Oléoduc 9B: le milieu des affaires se réjouit du feu vert donné à Enbridge

La raffinerie Jean-Gaulin de Lévis
Photo: Gilbert Bochenek / CC La raffinerie Jean-Gaulin de Lévis

Le milieu des affaires et l’industrie pétrolière se réjouissent de l’autorisation finale permettant à Enbridge d’entamer l’exploitation de l’oléoduc 9B, dont le flot d’écoulement sera bientôt inversé.

L’oléoduc, qui coulera de l’Ontario jusqu’à Montréal, alimentera la raffinerie de Suncor, à Pointe-aux-Trembles, de même que celle de Valero, à Lévis, grâce à deux navires pétroliers qui feront la navette sur le fleuve deux à trois fois par semaine.

Cette étape représente le dernier chapitre d’une histoire qui a débuté il y a quelques années, quand le pétrole en provenance de l’Ouest canadien, notamment celui issu des sables bitumineux, est devenu plus abordable que le pétrole importé de l’étranger.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), qui milite depuis longtemps pour l’inversion du flot, a fait miroiter jeudi « de multiples avantages » et des retombées économiques « importantes » de 700 millions pour le Québec.

Dénoncé par les groupes écologistes, le projet d’Enbridge a reçu le feu vert de l’ONE au printemps 2014, qui était alors assorti de plusieurs conditions portant notamment sur la sécurité environnementale.

À terme, la capacité actuelle de 240 000 barils par jour de l’oléoduc passera à 300 000 barils par jour. La raffinerie de Suncor peut consommer 137 000 barils par jour, comparativement à 265 000 pour celle de Lévis.

La moitié de la consommation pétrolière de la raffinerie de Lévis proviendra de l’oléoduc 9B, a dit au Devoir la porte-parole de Valero, Julie Cusson. « Ça change un peu notre logistique. […] En ce moment, on est à 100 % [de pétrole acheminé par transport] maritime en provenance de l’international [dont 70 % des États-Unis]. Une fois que le flot aura été inversé, il faudra déterminer l’autre moitié de notre approvisionnement. »

En 2013-2014, Valero a investi 40 millions à sa raffinerie et 140 millions à Montréal-Est, où son terminal prendra livraison du pétrole avant que celui-ci soit transféré vers les deux navires de type Panamax. Ceux-ci seront exploités par une coentreprise au sein de laquelle le partenaire de Valero est le Groupe Desgagnés. Les navires, d’une capacité maximale de 500 000 barils, seront chargés aux deux tiers seulement. Ils reviendront à Montréal sans chargement.

« Nous n’avons pas d’indication précise quant au moment où l’oléoduc va être mis en opération,a dit le porte-parole de Suncor à Montréal, Dean Dussault. Nous laissons le soin au fournisseur de faire la mise en service selon les règles de l’art. »

Ultimement, « nous serons approvisionnés uniquement par la ligne 9B », a dit M. Dussault. Il précise toutefois que la raffinerie veut se garder une certaine « marge opérationnelle », ce qui signifie qu’elle pourrait aussi recevoir du brut par train.

À l’heure actuelle, la raffinerie de Suncor reçoit son pétrole d’un oléoduc qui arrive à Montréal en provenance de Portland, dans l’État du Maine.

La raffinerie de Pointe-aux-Trembles est l’une des quatre exploitées par Suncor, un gros joueur du secteur des sables bitumineux. M. Dussault a dit que la raffinerie va garder « la même diète de brut que celle qu’on reçoit de l’étranger ». Cette année, 85 % du pétrole abreuvant la raffinerie était du brut léger, a-t-il dit. La raffinerie est également capable de traiter une « quantité limitée » de pétrole lourd, destiné à d’autres sous-produits.

3 commentaires
  • Luc Falardeau - Abonné 2 octobre 2015 11 h 40

    Chimère et lunette grossissante

    Bravo au meneur de claque d'Enbridge.

    La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) prétend à qui veut bien l’entendre qu'il est temps d'aller vers l'avant, alors que ce qui nous est proposé est plutôt d’avancer par en arrière.

    Selon la FCCQ, il y aurait $700 millions de retombées économiques prévues d'ici 30 ans, soit $23 millions répartis sur le territoire du Québec par année. Pour une population de 8.3 millions de personnes cela représente la somme faramineuse de $2.80 par personne par année.

    $2.80 de retombées économiques annuelles per capita au Québec. BRAVO.

    Oups ! ... j’oubliais que la majorité de ces retombées iront dans les poches du 1%.

  • Gaétan Fortin - Inscrit 2 octobre 2015 16 h 44

    Donc...

    Donct, il y aura moins de pétroliers sur le Saint-Laurent - ou moins de trfansport
    par rail. Rien d'étonnant à cela. Et ce d'autres annonces suivront sans doute.

    Mais on (y compris quelques journalistes engagés)trouvera bien
    quelqu'autre argument.

    • Christian Foisy - Abonné 4 octobre 2015 13 h 44

      Suncor ne peut traiter qu'une partie du pétrole qui arrivera à Montréal-Est. Le reste partira par bateau vers la raffinerie de Valero à Lévis. Alors non, malheureusement, il n'y aura pas moins de pétroliers sur le Saint-Laurent avec l'ouverture de 9B.

      Il s'agira seulement d'une source nouvelle de déversement puisque le test hydrostatique effectué seulement sur le tronçon de Mirabel au Québec n'était même pas à la bonne pression. Ce qui laissera au moins 250 défauts critiques connus (ceux qui vont défaillir les premiers) dans le pipeline.

      Les propos à ce sujet de la baisse de pression de Lorraine Caron, porte-parole du groupe Citoyens au Courant, sont rapportés dans ce journal: http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-s