Les faillites risquent de se multiplier

Les économies émergentes doivent se préparer de toute urgence à ce que le resserrement des politiques monétaires des pays riches mette chez elles des compagnies en faillite, avertit le Fonds monétaire international.

La dette des entreprises non financières dans les principaux pays émergents a plus que quadruplé en 10 ans, bondissant d’un total de 4000 milliards $US en 2004 à plus de 18 000 milliards en 2014, a constaté mardi le FMI dans un chapitre de son futur Rapport sur la stabilité financière dans le monde, attendu la semaine prochaine. La qualité de cette dette se dégrade aussi et dépend de plus en plus de facteurs indépendants de la réalité des entreprises ou des pays directement concernés.

En moyenne, le poids de la dette totale des entreprises par rapport à la taille de l’économie a augmenté de 26 points de pourcentage, rapporte l’étude qui porte sur une quarantaine d’économies émergentes, dont les plus importantes, comme la Chine, l’Inde ou la Russie, mais plusieurs autres aussi, comme la Pologne, le Sri Lanka et le Venezuela. En Chine, cette hausse de la dette a été de 32 points et s’est observée aussi bien dans les compagnies privées que les sociétés d’État.

Le phénomène s’est accéléré après la Grande Récession avec le resserrement de la réglementation financière dans les pays riches, qui a incité les banques à réduire les prêts de leurs filiales à l’étranger. Au même moment, les politiques monétaires ultra-accommodantes des banques centrales ont gavé de liquidités des investisseurs prêts à aller n’importe où sur la planète pour trouver un peu de rendement.

Cela a entre autres eu pour effet de faire grimper de 9 % à 17 % la part de la dette des entreprises des pays émergents en obligations plutôt qu’en prêts. Bien que les conditions de ces obligations soient généralement très favorables, la valeur totale de celles libellées en devises étrangères a bondi de 168 milliards en 2003 à 855 milliards en 2014.

L’arrivée de nouveaux créanciers étrangers a permis d’augmenter le niveau de liquidités des entreprises des pays émergents, mais la distance semble faire qu’on n’a pas remarqué que leur profitabilité, leur solvabilité et la qualité de leurs actifs se sont aussi dégradées, déplore le FMI. Ce dernier note également qu’en Chine, mais aussi en Amérique latine, une bonne partie de tout ce nouveau crédit a eu tendance à se concentrer dans le domaine de la construction et de celui du pétrole et du gaz, deux secteurs soumis à de grandes variations cycliques.

Le retour du balancier

« Le rôle accru des facteurs mondiaux pendant une période où ils ont été exceptionnellement favorables donne à penser que les pays émergents doivent se préparer aux implications d’un durcissement des conditions financières à l’échelle mondiale », met aujourd’hui en garde le FMI. Il y a fort à parier que le crédit se fera brutalement beaucoup plus rare lorsque les banques centrales des pays développés sonneront la fin de la récréation et commenceront, comme le laisse entendre la Réserve fédérale américaine, à remonter leurs taux d’intérêt. Un grand nombre d’investisseurs étrangers risquent fort de repartir aussi vite qu’ils sont venus. La forte appréciation du dollar américain par rapport aux autres devises n’a pas fini non plus de donner de sérieux maux de tête aux compagnies étrangères, dont une part importante de la dette est libellée en billet vert.

Dans ce contexte, les économies émergentes doivent se dépêcher d’aller chercher le maximum d’information sur la santé financière de leurs compagnies et resserrer leur contrôle de l’endettement. Elles devraient aussi, d’ores et déjà, « se préparer à une augmentation des faillites d’entreprises et, si nécessaire, réformer leurs régimes d’insolvabilité » afin de faciliter la liquidation ordonnée. Ce travail des gouvernements est important, parce que l’effondrement des compagnies pourrait entraîner celui des banques locales avec lesquelles elles font affaire.

Toute cette situation n’est pas nécessairement dramatique, dit le FMI, mais reste « préoccupante, parce que beaucoup de crises financières dans les pays émergents ont été précédées par une croissance rapide de l’endettement ».

2 commentaires
  • Bernard Plante - Abonné 30 septembre 2015 09 h 12

    La beauté du capitalisme

    Pour résumer, en raison des faibles taux d'intérêt dans les pays riches les investisseurs ne faisaient plus assez d'argent et se sont précipités dans les pays émergents, et maintenant que les taux risquent de remonter ils quitteront les pays émergents pour revenir bien tranquillement chez eux, laissant les pays émergents s'effondrer. Il est beau le capitalisme.

  • Yves Corbeil - Inscrit 30 septembre 2015 10 h 02

    Quel merveilleux monde ce 1%

    La désolation suit leurs passages, partout ou ils sévissent, la misère fait son apparition, un seul but le profit. Comment ça se fait que le mouvement des indignés c'est effrondé aussi vite. Pas encore assez de monde dans la misère pour qu'un mouvement de révoltes durable contre ce système capitaliste DE sauvages puisse être viable. Une manipulation indécente des populations.