Le Canada n’est pas épargné

Pour le gouvernement conservateur sortant, la « récession technique » du début de l’année n’était qu’une mauvaise passe ayant déjà cédé la place à un rebond économique.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Pour le gouvernement conservateur sortant, la « récession technique » du début de l’année n’était qu’une mauvaise passe ayant déjà cédé la place à un rebond économique.

Prenant acte du ralentissement de l’économie mondiale, mais surtout de la chute du prix des matières premières, le Fonds monétaire international révise encore une fois à la baisse ses prévisions de croissance économique au Canada pour cette année et l’année prochaine.

Dans la mise à jour de ses perspectives économiques dévoilée mardi, le FMI prédit désormais un taux de croissance de 1 % au Canada en 2015, soit une réduction d’un demi-point de pourcentage par rapport à ses prévisions du mois de juillet et de 1,2 point de pourcentage par rapport à celles du mois d’avril. L’institution internationale révise aussi à la baisse ses attentes pour l’année prochaine, de 2,1 % à 1,7 %. Cette tendance marque une rupture par rapport au taux de 2,4 % affiché l’année dernière.

Le FMI se rapproche ainsi de ce que prédisait déjà la Banque du Canada au mois de juillet pour 2015 (+ 1,1 %), mais se révèle plus pessimiste pour 2016, puisque la banque centrale canadienne croyait elle aussi alors en un rebond à 2,3 %. La Banque doit à son tour mettre à jour ses prévisions dans deux semaines.

La recherche du Saint Graal

Le ralentissement de la croissance au Canada est principalement le fait de la baisse des prix mondiaux et de l’investissement des entreprises dans les secteurs du pétrole et des matières premières. Ces phénomènes sont eux-mêmes les conséquences du ralentissement de la croissance des économies émergentes, notamment de la Chine, et de son impact sur le reste de l’économie mondiale.

« Le Saint Graal d’une expansion mondiale robuste et synchronisée reste hors de portée »,a résumé Maurice Obstfeld, le nouveau chef économiste du Fonds monétaire international, qui tient son assemblée générale cette semaine à Lima.

Le produit intérieur brut de la planète ne devrait plus progresser que de 3,1 % cette année et de 3,6 % en 2016, marquant chaque fois un repli de 0,2 point de pourcentage par rapport aux estimations du mois de juillet, indique le Fonds dans son nouveau rapport traitant des Perspectives sur l’économie mondiale. Cette dernière connaîtrait ainsi en 2015 sa pire performance depuis sa sortie de la Grande Récession.

Ceux qui rient et ceux qui pleurent

Longtemps à la peine, les économies avancées ne s’en tirent pourtant pas si mal, note le FMI. Bien servis par les faibles prix de l’énergie, le désendettement et la reprise du marché immobilier, les États-Unis devraient afficher une solide croissance de 2,6 % cette année et de 2,8 % l’an prochain. Durement secouée les dernières années, la zone euro devrait aussi poursuivre sa lente reprise avec un taux de croissance passant de 0,9 % l’an dernier à 1,5 % cette année, puis à 1,6 % en 2016.

Le problème vient plutôt des économies émergentes et en voie de développement, qui connaîtront en 2015 un cinquième ralentissement de leur croissance économique consécutif (de 4,6 % en 2004 à 4 % cette année), avant de rebondir enfin l’année prochaine (à 4,5 %), prédit le FMI. Cela reflète les récessions en cours en Russie et au Brésil et l’impact du resserrement attendu de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, mais surtout le ralentissement de l’ascension chinoise.

Des observateurs seront probablement surpris de voir que le FMI a choisi de laisser inchangées ses prévisions de croissance en Chine, à 6,8 % en 2015 et 6,3 % en 2016, en dépit de la tempête qui a secoué ses marchés boursiers cet été et de la multiplication des mauvaises nouvelles qui parviennent de son secteur manufacturier.

La Chine a entrepris une longue et importante conversion d’une économie basée sur les exportations et l’investissement à une économie reposant principalement sur les services et les consommateurs, leur a rappelé Maurice Obstfeld. Or, les statistiques disponibles ont le défaut de mieux mesurer les secteurs économiques destinés à décliner que celui des services, par exemple, qui connaîtrait pourtant une belle croissance, estime le FMI.

S’il fallait parler d’une mauvaise surprise liée à la Chine, disent les économistes du FMI, il faudrait plutôt évoquer l’impact du ralentissement de sa croissance sur les autres pays. « Les répercussions transfrontalières se révèlent plus fortes que prévu à travers notamment l’affaiblissement des prix des matières premières et la diminution des importations » chinoises.

Les pouvoirs publics

Ce qui nous ramène au cas du Canada. Dans un autre chapitre de son rapport dévoilé la semaine dernière, le FMI estimait que le recul des cours mondiaux enlèvera aux pays exportateurs de matières premières une moyenne de 1 % de croissance économique par année jusqu’en 2017. « Ce frein » sera de plus du double, à environ 2,25 %, pour les pays exportateurs d’énergie comme le Canada.

Ces prévisions plus sombres arrivent en pleine campagne électorale canadienne, où l’économie est l’un des principaux enjeux. Pour le gouvernement conservateur sortant, la « récession technique » du début de l’année n’était qu’une mauvaise passe ayant déjà cédé la place à un rebond économique. Pour ses adversaires, notamment libéraux, l’économie se porte suffisamment mal pour justifier l’adoption d’un plan de relance par l’investissement dans les infrastructures financé par de « modestes déficits ».

Selon le FMI, l’économie mondiale n’est pas seulement victime d’une mauvaise conjoncture, mais aussi de facteurs structurels, comme le vieillissement de la population, un ralentissement des gains de productivité et l’endettement public et privé. Dans ce contexte, les pays développés devraient garder leurs politiques monétaires accommodantes et augmenter, pour ceux dont les gouvernements ont encore de la marge de manoeuvre financière, leurs investissements dans des infrastructures « de qualité ».