Portrait - Les clubs-conseils en agroenvironnement ont fait leurs preuves

L’expression «agriculture durable» englobe toutes les dimensions de la production, c’est-à-dire l’environnement, mais aussi l’aspect financier.
Photo: Agence Reuters L’expression «agriculture durable» englobe toutes les dimensions de la production, c’est-à-dire l’environnement, mais aussi l’aspect financier.

En 1993, quelque 300 producteurs agricoles se regroupaient au sein de 12 clubs-conseils en agroenvironnement, chaque club ayant comme conseiller un agronome ou un technicien compétent en la matière. Cette initiative qui avait alors des allures avant-gardistes s'est transformée en mouvement de fond, puisqu'on compte aujourd'hui 6792 exploitations agricoles faisant partie de 82 clubs, qui ont à leur service 250 conseillers. En outre, la gamme des services offerts s'élargit sans cesse. Évidemment, il y aura du boulot pour au moins les 10 prochaines années.

Sur un total de 31 000 exploitations agricoles au Québec, les 6792 qui font partie d'un club forment un groupe minoritaire, mais néanmoins très influent, dans l'ensemble du monde agricole. Leurs fermes, qui comptent pour 19 % des exploitations agricoles du Québec, représentent plus de 35 % de toutes les superficies en culture et plus de 35 % également de toutes les unités animales. Le revenu des membres, dont la principale source de profit provient des productions animales pour 81 % d'entre eux, est deux fois supérieur à celui de la moyenne des producteurs québécois. Le membre d'un club est plus scolarisé et, avec 15 ans d'expérience, il est plus jeune que la moyenne. On peut en déduire qu'il fait partie d'une élite et que son comportement a vraisemblablement une bonne influence partout, puisqu'il y a des clubs dans toutes les régions du Québec.

Une barre

de plus en plus haute

En décembre dernier, lors du congrès général de l'Union des producteurs agricoles, Simon Marmen, coordonnateur des clubs-conseils en agroenvironnement, présentait un rapport sur le parcours de ces clubs depuis la création des premiers clubs en 1993. «Il y a eu beaucoup de changements. Il n'y avait pas de réglementation. On parlait d'agriculture durable et non pas d'agroenvironnement. Depuis 10 ans, la barre n'a jamais cessé de monter», souligne-t-il. Il explique que le terme agriculture durable englobe toutes les dimensions de la production, c'est-à-dire l'environnement, mais aussi l'aspect financier qui est un facteur incontournable en ce qui concerne la relève et la transférabilité des fermes.

On ne saurait limiter les défis de l'agriculture aux seuls problèmes environnementaux, surtout dans une conjoncture où le revenu net des producteurs est en régression. Cette situation risque d'ailleurs, constate M. Marmen, de freiner sérieusement les efforts que les producteurs sont disposés à faire pour poursuivre leur marche souvent pénible vers l'agriculture verte. «On exige beaucoup des producteurs sans égard à la capacité financière de la ferme. Veut-on qu'on en arrive au modèle de seulement 2000 mégafermes au Québec?», note-t-il.

Un plan de fertilisation

Les premiers clubs-conseils fondés en 1993 s'intéressaient à une meilleure utilisation des engrais chimiques ou minéraux. Les membres constatèrent rapidement une baisse de plus de 25 % du recours à ces engrais qui étaient remplacés par des fumiers et lisiers mieux valorisés. Puis, en 1997, on s'est dit que ces clubs pouvaient aussi être très utiles pour aider les fermiers à s'adapter à une nouvelle réglementation, à dresser sur chaque ferme un plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF) et à produire un bilan phosphore. En 2002, on a modifié la réglementation pour la simplifier et s'assurer qu'une entreprise agricole a la superficie requise pour disperser ou gérer ses quantités de phosphore.

Cette obligation a eu certains effets pervers imprévus, dont celui de faire monter le prix des terres que des producteurs achètent pour y épandre leur phosphore ou d'inciter au déboisement pour les mêmes fins. Comme quoi il n'y a pas de solution facile, constate M. Marmen. Un autre exemple d'effet non désiré est celui de l'épandage des lisiers qui dans le passé se faisaient fin octobre, mais que la nouvelle réglementation oblige à faire désormais au printemps ou à l'été. Comme la terre est très boueuse au printemps, l'épandage se fait en juin, au moment où tout le monde sort dehors, ce qui pose le problème des odeurs. On va finir par régler cet irritant, affirme M. Marmen, mais il faudra encore des recherches et de l'argent.

Au fait, les clubs-conseils bénéficient d'un financement gouvernemental à parts égales de Québec et Ottawa de 1000 $ par exploitation agricole: le producteur doit investir lui-même 500 $. Le programme à cet effet a expiré en mars 2003, mais on l'a prolongé d'un an, ce qui fait qu'il y a une incertitude présentement pour l'avenir mais vraiment pas d'inquiétude à cause de la priorité accordée désormais à l'environnement. L'objectif en 1997 était de rejoindre 4000 exploitants en 2001, ce qui a été dépassé. Il s'agit maintenant d'établir un objectif pour les dix prochaines années. Un objectif de 10 000 fermes dans les clubs? Quel financement et jusqu'à quand? Les gouvernements en discutent.

Le nombre de membres proactifs augmente de 1000 à 1200 par année. On crée moins de clubs désormais, mais ceux qui existent deviennent plus gros. Il y a des clubs qui comptent 500 membres et 20 conseillers. De plus en plus, les clubs nouvellement créés sont spécialisés, en horticulture, en fruits, en élevage, en production biologique, etc. En plus des 250 conseillers en place, on vient d'embaucher 30 biologistes et techniciens en aménagement faunique.

Il reste encore beaucoup à faire, mais déjà beaucoup de travail a été accompli ces dernières années. Par exemple, 90 % des exploitations ont des structures d'entreposage des lisiers et 75 % des producteurs ont leur PAEF et bilan phosphore. Plus de 50 % de ces PAEF sont faits par les clubs.

Avec 1500 $ par ferme dans le cadre d'un club, un conseiller a 30 heures de services à donner, dont la moitié va à la préparation du PAEF, ce qui laisse peu de temps pour marcher et observer ce qui se passe dans les champs, pour voir et mesurer les bandes riveraines et pour être un communicateur assez convaincant pour que le producteur poursuive des travaux environnementaux qu'il doit en partie payer de sa poche.

Beaucoup à faire

Christian Lacasse, vice-président de l'Union des producteurs agricoles et chargé plus spécialement du dossier environnemental, mentionne que, jusqu'à maintenant, les producteurs et le ministère québécois de l'Agriculture ont chacun investi 500 millions dans la démarche environnementale. Pour les 10 prochaines années, il faudrait, dit-il, que le gouvernement mette 1,4 milliard pour aider les producteurs à rendre l'agriculture plus verte, pour lutter contre la pollution diffuse, pour les bandes riveraines, pour la recherche et le développement, etc. Il souligne que le gouvernement a injecté huit milliards dans des programmes municipaux, ce qui a couvert 90 % des coûts, alors que l'aide aux agriculteurs n'est que de 50 %.

Indépendamment de l'aspect financier, M. Lacasse reconnaît qu'il reste beaucoup à faire pour conscientiser et sensibiliser les producteurs. «Ils sont plusieurs en train de modifier les pratiques agricoles. C'est là-dessus qu'il faut mettre l'accent dans les prochaines années», précise-t-il.

M. Lacasse mentionne que les clubs-conseils ont été «une formule assez gagnante» pour le soutien technique, mais qu'ils n'intéressent pas nécessairement tous les producteurs. Il faut alors trouver une solution pour rejoindre tout le monde. On y travaille entre autres en réorganisant les services-conseils au ministère. Il faudrait aussi, selon lui, recourir davantage aux trois organismes de gestion des fumiers et penser à des solutions collectives au lieu de trop mettre l'accent sur la recherche de technologies de traitement qui sont trop coûteuses.

Pour sa part, M. Marmen considère que les activités collectives, comme celles des clubs-conseils sont fondamentales pour mettre en commun les connaissances et les expériences d'une part et pour l'émulation d'autre part. On constate du reste qu'il y a déjà une dynamique qui s'installe avec des exploitations qui ne sont pas membres des clubs.