Les aveux se succèdent

Le sigle et une voiture du groupe Volkswagen à l’entrée d’une usine du groupe à Düsseldorf
Photo: Patrick Stollarz Agence France-Presse Le sigle et une voiture du groupe Volkswagen à l’entrée d’une usine du groupe à Düsseldorf

Volkswagen continuait lundi de livrer ses révélations au compte-gouttes sur l’ampleur du scandale des moteurs diesel truqués, tandis que la justice a placé l’ex-patron Martin Winterkorn dans son viseur et que Berlin intime au groupe de corriger le tir.

Sur les 11 millions de véhicules équipés d’un logiciel capable de fausser les résultats des tests antipollution, 2,1 millions sont des Audi, a indiqué lundi un porte-parole de cette marque. Un peu plus tard, un porte-parole de Skoda faisait état de 1,2 million de voitures affectées pour la seule marque tchèque. Dans la soirée, un porte-parole de la branche utilitaires légers annonçait au Hannoverschen Allgemeinen Zeitung qu’environ 1,8 million de ces camionnettes étaient concernés.

Vendredi, Volkswagen avait commencé par dévoiler le chiffre des voitures de marque VW touchées (5 millions). Après les annonces égrenées lundi, environ 900 000 véhicules aux moteurs truqués restent à identifier.

Audi, VW et Skoda sont parmi les douze marques dans l’escarcelle du colosse de l’automobile, aux côtés de Porsche, Seat ou encore Bentley. Volkswagen avait promis une liste des modèles concernés, mais préfère manifestement laisser à chaque marque le soin de communiquer. Greenpeace a d’ores et déjà critiqué les révélations par à-coups du groupe, qui, après s’être doté vendredi d’un nouveau patron, a pourtant promis une enquête sans concession et un nouveau départ.

Soupçonné de fraude

Matthias Müller, jusqu’ici patron de la filiale Porsche, a succédé à Martin Winterkorn, 68 ans et patron depuis 2007, qui a endossé la responsabilité de l’affaire tout en affirmant n’avoir été au fait de rien. Cela n’a pas empêché la justice allemande, spécifiquement le parquet de Brunswick, d’ouvrir une enquête visant M. Winterkorn, soupçonné de « fraude ». Parallèlement, a indiqué le parquet lundi, Volkswagen a déposé une plainte contre X au même motif.

« L’objectif des enquêtes est en particulier d’apporter de la lumière sur les responsabilités » pour cette affaire retentissante, qui a éclaté il y a dix jours aux États-Unis et a pris une dimension planétaire. Le président du conseil de surveillance a incriminé vendredi « un petit groupe de personnes » pour la supercherie, sans en dévoiler ni le nombre ni l’identité.

Anton Hofreiter, chef du groupe Verts au Bundestag, a de son côté réclamé de lourdes peines pour les dirigeants concernés. « Je ne peux imaginer que l’ingénieur passionné qu’était Winterkorn n’ait rien su d’un élément aussi important que les logiciels des moteurs », a-t-il estimé dans le Handelsblatt.

Des enquêtes sont ouvertes dans plusieurs pays, des plaintes ont été déposées — dont des actions collectives aux États-Unis, et depuis ce lundi une plainte en Espagne —, des tests vont être menés partout, y compris en France et aux États-Unis sur les modèles diesel de concurrents. L’Allemagne industrielle toute entières’inquiète de sa réputation de qualité et de probité.

Selon des révélations de presse durant le week-end, l’équipementier Bosch aurait fourni à son client Volkswagen le logiciel incriminé à des fins de test dès 2007, tout en le prévenant que son utilisation contrevenait à la loi.

Les coûts directs et indirects de cette gigantesque opération de retour dans le droit chemin — qui ne sera pas circonscrite à l’Allemagne — sont difficiles à anticiper. La banque allemande DZ Bank avançait lundi qu’il pourrait en coûter 1 à 3 milliards d’euros de plus que les 6,5 milliards d’euros mis de côté pour le moment par Volkswagen. Pour les experts d’ING au contraire, les 6,5 milliards d’euros pourraient suffire. Mais s’y ajouteront les possibles amendes — pouvant aller jusqu’à 18 milliards de dollars rien qu’aux États-Unis — et les effets pour le moment incalculables sur les ventes du groupe.

En Bourse l’action a continué sa dégringolade, avec une chute de 7,5 % à 99,30 euros à Francfort. Elle avait déjà perdu 34 % en cinq séances la semaine dernière, faisant s’évaporer plus de 20 milliards d’euros de capitalisation boursière.