Une compensation financière ne ferait pas taire l’UPA

Marcel Groleau, président de l’UPA
Photo: François Pesant Le Devoir Marcel Groleau, président de l’UPA

Le ministre du Commerce international, Ed Fast, a été prévenu que les agriculteurs québécois espèrent mieux du Partenariat transpacifique (PTP) que ce que contient l’accord de libre-échange avec l’Union européenne.

C’est le message que dit lui avoir livré le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, dans le cadre d’une rencontre à Atlanta, où se tiennent les négociations du PTP. Les producteurs de lait, d’oeufs et de volaille ne veulent pas d’une compensation financière en échange d’une concession au système de gestion de l’offre, a-t-il insisté.

Le grand patron de l’UPA s’est dit satisfait de l’attitude du ministre Fast, qui a « très bien compris » l’importance que revêt le maintien intégral de ce système pour l’industrie agricole du Québec.

M. Groleau a repris à son compte des propos tenus la veille par le ministre québécois de l’Économie, Jacques Daoust, à savoir que le versement d’un chèque aux agriculteurs serait un aveu d’échec. Les deux hommes font référence à la compensation qui doit être versée aux producteurs fromagers du Québec dans le cadre de l’Accord économique et commercial global intervenu l’an dernier — mais pas encore ratifié — entre le Canada et l’Union européenne.

La ronde de négociations qui se déroule actuellement à Atlanta pourrait bien être la dernière. En théorie, les pourparlers doivent prendre fin vendredi, mais ils pourraient bien s’étirer. Les négociateurs des 12 pays impliqués dans le PTP, dont le Canada, les États-Unis et le Japon, sont impatients d’en arriver enfin à un accord.

Ed Fast a signalé mercredi que le gouvernement conservateur était prêt à négocier « jusqu’à ce qu’un accord soit conclu », se disant confiant que cela peut se réaliser. « Nous devons nous assurer que le Canada adhère au PTP », a-t-il réitéré jeudi dans un communiqué.

Cette entente commerciale mènerait à la création d’une vaste zone de libre-échange entre des nations représentant 40 % de l’économie mondiale et 800 millions de personnes.

« Assurance sociale corporative »

Mercredi le ministre Daoust avait martelé que Québec ne veut rien savoir d’un chèque d’« assurance sociale corporative » pour ses producteurs de lait. « Une compensation, c’est un genre de paiement parce que tu as perdu. C’est une espèce d’assurance sociale corporative, je ne veux pas ça », a-t-il lancé en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, mercredi en fin d’après-midi.

Dans le cas du PTP, « on ne saluera pas l’effort, on va saluer le résultat », a-t-il averti depuis Atlanta. Le ministre Daoust, qui est accompagné de son collègue à l’Agriculture, Pierre Paradis, dit avoir insisté sur l’importance de maintenir la gestion de l’offre dans son intégralité lors d’une rencontre avec le ministre Ed Fast.

Ce dernier, qui négocie au nom du Canada, semble avoir « un lapin dans son chapeau », une « carte » qu’il abattra au moment propice et qui sera à la satisfaction « de l’ensemble des provinces », selon le « feeling » de Jacques Daoust. Car Ottawa ne peut pas faire la sourde oreille aux demandes du Québec et de l’Ontario, les deux provinces qui seraient les plus touchées par une éventuelle déréglementation dans le secteur agricole. « Ils ont la même préoccupation, alors on est capables de dire ensemble : On représente 62 % de cette fédération-là, voulez-vous nous écouter s’il vous plaît ?" », a insisté M. Daoust à l’autre bout du fil.

Le ministre dit partager les inquiétudes des producteurs laitiers du Québec, qui ont tiré la sonnette d’alarme en fin de semaine après que la CBC eut rapporté qu’Ottawa concéderait 9 à 10 % de son marché laitier aux Américains — une information démentie par M. Fast. Il est « réaliste » de dire que cela serait extrêmement dommageable à l’industrie, convient le ministre Daoust.

En revanche, de façon tout aussi réaliste, le Québec et le Canada ne peuvent se permettre d’être exclus de cette entente. « Cet accord-là, il aura plus de leviers que l’Accord de libre-échange nord-américain. Il va supplanter l’ALENA. Imaginons pour un instant qu’on n’est pas dedans, a illustré Jacques Daoust. Il faut en faire partie dès le départ. Parce que rentrer après, ça devient compliqué. Mais comprenez-moi bien : nous, on va saluer si on protège la gestion de l’offre de façon intégrale », a-t-il enchaîné.