« Pour les marchés émergents et les économies en développement dans l’ensemble, notre pronostic est que 2015 marquera la cinquième année consécutive de ralentissement de la croissance, a souligné mardi l’organisme international lors de la mise à jour de ses perspectives économiques. Dans un contexte de chute des prix des matières premières, avec une rétraction des entrées de flux de capitaux, les pressions sur les monnaies et une croissante volatilité sur les marchés, les risques d’un ralentissement ont augmenté. » Parmi les Brics, seule l’Inde conserve un horizon dégagé avec une solide croissance prévue de 7,3 % et 7,5 % en 2015 en 2016.

Ce diagnostic vient confirmer une tendance récente : les pays émergents se muent en boulets après avoir été les locomotives du globe pendant la crise financière de 2008-2009.

Inquiétude pour la Chine

Les inquiétudes se concentrent tout particulièrement sur la Chine, dont le récent ralentissement économique a déjà plombé une cohorte de pays et devrait se confirmer en 2016 avec une croissance attendue de 6,3 %, selon le FMI, au plus bas depuis 25 ans. « Ce qui se passe en Chine a des répercussions sur la planète tout entière », a affirmé le chef économiste du FMI, Maurice Obstfeld, lors d’une conférence de presse.

D’après le FMI, le coup de mou de la deuxième puissance économique mondiale va ainsi se payer au prix fort chez des pays exportateurs de matières premières, notamment de métaux dont 50 % de la production mondiale est absorbée par la Chine. Ces pays « vont être dans le pétrin », a déclaré M. Obstfeld. L’addition s’annonce sévère pour le Brésil, dont la récession devrait être deux fois plus forte que prévu jusque-là (-3 % en 2015) ou l’Afrique subsaharienne dont la croissance pourrait être amputée de 1,2 point par rapport à 2014 (3,8 %).

« Si cela se vérifie, ce sera le pire résultat pour le Brésil depuis les années 1930, quand le PIB avait connu une récession deux années de suite », a déclaré à l’AFP l’analyste brésilien Alex Agostini, d’Austin Rating. Seul le Venezuela connaîtra une situation pire que celle du Brésil avec une chute de 10 % de son PIB en 2015 et de 6 % l’année d’après, selon le FMI qui indique que l’économie de l’Amérique latine et des Caraïbes dans son ensemble reculera de 0,3 % cette année et progressera d’un maigre 0,8 % en 2016.

Autre grande économie émergente, la Russie cumule, elle, le double handicap de produire de l’or noir et d’être visée par des sanctions occidentales pour son rôle dans la crise en Ukraine. Verdict du FMI : une récession de près de 4 % cette année.

Un péril commun guette par ailleurs les pays émergents : le prochain changement de cap monétaire aux États-Unis qui pourrait accélérer la fuite de capitaux, au risque de les priver d’argent frais. « La fin des taux d’intérêts proches de zéro risque d’augurer d’un resserrement supplémentaire des conditions de financement », soutient le FMI, qui a par ailleurs estimé que la marge de ma manoeuvre des pays émergents s’était réduite.

Le Fonds s’est toutefois refusé cette fois à réitérer son appel à la banque centrale américaine d’attendre la première moitié de l’année prochaine pour changer de cap. « Cela pourrait arriver en 2015, cela pourrait arriver en 2016 », a prudemment dit M. Obstfeld.

Espoir de rebond

« Nous prévoyons un rebond de la croissance des marchés émergents et des économies en développement en 2016 », anticipe le FMI. L’année 2016 devrait notamment être marquée par une baisse des taux d’inflation dans les pays qui connaissent actuellement de fortes dépréciations de leur devise comme la Russie et, dans de moindres proportions, le Brésil.

« Même si la croissance dans les pays qui connaissent des difficultés économiques en 2015 (comme le Brésil, la Russie, certains pays d’Amérique latine et du Moyen-Orient) restera faible ou négative, ce sera mieux qu’en 2015 et la demande interne en Inde restera solide », souligne le rapport.